Le « septième continent » de plastique existe-t-il vraiment ?

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

L’expression évoque une île de déchets sur laquelle on pourrait presque marcher. La réalité est moins photogénique, mais pas moins inquiétante : de vastes zones océaniques où courants et vents concentrent des plastiques, souvent minuscules et difficiles à récupérer.

L’expression évoque une île de déchets sur laquelle on pourrait presque marcher. La réalité est moins photogénique, mais pas moins inquiétante : de vastes zones océaniques où courants et vents concentrent des plastiques, souvent minuscules et difficiles à récupérer.

© AdobeStock - somchairakin

Vu du ciel, on ne distingue ni côte, ni relief, ni tapis continu de bouteilles. Un navire peut même traverser la zone la plus célèbre, dans le Pacifique Nord, sans croiser de montagne d’ordures. Le « septième continent » n’est donc pas un continent au sens géographique. Il n’est ni solide, ni stable, ni visible depuis l’espace. Mais conclure qu’il s’agit d’un mythe serait tout aussi faux.

Ce que les scientifiques mesurent, ce sont des concentrations de débris marins plus élevées dans certaines régions. Les grands courants tournants des bassins océaniques, appelés gyres subtropicaux, font converger une partie des objets flottants. Le vent, les vagues et les tempêtes les dispersent ensuite sur une immense surface et dans les premiers mètres de la colonne d’eau. L’image la plus juste n’est pas celle d’une décharge flottante, mais celle de confettis mêlés à une soupe en mouvement.

Un nom trompeur pour un phénomène mesurable

La Great Pacific Garbage Patch, entre Hawaï et la Californie, est la zone d’accumulation la plus étudiée. En 2018, une campagne fondée sur des prélèvements en mer, des observations aériennes et un modèle océanographique a estimé qu’elle s’étendait sur environ 1,6 million de kilomètres carrés. Les chercheurs y ont évalué la présence de 1,8 billion de morceaux de plastique, 1 800 milliards, pour une masse d’environ 79 000 tonnes.

Ces nombres ne dessinent pas une frontière définitive. Ils correspondent à une méthode, à une période et à un seuil de concentration. La zone se déplace, se déforme et varie avec les courants et les vents. Les estimations comportent donc d’importantes marges d’incertitude. Parler d’une surface « trois fois grande comme la France » frappe les esprits, mais donne à tort l’impression d’un territoire fixe que l’on pourrait entourer sur une carte.

Beaucoup de petits morceaux, une masse portée par les gros

Le plastique se fragmente sous l’effet des ultraviolets, de l’abrasion et du temps. Les microplastiques, définis comme des particules de moins de cinq millimètres, sont ainsi très nombreux. Dans l’étude de 2018, ils représentaient environ 94 % des pièces comptées, mais seulement 8 % de la masse estimée. À l’inverse, les objets de plus de cinq centimètres pesaient plus des trois quarts du total.

Les engins de pêche occupent une place majeure parmi les gros déchets : filets, cordages, lignes et équipements perdus ou abandonnés. Ils peuvent continuer à capturer des animaux, un phénomène appelé pêche fantôme. Les déchets venus de terre restent une source importante de pollution marine à l’échelle mondiale, mais la composition d’une zone océanique éloignée n’est pas la même que celle d’une plage ou d’un estuaire.

Il n’y en a pas qu’un

Le Pacifique Nord a rendu le phénomène célèbre, mais les cinq grands gyres subtropicaux, Pacifique Nord et Sud, Atlantique Nord et Sud, océan Indien, peuvent concentrer des déchets flottants. Les courants ne fonctionnent pas comme des aspirateurs qui captureraient tout. Une partie des plastiques échoue sur les côtes, coule, se fragmente, est ingérée par les organismes ou circule ailleurs. La surface ne révèle donc qu’une fraction d’un problème réparti du littoral aux grands fonds.

Cette dispersion explique la difficulté du nettoyage. Ramasser des objets volumineux identifiables est possible. Filtrer d’immenses volumes d’eau pour retirer des particules minuscules, sans capturer le plancton ni perturber la vie marine, est une autre affaire. Plus le plastique se fragmente, plus l’intervention devient complexe et coûteuse.

La bonne image : une pollution diffuse, pas une île

L’expression « septième continent » a eu une vertu : rendre visible un problème lointain. Elle a aussi créé une fausse représentation, celle d’un amas compact qu’une flotte de bateaux pourrait pousser jusqu’à une décharge. Or les débris sont dilués sur des millions de kilomètres carrés, mêlés à l’océan et en mouvement permanent.

La réponse la plus efficace se joue donc autant en amont qu’au large : réduire les plastiques évitables, mieux collecter les déchets, empêcher les pertes d’engins de pêche, concevoir des filières de réemploi et intercepter les flux dans les rivières et sur les côtes. Le « continent » n’existe pas. La pollution, elle, se mesure très bien, et son caractère diffus la rend précisément plus difficile à combattre.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.