Poisson-lion, crabe bleu, poissons-lapins : la Méditerranée face à de nouveaux voisins

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Certaines espèces arrivent par le canal de Suez ou les eaux de ballast, d’autres étendent simplement leur territoire à mesure que la mer se réchauffe. Derrière le mot « invasion » se cachent des situations très différentes, avec des conséquences parfois spectaculaires.

Certaines espèces arrivent par le canal de Suez ou les eaux de ballast, d’autres étendent simplement leur territoire à mesure que la mer se réchauffe. Derrière le mot « invasion » se cachent des situations très différentes, avec des conséquences parfois spectaculaires.

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Une pince bleue prise dans un filet, un poisson hérissé d’épines venimeuses aperçu par un plongeur, des rochers soudain dépouillés de leurs algues : les changements de la Méditerranée ne se lisent plus seulement dans les relevés de température. Ils apparaissent dans les criées, sur les plages et au bout des lignes. La mer semi-fermée abrite désormais un nombre croissant d’espèces venues d’ailleurs, tandis que des animaux déjà présents deviennent plus visibles ou gagnent de nouvelles zones.
Tout mettre dans le même panier serait pourtant une erreur. Une espèce non indigène a été transportée hors de son aire naturelle, volontairement ou non. Elle devient invasive lorsqu’elle s’installe, se propage et provoque des effets écologiques, économiques ou sanitaires importants. À côté, une espèce indigène peut proliférer sous l’effet de nouvelles conditions, et une espèce tropicale peut étendre naturellement son aire. Pour les scientifiques comme pour les pêcheurs, cette distinction est essentielle.


Le canal de Suez, autoroute biologique involontaire

Depuis son ouverture en 1869, le canal de Suez relie deux mers qui avaient évolué séparément. Des centaines d’espèces originaires de la mer Rouge et de l’océan Indien ont franchi ce passage, un phénomène appelé migration lessepsienne. L’élargissement du canal et le réchauffement de la Méditerranée facilitent l’installation de certaines d’entre elles, d’abord dans le bassin oriental puis parfois plus à l’ouest.
Les poissons-lapins en sont un exemple frappant. Ces herbivores du genre Siganus broutent les algues jusqu’à transformer localement des fonds rocheux en paysages presque nus. Or ces forêts d’algues servent d’abri, de nurserie et de garde-manger à de nombreuses espèces. Leur disparition modifie toute la communauté. Les poissons-lapins possèdent en outre des épines venimeuses : le danger concerne surtout la manipulation dans les filets ou sur un pont, pas une attaque délibérée contre les baigneurs.


Le poisson-lion, beau prédateur et mauvais nouveau venu

Avec ses nageoires en éventail et ses rayures, le poisson-lion semble conçu pour un aquarium. Dans un écosystème où ses proies le connaissent mal, cette beauté devient une arme. Prédateur vorace, il avale de nombreux petits poissons et crustacés. Ses épines dorsales, anales et pelviennes peuvent injecter un venin très douloureux. Après avoir bouleversé les récifs des Caraïbes, l’espèce Pterois miles progresse en Méditerranée orientale et fait l’objet d’une surveillance attentive vers l’ouest.
Le risque principal n’est pas celui d’un poisson qui poursuit les nageurs. Le poisson-lion est plutôt immobile ou lent, et les accidents surviennent lorsqu’on le touche, qu’on tente de le capturer ou qu’on le manipule. Pour un plongeur, une photographie à distance suffit. Pour un pêcheur, gants ordinaires et habitude ne garantissent pas la protection : l’identification et un protocole de manipulation adapté sont indispensables.

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Le crabe bleu voyage dans les ballasts

Originaire des côtes américaines, le crabe bleu Callinectes sapidus a probablement gagné plusieurs régions du monde grâce aux eaux de ballast des navires. Robuste, mobile et fécond, il tolère aussi bien les lagunes saumâtres que certains secteurs côtiers. Ses pinces peuvent endommager les filets, il consomme coquillages, poissons et crustacés, et sa multiplication inquiète les conchyliculteurs comme les gestionnaires de lagunes.
Sa présence montre qu’une invasion biologique n’est jamais seulement une histoire d’animal spectaculaire. Ports de commerce, aquaculture, commerce d’espèces vivantes, coques et équipements nautiques sont autant de vecteurs possibles. Le nettoyage d’une ancre, d’une remorque ou d’un matériel de plongée avant de changer de bassin paraît anodin ; il limite pourtant le transport d’organismes fixés ou de fragments capables de repartir.

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Le baliste et le ver de feu ne racontent pas la même histoire

Les morsures de balistes, largement commentées certains étés, ne signalent pas nécessairement une invasion. Le baliste commun appartient à la faune méditerranéenne. Lorsqu’il garde une ponte, il peut défendre énergiquement une zone et mordre un baigneur qui s’approche. Une eau plus chaude ou une présence plus fréquente près des côtes peut multiplier les rencontres, mais l’animal n’est pas pour autant un intrus venu d’une autre mer.
Même prudence avec le ver de feu Hermodice carunculata. Ce polychète aux soies urticantes est présent en Méditerranée ; sa visibilité et son abondance peuvent évoluer. Ses soies se plantent dans la peau et provoquent une vive irritation. Il ne faut ni le toucher ni tenter de le déplacer à mains nues. Le qualifier automatiquement d’espèce invasive brouille le diagnostic et empêche de comprendre ce qui change réellement.


Observer sans transformer chaque rencontre en alerte

La Méditerranée se tropicalise, mais elle ne devient pas du jour au lendemain une mer dangereuse. La plupart de ces animaux évitent l’être humain. Les bons réflexes consistent à ne pas manipuler une espèce inconnue, à photographier sans capturer lorsque c’est possible, à noter précisément le lieu et la profondeur, puis à transmettre l’observation aux réseaux scientifiques compétents.
Les pêcheurs, plongeurs et plaisanciers sont souvent les premiers témoins d’une arrivée. Leurs signalements peuvent permettre de détecter tôt une implantation, à condition de décrire correctement l’animal. Dans une mer qui change vite, distinguer l’étranger envahissant du voisin devenu plus visible constitue déjà une forme de protection.
 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.