Rascasse volante en Méditerranée : invasion silencieuse, menace réelle pour les écosystèmes

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Arrivée discrètement par le canal de Suez au début des années 2010, la rascasse volante s’est installée durablement en Méditerranée orientale. Derrière son apparence spectaculaire se cache un prédateur redoutablement efficace, capable de bouleverser les équilibres marins locaux. Expansion, risques, impact écologique, pêche et consommation : état des lieux complet d’une espèce qui change le visage des fonds méditerranéens.

Arrivée discrètement par le canal de Suez au début des années 2010, la rascasse volante s’est installée durablement en Méditerranée orientale. Derrière son apparence spectaculaire se cache un prédateur redoutablement efficace, capable de bouleverser les équilibres marins locaux. Expansion, risques, impact écologique, pêche et consommation : état des lieux complet d’une espèce qui change le visage des fonds méditerranéens.
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Un poisson venu de l’Indo-Pacifique

La rascasse volante, scientifiquement nommée Pterois miles, est originaire des récifs coralliens de la mer Rouge et de l’océan Indien. Elle appartient à la famille des Scorpaenidae et se reconnaît immédiatement à ses longues nageoires rayées et à ses épines dorsales déployées en éventail. Son arrivée en Méditerranée s’inscrit dans le phénomène dit de migration lessepsienne, lié à l’ouverture du canal de Suez en 1869. Ce corridor artificiel permet à des espèces tropicales de rejoindre le bassin méditerranéen. La première observation confirmée de rascasse volante en Méditerranée date de 2012 au large du Liban. Depuis, elle s’est largement répandue autour de Chypre, en Turquie, en Grèce et jusque dans le sud de l’Italie. Le réchauffement progressif des eaux méditerranéennes favorise son implantation. Les températures estivales dépassant désormais régulièrement 26°C dans certaines zones offrent des conditions proches de son habitat d’origine.

 

Une stratégie de prédation redoutable

La rascasse volante n’est pas seulement esthétique, elle est particulièrement efficace. Elle chasse en déployant ses nageoires pectorales pour encercler ses proies avant de les aspirer en une fraction de seconde. Son régime alimentaire comprend principalement de petits poissons, des juvéniles et des crustacés. Une femelle peut pondre jusqu’à 2 millions d’œufs par an, répartis en pontes régulières. Cette capacité reproductive élevée, combinée à l’absence quasi totale de prédateurs naturels en Méditerranée, explique sa progression rapide. Dans l’Atlantique Ouest et les Caraïbes, où l’espèce s’est installée depuis les années 1980, certaines études ont observé des diminutions locales de poissons récifaux supérieures à 60 %. Les scientifiques méditerranéens surveillent donc attentivement son impact sur les herbiers de posidonie et les communautés côtières déjà fragilisées par la surpêche.

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Un poisson venimeux mais non agressif

Les épines dorsales, anales et pelviennes de la rascasse volante sont venimeuses. En cas de piqûre, la douleur est intense, parfois décrite comme brûlante, mais rarement dangereuse pour une personne en bonne santé. Les symptômes incluent douleur locale, gonflement et parfois fièvre ou malaise. Le traitement consiste à immerger la zone touchée dans de l’eau chaude, le venin étant thermolabile. Les accidents concernent surtout des pêcheurs ou des plongeurs qui manipulent l’animal. La rascasse volante n’attaque pas spontanément l’homme. Pour les pratiquants de plongée et d’apnée, la règle est simple : observer sans toucher. Sa nage lente et peu farouche facilite l’identification.

 

Peut-on limiter son expansion ?

Face à son installation durable, plusieurs pays méditerranéens encouragent désormais sa pêche ciblée. À Chypre et en Grèce, des campagnes de sensibilisation ont été lancées auprès des pêcheurs professionnels et des clubs de plongée pour signaler les observations.
Sa chair est blanche, ferme et appréciée. Une fois les épines retirées avec précaution, elle se cuisine facilement en filet ou en soupe. Sa valorisation gastronomique est aujourd’hui considérée comme l’un des leviers les plus efficaces pour contenir localement les populations. Des programmes scientifiques participatifs permettent également aux plaisanciers et plongeurs de signaler leurs observations, contribuant ainsi à cartographier son expansion.

 

Un symbole des mutations climatiques en Méditerranée

La présence croissante de la rascasse volante illustre un phénomène plus large : la tropicalisation de la Méditerranée. En parallèle, d’autres espèces venues de mer Rouge s’installent progressivement. Ce mouvement transforme peu à peu la composition des écosystèmes côtiers. Certaines espèces locales déclinent, tandis que de nouveaux équilibres émergent.
La rascasse volante n’est ni un monstre marin ni une simple curiosité exotique. Elle est le reflet concret des transformations en cours dans la mer intérieure européenne. Sa progression rappelle que les écosystèmes marins sont dynamiques, mais aussi vulnérables face aux pressions climatiques et humaines. Observer sa silhouette rayée dans les eaux méditerranéennes n’a plus rien d’exceptionnel. C’est désormais un signe des bouleversements silencieux qui redessinent les fonds marins du XXIe siècle.

 

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.