Îles d’Hyères en été : Porquerolles, Port-Cros et Le Levant entre plages de rêve, réserve protégée et navigation réglementée

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Quand l’été arrive sur la côte varoise, les îles d’Hyères deviennent l’un des grands rendez-vous de la Méditerranée. À quelques minutes de bateau de la presqu’île de Giens, Porquerolles, Port-Cros et Le Levant offrent des plages splendides, des sentiers parfumés de maquis, des fonds marins remarquables et des escales très recherchées par les plaisanciers. Mais ce décor d’exception se découvre avec quelques règles précises : ici, la beauté des lieux tient aussi à la protection du Parc national de Port-Cros et à une navigation strictement encadrée dans plusieurs secteurs.

Il suffit de quitter le continent pour sentir que le voyage commence vraiment. Depuis Hyères ou la presqu’île de Giens, la traversée est courte, mais le changement d’ambiance immédiat. La côte s’éloigne, les reliefs des îles se dessinent dans la lumière, et l’on comprend vite pourquoi les îles d’Or font partie des plus belles destinations de Méditerranée française.

En été, l’archipel attire autant les visiteurs venus passer une journée au bord de l’eau que les plaisanciers en quête d’une escale lumineuse. Porquerolles séduit par ses plages claires, ses pistes cyclables, ses vignes et son village vivant. Port-Cros offre une expérience plus sauvage, au cœur d’un parc national où la nature impose son rythme. Le Levant, plus secret, cultive une atmosphère singulière, tournée vers la liberté, la mer et la discrétion.

Mais les îles d’Hyères ne sont pas une destination comme les autres. Une partie de l’archipel appartient au Parc national de Port-Cros, dont les cœurs terrestres et marins sont soumis à une réglementation spécifique. Mouiller, pêcher, plonger, circuler près du rivage, débarquer sur certains îlots ou s’approcher de zones sensibles ne s’improvise pas. Cette contrainte n’enlève rien au charme du voyage, bien au contraire : elle rappelle que l’on navigue ici dans un espace rare, fragile, et protégé pour de bonnes raisons.

 

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Porquerolles, l’île solaire qui lance la saison

Porquerolles est souvent la première île que l’on découvre, la plus accessible et la plus évidente pour une journée d’été. Dès l’arrivée au village, tout invite à ralentir : les terrasses, les ruelles sans voitures, les pins, les vélos, les bateaux au port et cette lumière très particulière qui donne aux façades et aux chemins une couleur presque dorée.

Le vélo reste l’un des meilleurs moyens de parcourir l’île. Depuis le village, les pistes permettent de rejoindre les grandes plages de la côte nord, les vignobles, les forts et plusieurs points de vue. La plage Notre-Dame reste l’image la plus célèbre de Porquerolles, avec son long ruban de sable bordé de pins et d’eau claire. La plage d’Argent, plus accessible, convient parfaitement à une pause baignade en famille. Plus à l’ouest, le Langoustier offre un décor plus ouvert, plus sauvage, avec des couleurs superbes lorsque le soleil descend.

Porquerolles ne se limite pourtant pas à ses plages. La Fondation Carmignac apporte à l’île une dimension culturelle étonnante, entre art contemporain, jardin de sculptures et architecture discrète au cœur du domaine. Le fort Sainte-Agathe permet de prendre de la hauteur sur le village, la plaine, les plages et la mer. Plus au sud, l’île change de visage : les falaises, les criques et les chemins plus exposés donnent une impression plus brute, moins balnéaire, presque insulaire au sens fort du terme.

Pour les plaisanciers, Porquerolles est une escale magnifique, mais très surveillée. Les anses de la côte nord attirent beaucoup de bateaux en saison, notamment autour de Notre-Dame, de La Courtade ou de la plage d’Argent. Le mouillage ne doit jamais se faire au détriment des herbiers de posidonie, qui jouent un rôle essentiel dans l’équilibre du littoral. Certaines zones sont encadrées, d’autres interdites, et les cartes de réglementation doivent être consultées avant d’arriver. La règle est claire : on cherche le sable, on évite les herbiers, et l’on respecte les zones balisées.

Port-Cros, le cœur protégé de l’archipel

Port-Cros offre une expérience très différente. Ici, pas de voitures, pas de vélos, peu d’aménagements et une nature qui reprend immédiatement la première place. L’île se découvre à pied, par des sentiers qui montent parfois franchement, entre maquis dense, forts, vallons, points de vue et petites plages. Il faut prévoir de bonnes chaussures, de l’eau et accepter un rythme plus physique que sur Porquerolles.

C’est justement ce qui fait la force de Port-Cros. L’île est le cœur historique du Parc national créé en 1963, l’un des plus anciens parcs nationaux français et l’un des rares à protéger à la fois des espaces terrestres et marins. Ici, la mer n’est pas seulement un décor bleu autour de l’île. Elle fait partie du patrimoine protégé, au même titre que les forêts, les falaises, les oiseaux, les plantes et les paysages.

Le sentier sous-marin de la Palud est l’une des plus belles expériences à vivre sur l’île. Avec un masque, des palmes et un tuba, on découvre les petits fonds méditerranéens dans un cadre préservé, entre rochers, herbiers et poissons. Pour les plongeurs, Port-Cros reste aussi un secteur majeur de Méditerranée française, à condition de respecter la réglementation spécifique du parc et les zones réservées à l’activité.

La réserve intégrale des îlots de Port-Cros rappelle encore davantage le niveau de protection du site. Elle concerne notamment l’île de Bagaud, l’îlot de la Gabinière et le rocher du Rascas. Ces espaces ne sont pas des lieux de promenade ou de débarquement : ils sont réservés à la préservation et au suivi scientifique d’écosystèmes peu perturbés par l’activité humaine. L’accès au public y est interdit, et c’est précisément cette mise à distance qui permet de conserver leur intérêt écologique.

Pour les plaisanciers, Port-Cros demande donc une vraie préparation. Le port est petit, les possibilités sont limitées, et plusieurs secteurs relèvent d’une réglementation stricte. Dans la passe de Bagaud, une zone de mouillages et d’équipements légers a été mise en place pour protéger les fonds marins : le mouillage de l’ancre y est interdit toute l’année et l’amarrage se fait sur bouées écologiques. La journée, ces équipements peuvent être utilisés selon les conditions prévues ; la nuit, la réservation devient nécessaire. Ce fonctionnement change l’approche de l’escale, mais il permet aussi de profiter du site sans labourer les fonds à l’ancre.

Le Levant, une île à part dans le paysage des îles d’Or

Le Levant est la plus singulière des trois îles. Une grande partie du territoire est occupée par une zone militaire, tandis que la partie ouverte au public se concentre autour d’Héliopolis, village connu pour son histoire naturiste. Cette identité particulière donne à l’île une ambiance très différente de Porquerolles et de Port-Cros.

On ne vient pas au Levant pour retrouver les grandes plages faciles ou les circuits classiques. L’île se découvre davantage dans une forme de retrait : chemins, végétation méditerranéenne, vues sur le large, petites criques rocheuses, lumière très pure et sentiment d’être dans un lieu un peu à l’écart. La plage des Grottes reste l’un des principaux accès à la baignade, dans un environnement plus minéral, plus dépouillé, mais souvent superbe lorsque la mer est belle.

Pour les plaisanciers, Le Levant impose là encore de bien préparer son approche. La présence de la zone militaire, les restrictions locales, les conditions météo et l’exposition de certains secteurs ne permettent pas d’aborder l’île comme un simple mouillage de carte postale. Sa silhouette reste magnifique depuis la mer, mais l’escale demande de la prudence, de l’anticipation et une bonne lecture des zones autorisées.

Navigation, mouillage, pêche : ce qu’il faut savoir avant de partir

Les îles d’Hyères sont un terrain de navigation exceptionnel, mais ce ne sont pas des eaux totalement libres. Autour de Port-Cros et de Porquerolles, la circulation, la vitesse, le mouillage, la plongée et la pêche de loisir sont soumis à des règles spécifiques. Les plans de balisage du Parc national et les arrêtés préfectoraux doivent être consultés avant de prendre la mer, car certaines zones peuvent être interdites ou limitées selon les usages et les périodes.

La vitesse est réglementée près des côtes et dans les ports. À proximité du rivage, elle doit être réduite pour des raisons de sécurité, mais aussi pour limiter les nuisances et préserver les usages. Autour des dispositifs de plongée, la vigilance doit être maximale. Les clubs et plongeurs évoluent dans des secteurs identifiés, parfois réservés, où l’approche des plaisanciers est strictement encadrée.

Le mouillage est l’un des points les plus sensibles. Les herbiers de posidonie ne sont pas de simples algues : ce sont des habitats essentiels, protégés, qui abritent de nombreuses espèces, stabilisent les fonds et participent à la protection des plages contre l’érosion. Une ancre et sa chaîne peuvent provoquer des dégâts importants. Dans les secteurs autorisés, le bon réflexe consiste à mouiller uniquement sur le sable, jamais sur les herbiers, et à vérifier précisément le fond avant de jeter l’ancre.

La pêche de loisir n’est pas libre partout non plus. Dans le périmètre du Parc national, elle est réglementée, avec des secteurs et des conditions spécifiques. À Port-Cros comme autour de Porquerolles, il ne suffit pas d’avoir du matériel à bord pour pêcher : il faut connaître les règles applicables, les autorisations éventuelles et les zones concernées.

La plongée sous-marine, elle aussi, obéit à une réglementation particulière. Certains sites sont très fréquentés, d’autres protégés, et l’organisation des plongées vise à limiter les conflits d’usage comme l’impact sur les fonds. Les plaisanciers doivent donc être attentifs aux bouées, aux pavillons, aux zones dédiées et aux consignes locales.

Il faut enfin garder en tête que des restrictions temporaires peuvent être mises en place pour protéger la faune. Cela peut concerner des secteurs de nidification, des falaises, des îlots ou des zones marines sensibles. Avant une navigation estivale autour des îles d’Hyères, consulter la réglementation à jour n’est pas une formalité : c’est une vraie condition pour profiter de l’archipel sans se mettre en infraction.

Que faire aux îles d’Hyères en été ?

Pour une première découverte, Porquerolles reste l’île la plus facile. Une journée peut commencer par une traversée matinale, se poursuivre à vélo vers la plage Notre-Dame ou la plage d’Argent, puis se compléter par une visite à la Fondation Carmignac ou une montée au fort Sainte-Agathe. En été, mieux vaut partir tôt, prévoir de l’eau, réserver ce qui doit l’être et accepter que les lieux les plus connus soient très fréquentés.

Port-Cros s’adresse davantage à ceux qui aiment marcher, observer, nager avec masque et tuba, et vivre une journée plus nature. Le sentier sous-marin de la Palud, les forts, les points de vue et les chemins de maquis donnent à l’île une vraie densité. Le relief et la chaleur rendent toutefois la visite plus exigeante qu’il n’y paraît. Ici, le pique-nique, les chaussures adaptées et le respect des règles du parc font partie du voyage.

Le Levant séduira ceux qui cherchent une île plus confidentielle, moins balisée dans l’imaginaire touristique classique. On y vient pour l’ambiance, la lumière, les chemins et cette impression de retrait qui tranche avec la fréquentation estivale du littoral varois. Le lieu a son identité propre, qu’il faut connaître avant d’y aller, notamment en raison de son histoire naturiste et de la présence de secteurs non accessibles.

Pour les plaisanciers, l’archipel offre des navigations courtes mais très variées depuis Hyères, Toulon, Le Lavandou ou Bormes-les-Mimosas. La météo reste évidemment décisive. Le mistral, le vent d’est, la houle résiduelle ou les accélérations autour des pointes peuvent transformer une escale rêvée en mouillage inconfortable. La beauté des îles ne doit jamais faire oublier la préparation : bulletin météo, cartes marines, réglementation du parc, état de la mer, choix du mouillage et solution de repli doivent être étudiés avant le départ.

Trois îles, une Méditerranée à respecter

Les îles d’Hyères ont tout pour incarner l’été méditerranéen : des eaux claires, des plages magnifiques, des chemins de maquis, des villages insulaires, des criques et des paysages marins que l’on garde longtemps en tête. Mais leur vraie richesse tient aussi à ce qui ne se voit pas immédiatement : les herbiers, les fonds rocheux, les oiseaux, les îlots fermés au public, les zones de reproduction, les équilibres fragiles que le Parc national protège depuis des décennies.

Porquerolles offre la douceur lumineuse d’une grande île de vacances. Port-Cros impose la puissance d’un espace naturel protégé. Le Levant ajoute une note plus secrète, presque à part. Ensemble, elles composent l’un des plus beaux archipels de Méditerranée française.

En été, les îles d’Hyères donnent envie de se baigner, de marcher, de plonger, de naviguer et de rester plus longtemps que prévu. Mais elles rappellent aussi une évidence : les plus beaux sites ne restent beaux que si l’on accepte leurs règles. Ici, le voyage commence avec la mer, mais il se réussit avec respect.

 

 

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Crédit photo de couverture : Illustration AdobeStock - Florence Piot

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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.