Anita Conti, la pionnière qui a consacré sa vie à comprendre et raconter l’océan

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Océanographe, photographe, écrivaine et infatigable femme de terrain, Anita Conti a embarqué là où aucune femme n’était attendue. Des chalutiers de l’Atlantique Nord aux pirogues africaines, elle a documenté la pêche industrielle, dénoncé le gaspillage et pressenti l’épuisement des ressources marines bien avant que l’écologie ne s’impose dans le débat public.

Océanographe, photographe, écrivaine et infatigable femme de terrain, Anita Conti a embarqué là où aucune femme n’était attendue. Des chalutiers de l’Atlantique Nord aux pirogues africaines, elle a documenté la pêche industrielle, dénoncé le gaspillage et pressenti l’épuisement des ressources marines bien avant que l’écologie ne s’impose dans le débat public.

© Wikipédia

Une enfance tournée vers le large

Anita Caracotchian naît le 17 mai 1899 à Ermont, alors en Seine-et-Oise. Son père, médecin d’origine arménienne, encourage une éducation libre et mobile. Très jeune, elle voyage, observe et photographie. Sur l’île d’Oléron, où la famille passe ses étés, la baignoire devient un aquarium improvisé : poissons et animaux du rivage y sont examinés avec une curiosité qui ne la quittera plus.

Dans les années 1920, elle écrit, pratique la reliure d’art et construit une indépendance rare pour une femme de son époque. En 1927, elle épouse le diplomate Marcel Conti. Elle adopte son nom, mais certainement pas une vie rangée. Ses articles consacrés à la mer lui ouvrent peu à peu les portes d’un univers presque exclusivement masculin.

Sa rencontre avec le biologiste Édouard Le Danois est déterminante. Directeur de l’Office scientifique et technique des pêches maritimes, ancêtre lointain de l’Ifremer, il comprend l’intérêt de cette journaliste capable d’observer, d’expliquer et de transmettre. Au début des années 1930, Anita Conti commence à travailler avec l’Office et embarque pour suivre les campagnes scientifiques.

Une femme au cœur d’un monde de marins

En 1935, elle participe à l’aventure du Président-Théodore-Tissier, premier grand navire français spécialement consacré à la recherche océanographique. Elle cartographie des zones de pêche, étudie les conditions de capture, photographie les gestes et les hommes. Sa science n’est jamais séparée du réel : elle observe les poissons, mais aussi les méthodes, l’économie et la fatigue des équipages.

En 1939, elle embarque sur le chalutier à vapeur Viking pour une campagne morutière de plusieurs mois dans les eaux arctiques. Sa présence intrigue, puis son endurance impose le respect. Elle travaille au milieu du froid, du bruit, des embruns et des cadences exténuantes. Ses images ne cherchent pas l’héroïsme facile. Elles montrent les visages, les mains abîmées, les ponts encombrés de poissons et la puissance presque industrielle d’une pêche qui change d’échelle.

La guerre ne la ramène pas à terre. Elle monte à bord de dragueurs de mines en Manche et en mer du Nord et participe aux opérations de déminage autour de Dunkerque. La Cité de la Mer la présente comme la première femme embarquée sur des bâtiments de la Marine nationale pour de telles missions. Cette place, elle ne l’obtient pas comme figure décorative, mais par sa compétence et sa capacité à tenir dans des conditions difficiles.

© Fonds Ifremer

L’Afrique, la pêche et l’idée de ne rien perdre

À partir de 1941, Anita Conti travaille en Afrique occidentale. En 1943, le gouvernement d’Alger lui demande d’étudier les pêches traditionnelles et les moyens d’améliorer l’alimentation des populations. Elle navigue, rencontre les pêcheurs, compare les techniques et s’intéresse à la transformation du poisson. Dans un contexte colonial qu’il faut aujourd’hui regarder sans naïveté, elle porte néanmoins une attention inhabituelle aux savoir-faire locaux et aux conditions de vie.

Elle se heurte surtout à un paradoxe : l’océan paraît immense, mais les prélèvements et le gaspillage ne sont pas sans limite. Poissons sans valeur marchande rejetés, captures mal conservées, espèces décimées pour une seule partie de leur corps… Conti cherche des usages, expérimente des procédés de conservation et défend l’idée d’une exploitation plus complète, plus rationnelle et moins destructrice.

Cette conviction la conduira plus tard vers l’aquaculture. Dans les années 1960, elle expérimente des élevages en milieu marin sur le littoral adriatique, puis en mer du Nord. Tempêtes et pollution interrompent ces projets, mais l’intuition demeure : si l’humanité veut se nourrir sans épuiser les stocks sauvages, elle doit apprendre à produire autrement.

Le Bois-Rosé et le livre d’une vie

En juillet 1952, Anita Conti embarque pour six mois sur le Bois-Rosé, un chalutier-saleur qui part pêcher la morue sur les bancs de Terre-Neuve, au Groenland et en mer du Labrador. Soixante hommes vivent et travaillent à bord. Elle partage leur quotidien, effectue des relevés, photographie, filme et écrit. La campagne rapporte une masse considérable de poissons, mais elle révèle aussi la violence du métier et l’ampleur nouvelle des captures.

De cette expérience naît Racleurs d’océans, publié en 1953. Le livre n’est ni un rapport technique ni un simple récit d’aventure. C’est une plongée littéraire dans le « grand métier », attentive à la beauté du large autant qu’à la brutalité du travail. Anita Conti y fait sentir le froid, la houle et l’épuisement, sans dissimuler la question qui l’obsède déjà : jusqu’où l’océan pourra-t-il supporter de tels prélèvements ?

Quatre ans plus tard, Géants des mers chaudes prolonge son travail africain. En 1971, L’Océan, les Bêtes et l’Homme rassemble ses réflexions sur la vulnérabilité du vivant marin et la responsabilité humaine. Ces ouvrages font d’elle une pionnière de l’écologie maritime, à une époque où l’on parle encore volontiers de ressources inépuisables.

© Fonds Ifremer

Une œuvre de science, d’art et d’alerte

Réduire Anita Conti au titre de « première femme océanographe française » serait pourtant insuffisant. Elle n’a pas suivi le parcours académique classique d’une chercheuse de laboratoire. Sa méthode est celle du terrain, de l’enquête et de l’image. Elle associe mesures, témoignages, photographie, cinéma et écriture pour rendre l’océan intelligible à ceux qui ne l’ont jamais vu depuis le pont d’un chalutier.

Son œuvre photographique, forte de dizaines de milliers d’images, constitue aujourd’hui une archive majeure du monde maritime du XXe siècle. On y voit des techniques disparues, des ports transformés, des équipages au travail et les débuts d’une industrialisation dont elle avait compris les conséquences. Son fonds, conservé notamment par les Archives de Lorient, a permis de redonner toute sa place à ce regard longtemps resté dans l’ombre.

Anita Conti meurt à Douarnenez le 25 décembre 1997, à 98 ans. Ses cendres sont dispersées en mer d’Iroise. Elle laisse moins une doctrine qu’une manière de regarder : s’approcher au plus près, observer sans complaisance et raconter pour obliger à comprendre. À l’heure de la surpêche, du réchauffement et de l’effondrement de certaines populations marines, ses avertissements n’ont rien perdu de leur force. Ils semblent même avoir attendu le présent pour être pleinement entendus.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.