Les apprentis matelots de l'Hermione

Voiliers
Dimanche 15 juin 2014 à 12h35

Moins d'un an avant le départ de la réplique de l'Hermione, frégate sur laquelle le marquis de La Fayette rallia les insurgés d'Amérique en 1780, le temps du recrutement de l'équipage est arrivé : 150 volontaires se forment à Rochefort, en Charente-Maritime pour une transatlantique hautement symbolique.

Moins d'un an avant le départ de la réplique de l'Hermione, frégate sur laquelle le marquis de La Fayette rallia les insurgés d'Amérique en 1780, le temps du recrutement de l'équipage est arrivé : 150 volontaires se forment à Rochefort, en Charente-Maritime pour une transatlantique hautement symbolique.

"Première chose : on vide ses poches ! Un smartphone qui tombe de 45 mètres, ça peut faire des dégâts". Sur le pont, dix-sept volontaires - dix hommes et sept femmes - se préparent à grimper sur les haubans du grand mât. Premier objectif : atteindre la hune, 27 mètres plus haut.

Sanglés dans leur harnais de sécurité, ils ont tout juste eu le temps d'enfiler une vareuse et d'assister à une brève présentation des étapes qui ont donné corps à ce projet fou lancé en 1997 par une poignée de passionnés : reconstruire l'Hermione à l'emplacement même où avait été construite la frégate originale, en faisant revivre les métiers de l'époque et, défi ultime, la faire naviguer jusqu'aux Etats-Unis.

Dans un cliquetis de mousquetons, les volontaires se lancent à l'assaut des cordages, secondés par un formateur. Depuis le pont, Anne, 45 ans, regarde ses camarades avec anxiété : "Quand je les vois penchés comme ça, mon coeur s'emballe. Non, ça je ne peux pas !". L'histoire de ses ancêtres cap-horniers l'a poussée à se porter candidate avec sa fille, Mathilde, 21 ans, qui s'arc-boute déjà sur les "gambes de revers", passage délicat où le corps est quasiment à l'horizontale.

La lettre de motivation des deux femmes a été retenue parmi 800 candidatures reçues de toute la France par l'association Hermione-La Fayette. "Le premier critère, c'était la motivation. Moins de 50% des volontaires ont déjà fait de la voile, ce n'était pas déterminant", explique Yann Cariou, ex-officier de marine de 57 ans, qui prendra le commandement de la frégate pour la traversée jusqu'à Boston en avril 2015. Finalement 150 personnes ont été sélectionnées (moyenne d'âge 27 ans), dont 37% de femmes.

Anne est la seule à échouer au test d'ascension, rédhibitoire lorsqu'on sait que l'équipage devra grimper à plusieurs dizaines de mètres d'altitude quelle que soit la météo. Depuis les premières sessions de formation en novembre, une poignée seulement a renoncé. Les autres viennent régulièrement parfaire leurs compétences en participant à la maintenance du navire.

 

Une langue étrangère

 

Une fois sur la hune, les apprentis matelots savourent la vue sur la Charente, les maisons blanches de la ville-arsenal et "la beauté bluffante du bateau". Les plus audacieux grimpent jusqu'au "perroquet", point culminant du grand mât. D'autres se glissent à l'extrémité des vergues, en équilibre sur une corde. C'est de là que l'équipage serrera les voiles, à la force des bras.

"Vous serez deux fois moins nombreux qu'au XVIIIème siècle, et certainement moins compétents. Mais vous avez un avantage : vous apprenez plus vite, vous avez une agilité intellectuelle qu'ils n'avaient pas !", relativise le commandant. Au total, 72 membres d'équipage, dont 54 volontaires, embarqueront, par tranche, pour la traversée de l'Atlantique et les différentes escales qui ponctueront le voyage.

Pendant la session théorique de l'après-midi, les visages sont concentrés. Il s'agit d'emmagasiner les caractéristiques techniques de la frégate - 1.000 tonnes, 2.200 m2 de voilure, 25 kms de cordages - et surtout le nom de toutes les pièces de mâts, voiles, cordages, utiles aux manoeuvres.

"Carguer", "rabanter", "dérabanter", "étarquer"... : cette "langue étrangère" du XVIIIème siècle, perdue avec la modernisation des bateaux, reprend vie sur le pont lors des exercices pratiques. Avec un impératif toujours en ligne de mire : la sécurité. "Sur l'Hermione, tout est lourd, sous tension, en mouvement. Il faut que vous appreniez à vous auto-contrôler les uns les autres en permanence", rappelle le commandant.

Sous le soleil brûlant, les volontaires ne rechignent pas à recommencer les exercices, pour que chacun puisse occuper différents postes. Ils ont trois mois pour se perfectionner. Le 6 septembre, la frégate appareillera pour plusieurs semaines d'entraînement en mer. Avant le départ historique sur les traces du héros français de l'indépendance américaine.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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