L’Hermione, de la frégate de La Fayette au grand chantier de sauvetage

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

La réplique de l’Hermione a traversé l’Atlantique en 2015, mais elle ne navigue plus depuis 2021. Immobilisée en cale sèche à Anglet par une restauration majeure, elle affronte désormais une épreuve autant financière que maritime. Retour sur un navire né deux fois, et point d’étape sur une situation qui reste fragile en 2026.

La réplique de l’Hermione a traversé l’Atlantique en 2015, mais elle ne navigue plus depuis 2021. Immobilisée en cale sèche à Anglet par une restauration majeure, elle affronte désormais une épreuve autant financière que maritime. Retour sur un navire né deux fois, et point d’étape sur une situation qui reste fragile en 2026.

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1779 : une frégate construite dans l’urgence

La première Hermione est mise en chantier à l’arsenal de Rochefort en 1778 et lancée en 1779. C’est une frégate de 12, ainsi nommée parce que sa batterie principale porte des canons tirant des boulets de douze livres. Plus légère et plus rapide qu’un vaisseau de ligne, elle sert à l’éclairage, aux liaisons, à l’escorte et à la guerre de course.

Son nom entre dans l’histoire en mars 1780. Le marquis de La Fayette embarque à Rochefort pour annoncer à George Washington l’envoi de renforts français aux insurgés américains. Après trente-huit jours de traversée, il débarque à Boston. L’Hermione participe ensuite à la campagne le long des côtes américaines et symbolise progressivement l’alliance franco-américaine.

La carrière du navire se poursuit après l’indépendance des États-Unis. Elle s’achève le 20 septembre 1793, lorsque la frégate talonne sur des hauts-fonds près du Croisic et devient irrécupérable. Son épave disparaît sous l’eau et les sédiments. Deux siècles plus tard, ce n’est pas une restauration qui va la ressusciter, mais une reconstruction presque complète.

Un chantier associatif de dix-sept ans

L’Association Hermione-La Fayette est créée en 1992 avec un projet spectaculaire : reconstruire à Rochefort une frégate navigante aussi fidèle que possible à celle de 1779. La quille est posée en 1997 dans une forme de radoub de l’ancien arsenal. Les plans originaux complets n’existant plus, les constructeurs s’appuient sur les archives, des navires comparables et les connaissances de la charpente traditionnelle.

Le chantier devient un lieu de visite et de transmission. Charpentiers, gréeurs, forgerons, calfats, bénévoles et entreprises refont une coque en chêne, une mâture et un gréement de plusieurs milliers de mètres de cordage. La fidélité historique s’arrête là où la sécurité l’exige : moteurs, navigation électronique, groupes électriques, moyens de lutte contre l’incendie et équipements réglementaires sont intégrés au navire.

En 2014, l’Hermione effectue ses essais en mer. L’année suivante, elle accomplit le voyage pour lequel elle a été imaginée : traverser l’Atlantique dans le sillage de La Fayette et faire escale sur la côte est des États-Unis. D’autres campagnes suivent en Bretagne en 2016, en Méditerranée en 2018 et en Normandie en 2019. La réplique n’est plus un décor : elle est devenue un grand voilier-école manœuvré par des marins professionnels et des gabiers volontaires.

2021 : le grand carénage révèle un mal profond

En septembre 2021, la frégate rejoint le port de Bayonne pour un grand carénage. La forme de radoub de Rochefort où elle est habituellement présentée ne pouvant être maintenue à sec pour ce type d’intervention, le choix se porte sur la cale d’Anglet. Les inspections révèlent la présence de champignons lignivores dans des zones complexes de la charpente, à l’avant et à l’arrière.

Le diagnostic porte sur environ 40 mètres cubes de bois, soit près de 7 % du volume de la frégate, et sur huit des soixante et un couples. Pour atteindre les pièces malades, il faut déposer des éléments sains, démonter des aménagements et travailler au cœur d’une coque dense. Les entreprises Asselin et le Chantier du Guip interviennent sous la maîtrise d’œuvre de Yacht Concept.

La technique du lamellé-collé est retenue pour plusieurs pièces neuves, afin d’obtenir les courbures et la résistance nécessaires tout en améliorant la durabilité. À la poupe, des dizaines de pièces ont été réparées ; à l’avant, des éléments préfabriqués à Brest ont été acheminés puis ajustés à Anglet. Selon l’association, la coque est réparable et les travaux étaient réalisés à plus de moitié à l’été 2026.

Dix millions d’euros et une crise de trésorerie

La restauration de la coque représente un budget annoncé de 10 millions d’euros. L’association indiquait avoir financé un peu plus de 5,28 millions depuis 2021 pour les diagnostics, l’installation du chantier et une première tranche de travaux. Mais l’allongement du calendrier, l’inflation des coûts et la difficulté à réunir les fonds ont placé la structure sous une pression extrême.

Une procédure de redressement judiciaire a été ouverte le 18 septembre 2025. Elle ne signifie pas que le navire est condamné ni que l’association a cessé toute activité. Elle place cependant son avenir sous le contrôle du tribunal, avec une période d’observation destinée à examiner la viabilité d’un plan. Les visites du chantier, les dons, le mécénat et les événements à bord continuent de financer la sauvegarde.

Le 1er juillet 2026, le tribunal judiciaire de La Rochelle a autorisé la poursuite de la période d’observation. Il a relevé les progrès du projet de redressement, tout en constatant qu’aucune offre de reprise aboutie ne disposait alors des financements nécessaires. Une nouvelle audience devait se tenir le 23 septembre 2026. Au moment de la rédaction, son issue n’avait pas encore été rendue publique : il serait donc imprudent d’annoncer une issue acquise.

Un retour à Rochefort envisagé pour 2029

Le scénario économique élaboré avec l’appui du Boston Consulting Group prévoit l’achèvement de la coque à Anglet d’ici 2029, un retour à Rochefort vers le milieu de cette année-là et une exploitation composée à 80 % de bateau-musée et à 20 % de navigation. Ce modèle vise à limiter les coûts tout en conservant la capacité à prendre la mer.

Il s’agit d’un scénario de travail, conditionné à l’adoption du plan de redressement et à l’arrivée de financements. Le ramener immédiatement à Rochefort n’est pas une solution simple : la coque est partiellement démontée, le transport demanderait des renforcements et plusieurs millions d’euros, et Rochefort ne dispose pas actuellement de la forme asséchable nécessaire pour achever ces travaux.

Le navire reste donc en cale sèche au port de Bayonne, à Anglet, où le chantier est ouvert aux visiteurs. Une fiducie philanthropique est en préparation afin de sécuriser les fonds de futurs mécènes et de les affecter exclusivement à la restauration. Depuis l’ouverture du redressement, la mobilisation publique a apporté plusieurs centaines de milliers d’euros, somme importante mais encore très inférieure aux besoins globaux.

Sauver plus qu’un bateau

L’enjeu dépasse la conservation d’une coque célèbre. L’Hermione réunit des savoir-faire rares de charpente, de gréement et de manœuvre. Elle a formé des générations de gabiers et rendu tangible une histoire maritime souvent réduite aux vitrines. Sa disparition ferait perdre un outil de transmission autant qu’un symbole.

Son aventure rappelle aussi qu’un grand voilier en bois n’est jamais “terminé”. La fidélité historique n’abolit ni les champignons, ni la fatigue des matériaux, ni les exigences modernes. Reconstruire était un défi ; entretenir pendant des décennies en est un autre, probablement plus difficile à financer parce qu’il offre moins l’éclat d’un lancement.

En septembre 2026, l’Hermione ne navigue donc plus et aucune date ferme de reprise ne peut être avancée. La coque demeure réparable, les artisans ont déjà accompli une part considérable du travail et un modèle de relance existe. Mais le navire se trouve à un passage critique : cette fois, la traversée se joue à terre, entre le tribunal, les ateliers et la capacité collective à financer le temps long du patrimoine maritime.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.