Transats, Antilles, retours d’Europe : comment naviguer avec la saison cyclonique 2026 ?

Météo marine
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Que sera la saison cyclonique 2026 ? Certains l’annoncent moins active que la normale. Cela implique-t-il que l’on peut relâcher sa vigilance ? Non, bien sûr ! Pour les voiliers de grande croisière, les traversées vers les Antilles, les retours vers l’Europe et les navigations dans l’arc antillais devront se préparer avec la même rigueur que lors d’une année annoncée comme plus agitée. Car en mer, une saison calme ne protège personne…

Que sera la saison cyclonique 2026 ? Certains l’annoncent moins active que la normale. Cela implique-t-il que l’on peut relâcher sa vigilance ? Non, bien sûr ! Pour les voiliers de grande croisière, les traversées vers les Antilles, les retours vers l’Europe et les navigations dans l’arc antillais devront se préparer avec la même rigueur que lors d’une année annoncée comme plus agitée. Car en mer, une saison calme ne protège personne…

Cyclones 2026 : une année moins piégeuse ?

Sur le papier, les navigateurs au long cours pourraient presque se réjouir. La saison cyclonique atlantique 2026 s’annonce moins active que la normale. Les grands centres de prévision saisonnière vont dans le même sens : moins de tempêtes nommées, moins d’ouragans, moins d’énergie cyclonique accumulée sur l’ensemble du bassin. Après plusieurs années qui ont parfois éprouvé les nerfs des plaisanciers, voilà une nouvelle qui semble bienvenue. Mais en mer, il faut se méfier des bonnes nouvelles trop simples. Une moyenne ne protège jamais un bateau. Un voilier pris sur la trajectoire d’un phénomène tropical ne rencontre pas une statistique, mais du vent, de la mer, des grains, une houle qui se croise, un mouillage qui devient intenable ou une arrivée impossible à tenir de nuit. Une saison peu active peut donc rester une saison dangereuse pour celui qui se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment. 

Une saison 2026 sous l’influence d’El Niño

La saison cyclonique atlantique court officiellement du 1er juin au 30 novembre, avec une période traditionnellement plus sensible entre août et octobre. Pour 2026, la NOAA estime que le scénario le plus probable est celui d’une saison inférieure à la normale, avec 8 à 14 tempêtes nommées, 3 à 6 ouragans et 1 à 3 ouragans majeurs. L’université du Colorado, autre référence suivie par les météorologues, a abaissé sa prévision début juin : 11 tempêtes nommées, 5 ouragans et 2 ouragans majeurs. Tropical Storm Risk se montre également prudent, avec une activité attendue environ moitié moindre que la moyenne 1991-2020.

La raison principale tient en deux mots : El Niño. Lorsque ce phénomène se met en place dans le Pacifique équatorial, il a souvent pour effet d’augmenter le cisaillement du vent sur l’Atlantique tropical. Pour simplifier, les vents d’altitude viennent contrarier l’organisation verticale des dépressions tropicales. Or un cyclone a besoin d’une atmosphère bien alignée pour se structurer. Si cette colonne d’air est bousculée, le phénomène se développe moins facilement, ou moins durablement. À cela s’ajoutent des alizés parfois plus soutenus dans la mer des Caraïbes et une atmosphère moins favorable à la convection profonde. Dit autrement, les ingrédients de la marmite tropicale sont moins bien assemblés. Mais cela ne veut pas dire que la mer sera plus douce. Des alizés plus forts, ce sont aussi des canaux antillais plus durs, des mouillages moins confortables, des étapes au près plus fatigantes et des équipages qui tirent davantage sur le bateau.

Le piège de la saison « calme »

Le principal danger de 2026 pourrait donc bien être psychologique. Une saison annoncée moins active donne parfois envie de partir plus tôt, de rester plus longtemps dans les zones exposées, ou de considérer qu’une onde tropicale ne donnera « sûrement rien ». C’est exactement le raisonnement à éviter.

Il suffit d’un seul ouragan bien placé pour transformer une année statistiquement modeste en très mauvaise saison pour les bateaux ou les îles concernés. Et il n’est même pas nécessaire qu’un phénomène devienne un ouragan majeur pour poser de sérieux problèmes. La tempête Arthur, formée dès juin dans le golfe du Mexique, l’a rappelé : pluies torrentielles, mer désordonnée, rafales, surcote et inondations peuvent suffire à désorganiser ports, mouillages et zones côtières. Pour un marin, les prévisions saisonnières doivent donc être lues comme une toile de fond, pas comme une autorisation. Elles disent si le bassin atlantique sera globalement favorable ou non au développement cyclonique. Elles ne disent pas si l’on peut appareiller mardi prochain depuis Mindelo, quitter les Açores pour la Bretagne, ou traverser entre Sainte-Lucie et la Martinique sans se faire secouer…

C’est là que l’expertise de METEO CONSULT Marine devient essentielle. Le navigateur a besoin de tendances saisonnières pour construire son calendrier, mais il a surtout besoin d’une analyse météo-marine précise pour décider d’un départ réel. 

Traverser vers les Antilles : ne pas partir trop tôt

Pour les équipages européens qui préparent une traversée de l’Atlantique vers les Antilles, la question revient chaque année : quand partir ? En 2026, la tentation sera grande d’avancer le calendrier au motif que la saison est annoncée moins active. Mauvaise idée.

La route classique depuis les Canaries vers les Petites Antilles, avec ou sans escale au Cap-Vert, traverse une zone où les ondes tropicales peuvent encore circuler en octobre et en novembre. Certaines resteront inoffensives. D’autres pourront s’organiser si elles trouvent de l’humidité, des eaux suffisamment chaudes et une courte période de cisaillement plus faible. Or un voilier de croisière ne se déplace pas assez vite pour jouer avec ces systèmes. La prudence consiste donc à garder une stratégie classique : descendre progressivement vers Madère, les Canaries ou le Cap-Vert en automne, préparer le bateau, surveiller l’Atlantique tropical, puis attendre une vraie fenêtre pour le grand départ. La deuxième quinzaine de novembre, voire le début décembre selon la situation réelle, reste souvent plus raisonnable pour une traversée familiale ou un équipage réduit.

Une bonne fenêtre pour les Antilles, ce n’est pas trois jours de portant au départ. C’est une situation cohérente sur plusieurs jours, une mer maniable, une absence de menace tropicale crédible sur l’Atlantique central, et une marge de manœuvre si la prévision évolue. 

Aux Antilles : rester mobile et prêt à agir

Pour les bateaux déjà présents aux Antilles, 2026 ne doit pas être considérée comme une saison sans risque. Certains choisiront de descendre vers le sud de l’arc, d’autres de mettre le bateau à sec, d’autres encore de rester à flot dans un abri réputé sûr. Aucune solution n’est mauvaise en soi. Ce qui compte, c’est la préparation réelle. Tous ceux qui ont vécu une alerte cyclonique le savent : ce n’est pas le jour où le vent monte qu’il faut découvrir que le taud est impossible à démonter seul ou que le mouillage manque de longueur. En saison cyclonique, l’anticipation est la première sécurité du bateau.

Il faut aussi accepter de naviguer moins loin. Les canaux entre les îles peuvent devenir rugueux lorsque les alizés se renforcent. Une étape prévue comme une formalité peut se transformer en longue journée humide et fatigante. Rester un jour de plus au mouillage, attendre une accalmie, raccourcir une route ou changer d’île ne relève pas de la frilosité. C’est du bon sens marin.

Retour vers l’Europe : ne pas traîner

Pour les équipages qui rentrent des Antilles vers les Açores, puis l’Europe, le printemps et le tout début de l’été restent les périodes les plus logiques. Beaucoup quittent les Antilles entre avril et juin. Passé ce cap, chaque semaine augmente l’exposition aux premiers phénomènes tropicaux, mais aussi aux situations hybrides, parfois compliquées à gérer : une perturbation tropicale au sud-ouest, une dépression des moyennes latitudes au nord, et entre les deux une mer confuse qui fatigue le bateau.

Là encore, le choix de route dépend du bateau. Un voilier rapide avec équipage nombreux peut éviter plus facilement une zone active. Un bateau de voyage mené en couple, chargé pour plusieurs années, aura besoin de davantage de marge. La météo ne traite pas tous les bateaux de la même manière, car tous n’ont pas la même vitesse, la même autonomie, ni la même capacité à encaisser plusieurs jours difficiles. Le bon calendrier n’est donc pas celui que l’on a écrit dans un carnet six mois plus tôt. C’est celui que l’on ajuste en fonction de la météo, du bateau et de l’équipage.

Préparer le bateau comme si la saison était active

Une saison prévue moins intense ne doit pas alléger la préparation. Au contraire. C’est justement lorsque l’on se croit tranquille que les négligences apparaissent. Les voiles doivent pouvoir être réduites ou affalées rapidement. Le mouillage principal doit être irréprochable. Le deuxième mouillage doit être prêt. L’annexe doit pouvoir être mise en sécurité. Les moyens de communication doivent être redondants. Les documents importants doivent être protégés. Les équipiers doivent savoir quoi faire sans attendre des ordres dans la panique. Un service météo sérieux n’est pas un confort, mais un équipement de sécurité au même titre que le radeau de survie ou les balises individuelles. Avant chaque départ, le chef de bord doit définir sa route idéale, sa route de repli et son seuil de renoncement.

Partir, oui, toujours !

La saison cyclonique 2026 ne doit donc pas faire peur aux navigateurs. Mais elle rappelle une vérité toute simple : une saison annoncée calme n’est pas pour autant une mer sûre. La règle est et restera, années après années la même : ne pas avancer une traversée par excès d’optimisme, ne pas rester exposé par confort, ne pas confondre prévision saisonnière et décision de départ. Et surtout, ne jamais oublier qu’en grande croisière, la météo ne se subit pas seulement : elle se prépare, se surveille et se respecte.

Bonnes navigations.

Crédit photo couverture : Illustration AdobeStock -  licccka6 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.