Les phares de France, vus depuis la mer

Il existe deux façons de regarder un phare. Depuis la terre, il devient un monument, un but de promenade, un point haut que l’on gravit pour le panorama. Depuis la mer, il redevient ce pour quoi il a été conçu : un outil de navigation, un repère vital, parfois un avertissement silencieux. Pour un plaisancier, la rencontre avec un phare commence toujours bien avant l’arrivée. Elle se prépare sur la carte, se confirme dans la météo, s’affine à la lecture de la mer. Et c’est précisément cette approche par l’eau qui donne tout son sens à la visite, ou parfois à la simple contemplation, de ces tours emblématiques du littoral français.

Naviguer vers un phare, c’est accepter une logique différente de celle du tourisme classique. Certains sont ouverts au public, d’autres totalement inaccessibles à pied, d’autres encore se visitent uniquement à certaines heures, dictées par la marée ou l’état de la mer. Tous racontent une histoire où l’architecture, la géographie et la navigation sont intimement liées. À travers quelques phares majeurs, de l’Atlantique à la Manche, se dessine une autre lecture du littoral, plus technique, plus exigeante, mais infiniment plus riche.

Cordouan incarne sans doute mieux que tout autre cette idée de monument maritime indissociable de la mer. Posé au milieu de l’estuaire de la Gironde, il ne se rejoint que par bateau, et seulement lorsque les conditions le permettent. Sa silhouette évoque davantage un palais qu’un ouvrage utilitaire, héritage de sa construction à la fin du 16e siècle sous Henri IV. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, Cordouan reste pourtant un phare très concret pour le navigateur. Son accès dépend strictement de la marée, la zone découvrant largement à basse mer. Pour un plaisancier, la visite impose une planification rigoureuse, avec une fenêtre de navigation parfois étroite, une lecture attentive des coefficients et une anticipation fine de la météo. Ceux qui y sont allés racontent souvent la même chose : le sentiment rare d’atteindre un lieu qui ne se livre pas facilement, et qui rappelle que la mer fixe encore le tempo.

Plus au nord, sur la côte bretonne, la pointe Saint Mathieu offre une expérience différente mais tout aussi parlante. Ici, le phare partage le paysage avec les ruines d’une ancienne abbaye, face à une mer d’Iroise réputée pour son caractère. Depuis le bateau, le phare n’est pas seulement une destination, il structure le passage. Il marque un changement de côte, un cap exposé, un secteur où la houle du large et le courant peuvent rapidement transformer une navigation côtière en exercice plus engagé. Plusieurs navigateurs évoquent ce contraste saisissant entre la sérénité apparente du site vu de terre et la vigilance nécessaire lorsqu’on l’aborde par la mer, notamment par vent établi ou mer résiduelle.

Cette logique se retrouve au cap Fréhel, sur la façade nord de la Bretagne. Le phare domine des falaises abruptes, témoins d’un littoral qui n’a jamais été conciliant avec la navigation. Fréhel n’est pas un phare que l’on "vise" pour s’y arrêter en bateau, mais plutôt un repère que l’on intègre dans une route côtière. Le passage au large du cap, avec une mer parfois courte et hachée, rappelle pourquoi plusieurs générations de phares se sont succédé à cet endroit. Les plaisanciers expérimentés y voient un excellent exemple de phare "utile", dont la présence prend tout son sens quand la visibilité se dégrade et que la côte se rapproche.

Plus au sud, en Bretagne toujours, Eckmühl tranche par sa stature et son accessibilité. Avec ses 65 m et ses 307 marches, c’est l’un des phares les plus impressionnants à visiter. Depuis la mer, son approche est moins spectaculaire que certains caps, mais elle n’en reste pas moins instructive. Le phare se dresse dans un secteur où les fonds, les alignements et la circulation maritime demandent attention. Beaucoup de navigateurs racontent avoir mieux compris la logique du balisage régional après être montés au sommet, en prenant conscience de la portée réelle du feu et de la façon dont il s’inscrit dans un ensemble cohérent de repères.

Chassiron, à la pointe nord de l’île d’Oléron, joue un rôle comparable sur la façade atlantique. Visible jusqu’à 52 km par temps clair, il agit comme un véritable amer de transition. Pour le plaisancier, il marque le passage entre deux façades, deux ambiances de navigation. La mer peut y devenir désagréable rapidement lorsque le vent s’oppose au courant, un phénomène bien connu dans le secteur. Ceux qui y ont navigué évoquent souvent ce moment précis où le phare apparaît dans l’axe, confirmant une route bien anticipée, et donnant le sentiment rassurant d’avoir "lu juste" la côte.

Sur l’île de Ré, le phare des Baleines s’inscrit dans une histoire plus pédagogique. Construit au milieu du 19e siècle, il côtoie encore l’ancienne tour du 17e siècle, rappelant l’évolution des techniques et des besoins de la navigation. Depuis le bateau, il signale une extrémité d’île, un point où les courants, la mer et le trafic se combinent. Plusieurs plaisanciers racontent combien la visite du phare, après l’avoir longuement observé depuis l’eau, permet de mieux comprendre la lecture du littoral rétais et la logique des alignements environnants.

En Manche, le phare de Gatteville impose le respect par ses chiffres seuls. 75 m de hauteur, 365 marches, une construction du début du 19e siècle pensée pour résister à un environnement sévère. Ici, la navigation est indissociable de la marée. Le phare se situe dans une zone où les courants peuvent devenir puissants, et où l’anticipation des horaires de passage fait toute la différence. Les professionnels du nautisme le rappellent souvent : la Manche n’est jamais compliquée par hasard, elle devient exigeante dès que l’on néglige ses rythmes.

À l’opposé du spectre touristique, certains phares ne se visitent pas et ne sont pas faits pour cela. La Jument, au large d’Ouessant, en est l’exemple le plus emblématique. Construite au début du 20e siècle sur un rocher battu par le Fromveur, elle est devenue célèbre à travers des images spectaculaires de tempêtes. Pour le plaisancier, La Jument n’est pas une destination mais un symbole. On la regarde à distance, on ajuste sa route, et on comprend immédiatement pourquoi ce phare a été érigé là. Les navigateurs qui passent dans le secteur savent que la vraie réussite n’est pas de s’en approcher, mais de choisir le bon créneau, la bonne mer, et de garder une marge de sécurité.

Tous ces phares, qu’ils soient visitables ou non, racontent la même chose : la navigation ne se résume pas à des points sur une carte. Elle est une lecture permanente du ciel, de la mer et du littoral. Les courants, en particulier, jouent un rôle déterminant autour des phares situés à proximité de raz, de caps ou de chenaux. Vent contre courant, houle résiduelle, renverse mal calée peuvent transformer un secteur anodin en zone inconfortable, voire dangereuse. Les atlas de courants et les prévisions détaillées deviennent alors des alliés précieux.

C’est dans ce contexte que la météo prend toute sa dimension stratégique. Pour un plaisancier, consulter METEO CONSULT et METEO CONSULT Marine ne relève pas de la routine, mais de la préparation éclairée. Anticiper une bascule de vent, évaluer une houle longue encore présente malgré une amélioration annoncée, ou décider de décaler une sortie de quelques heures pour profiter d’un courant favorable, voilà ce qui conditionne une approche réussie d’un phare.

Au final, visiter les phares de France en bateau, ce n’est pas cocher une liste de monuments. C’est accepter une navigation plus attentive, parfois plus exigeante, mais toujours plus signifiante. Certains phares se gravissent, d’autres se respectent à distance, tous rappellent que la mer n’est jamais un décor. Elle reste l’actrice principale, celle qui décide de l’accès, du rythme et parfois du renoncement. Et c’est précisément cette part d’incertitude, maîtrisée par la préparation et l’expérience, qui fait de la rencontre avec un phare un moment à part dans la vie d’un navigateur.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.