
Avant tout, recharger les batteries
Lorsque l’on arrive sur son bateau, bien souvent après plusieurs mois d’hivernage, on est tenté de tout remettre en marche de l’électronique à la motorisation. C’est une erreur. Le premier point qu’il faut prendre en considération, est les batteries. Elles doivent être rechargées à 100% avant d’envisager de mettre sous tension de l’appareillage tel que l’éclairage, le confort (réfrigérateur) et, bien entendu, le moteur. Un cycle complet de recharge avec un chargeur nouvelle génération demande en moyenne 10 heures, cela vous laisse le temps de faire les vérifications et les niveaux sur le moteur.

Un examen visuel
En premier, un examen visuel s’impose. Il vous permet de détecter s’il y a des fuites (eau, huile, carburant). Si vous en constatez une, par exemple une trainée d’huile ou d’eau, il est impératif d’en trouver l’origine et d’y remédier. Ce n’est jamais anodin et cela peut avoir des conséquences graves. Par exemple, une fuite d’huile au niveau du filtre à huile est bien souvent synonyme que ce dernier a été mal serré ou est déformé, pas d’hésitation, il doit être changé. Les fuites d’eau peuvent être sur le circuit d’eau de mer (refroidissement direct) ou sur le circuit du liquide de refroidissement indirect (moteur avec échangeur). Il faut faire une vérification au niveau des durites sur les deux circuits (direct et indirect). Le moindre problème doit être réparé avant de lancer le moteur. Un défaut de refroidissement peut avoir des conséquences graves et rapides. Les plus courantes sont un échauffement du moteur (joint de culasse) pouvant aller jusqu’à détériorer le circuit d’échappement qui peut prendre feu.

Une fois que tout vous semble correct, il reste à vérifier les niveaux : huile (moteur et inverseur), liquide refroidissement. A froid, ce liquide doit être, dans le vase d’expansion, au minimum, il augmente lorsque le moteur est chaud. Le niveau d’huile moteur doit être entre mini et maxi. Pour l’inverseur, suivant les marques, le niveau doit être vérifié lorsque le moteur vient de tourner, pour d’autres cela se fait à froid, il faut se reporter à la notice. Quant à l’huile pour l’inverseur, suivant la marque, elle est soit identique à celle du moteur soit c’est une huile spéciale (ATF) pour boîte de vitesse automatique. Attention, ces huiles ne sont pas compatibles. Si vous n’avez pas effectué les vidanges d’huile avant l’hivernage, elles seront à faire mais une fois que le moteur aura tourné (moteur chaud). La dernière vérification importante concerne les courroies (entrainement, alternateur et pompe à eau). Elles doivent être en bon état et tendues. Une courroie tendue doit pouvoir effectuer un quart de tour ou avoir une flèche d’un centimètre.

Lancer le moteur
Une fois les batteries rechargées, toutes les vérifications et les niveaux effectués, il ne reste plus qu’à lancer le moteur. Un moteur diesel doit démarrer rapidement. Si ce n’est pas le cas, inutile d’insister au risque de décharger rapidement les batteries. La cause la plus courante, si les batteries sont bien chargées et que le moteur tourne à une vitesse correcte sans se lancer, est le circuit de carburant désamorcé. Il faut le vérifier et au besoin le purger. Cette intervention ne demande pas de connaissance particulière mais doit être effectuée en respectant un ordre bien défini : purge du filtre à carburant, purge au niveau de la pompe d’injection, purge aux injecteurs. Le désamorçage du circuit de carburant est souvent dû à une prise d’air.
Le moteur démarre. La première vérification est de constater que l’eau sort bien à l’échappement. N’hésitez pas à donner un coup d’accélérateur pour amorcer le circuit. Une fois le moteur lancé, vérifiez qu’il n’y a aucune fuite au niveau moteur et que les instruments fonctionnent (compte tours, pression d’huile, température, charge etc.). Les bateaux moteur sont généralement bien équipés en moyen de contrôles et d’alarmes. Les voiliers sont, en standard, les parents pauvres. Les moyens de contrôle se limitent bien souvent à un voyant de température d’eau, à un pour l’alternateur et à un compte tours. C’est insuffisant pour contrôler le fonctionnement du moteur, n’hésitez pas à les compléter.
Dernier point, l’examen des fumées
Votre moteur est démarré, l’idéal est de le mettre en charge pour qu’il puisse chauffer. Par exemple l’embrayer au ponton, si ce n’est pas possible, faire un petit tour ne serait-ce que dans le port. En effet, faire tourner un moteur au point mort n’est pas recommandé. A terme, cette pratique a pour conséquence de glacer les cylindres (usure du moteur) et ne lui permet pas de monter en température. Un moteur diesel fume, en particulier, les anciennes générations. L’examen de la fumée est important et vous permet d’avoir une bonne approche de son fonctionnement.
Fumée blanche
Au démarrage, lorsque le moteur est froid et la température extérieure basse, il est normal que le moteur fume blanc. Si cette fumée apparaît en navigation, il faut arrêter le moteur et vérifier le circuit de refroidissement : filtre à eau de mer bouché, turbine de pompe à eau défectueuse, durite desserrée ou en mauvais état, courroie d’entrainement de la pompe détendue ou cassée.
Fumée bleue
Une fumée bleue à l’échappement est liée à un problème d’huile. Les mécaniciens emploient le terme brûler de l’huile. Ce n’est pas anodin et les conséquences peuvent être sérieuses. Dans un moteur, l’huile assure deux fonctions : la lubrification de toutes les pièces mobiles et l’étanchéité des cylindres. Une des causes, les plus courantes de la présence de fumée bleue, est une quantité d’huile trop importante dans le moteur. L’excès d’huile est brulé et sort à l’échappement. L’autre raison, plus grave, est une mauvaise étanchéité des segments dans les cylindres. En résumé, s’il fume bleu au démarrage, il faut vérifier le niveau d’huile et le remettre correct. Ce phénomène est courant après une vidange (trop d’huile). S’il apparaît en navigation, c’est plus inquiétant. Cela peut provenir d’une usure du moteur (perte de puissance) ou d’un mauvais réglage, il faut faire appel à un spécialiste.
Fumée noire
Lorsque la combustion du carburant n’est pas correcte, elle se traduit par de la formation de suie et une fumée noire à l’échappement. Une mauvaise combustion est généralement synonyme d’un filtre à air encrassé, d’un mauvais refroidissement du moteur (ventilation), d’un échappement encrassé ou alors le bateau est trop chargé. Ce dernier point peut arriver si la carène est sale et, plus souvent, lorsque l’on prend un bout dans l’hélice. En pratique, si cette fumée apparaît lors d’une accélération brutale, c’est synonyme d’’un échappement encrassé. Lorsqu’elle apparaît en navigation, c’est lié à la charge du moteur, par exemple, un cordage dans l’hélice.
Nos conseils
Si vous avez fait un hivernage correct, en principe, à la remise en service il n’y a pas de problèmes. Toutefois, pas de précipitation, il faut tout d’abord recharger les batteries, ensuite vérifier tous les niveaux, l’état des courroies et enfin s’assurer qu’il n’y a aucune fuite (eau, huile). Une fois le moteur lancé, contrôler le débit de l’eau à l’échappement et la couleur de la fumée. Un moteur diesel est fait pour travailler à une température relativement élevée de l’ordre de 95° C. A bas régime, il a tendance à s’encrasser (formation de suie) ce qui peut entraîner l’obstruction de l’échappement. Par exemple, Volvo conseille pour ses moteurs un régime de croisière optimal de 200 tr/mn en dessous du régime maxi atteint. Renseignez-vous auprès de votre mécanicien.
