Les systèmes anticollisions boostés par l’IA : veille infaillible ou fausse sécurité ?

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Plusieurs systèmes, dopés à l’IA devenue omniprésente à bord de nos bateaux, promettent d’éviter les collisions aussi bien avec les autres bateaux qu’avec les OFNI. Mais pour quelle efficacité ?

Plusieurs systèmes, dopés à l’IA devenue omniprésente à bord de nos bateaux, promettent d’éviter les collisions aussi bien avec les autres bateaux qu’avec les OFNI. Mais pour quelle efficacité ?
© SEA.AI

Il est 3 heures du matin, quelque part dans l'Atlantique Nord. Le bateau file à 14 nœuds au portant, le pilote automatique chante sa petite mélodie, et le skipper somnole dans sa bannette. Soudain, une alarme escalade — d'abord un bip discret, puis un signal insistant. Sur l'écran : un cargo de 200 mètres, sans feux allumés, sans AIS actif, droit dans l'axe. Trente secondes pour réagir. L'histoire aurait pu mal finir. Elle ne finit pas mal. Et l'intelligence artificielle à bord y est pour beaucoup.

Ce témoignage n'est pas inventé. Il est celui d'un skipper professionnel lors du Retour à la Base en décembre 2023, à bord d'un IMOCA. Depuis que la technologie baptisée OSCAR — devenue aujourd'hui SEA.AI — a fait ses premières armes dans les courses au large en 2018, l'intelligence artificielle et la vision par ordinateur se sont progressivement invitées sur les ponts des voiliers de compétition, puis des grands croiseurs hauturiers. Après plusieurs années de démocratisation au-delà de la seule sphère de la course au large en solitaire, il est temps de poser la vraie question : la promesse d’une sécurité accrue est-elle tenue ?

Une technologie née dans l'enfer des mers du Sud

2018. Les ingénieurs du BSB Group lancent OSCAR — pour Optical System for Cognition and Ranging — avec un constat simple et brutal : les radars et les AIS ne voient pas les objets non signalés. Pas les conteneurs semi-immergés, pas les casiers de pêche abandonnés, pas les baleines endormies en surface. Or ces obstacles invisibles ont causé de nombreux abandons et accidents lors des grandes courses au large.

La réponse technologique est radicalement différente du radar classique : des caméras optiques haute résolution et des caméras thermiques installées en tête de mât soumettent en temps réel leur flux vidéo à un algorithme entraîné sur une base de données de plus de 20 millions d'objets maritimes. Le système reconnaît un cargo, une bouée, un voilier, un débris, une tête humaine dans l'eau — il calcule la route de collision et déclenche une alarme graduée. La preuve par les chiffres : lors du Vendée Globe 2024-2025, 25 des 40 bateaux au départ des Sables-d'Olonne embarquaient un système SEA.AI. Un signal fort de la confiance que les professionnels accordent désormais à cette technologie.

Ce que l'IA voit — et ce que vos yeux ratent

La vision humaine la nuit en mer est profondément mauvaise. Même aguerri, l'œil ne distingue pas un objet sombre dans une mer noire, ne peut pas maintenir une vigilance absolue après des heures de quart. Les caméras thermiques embarquées détectent des différences de température de 0,05 degré Celsius — elles voient trois fois mieux que l'œil humain dans la nuit complète. Sur l'écran de navigation, chaque objet détecté apparaît avec un tag de réalité augmentée indiquant sa nature et son niveau de menace : bleu pour une information, orange pour une vigilance renforcée, rouge pour une urgence.

Solenn Gouerou, de l'équipe SEA.AI, résume l'usage quotidien : « C'est la nuit que la technologie transforme vraiment la croisière. Un couple qui alterne les quarts, épuisé, avec des yeux qui peuvent manquer des détails critiques — le système détecte et suit tous les obstacles, donne des relèvements précis, guide l'équipage. En cas de chute à la mer, il peut même détecter la personne dans l'eau et alerter immédiatement le partenaire resté à bord ».

Les limites à bien comprendre

La prudence s'impose tout de même. Car la vision par ordinateur présente des limites réelles. La première est météorologique : contrairement au radar qui émet des ondes, une caméra ne voit pas à travers le brouillard ni la pluie dense. Les systèmes atteignent des taux de détection de 92 à 95 % en conditions optimales, mais leurs performances chutent significativement par mauvais temps. Le radar reste un outil complémentaire incontournable — tout comme les prévisions marines détaillées demeurent indispensables pour anticiper ces conditions dégradées.

La deuxième limite est celle du champ de vision. Les modèles grand public ne couvrent que le secteur avant : 130 degrés sur 360, ce qui laisse un angle mort de 230 degrés. Un bateau qui vous rattrape par l'arrière reste invisible pour le système. La troisième limite est psychologique, et c'est peut-être la plus dangereuse. La présence d'une aide technologique induit parfois une baisse de vigilance — le phénomène, bien documenté dans l'automobile avec les assistants ADAS, peut se reproduire à bord. L’utilisation de ces systèmes – du radar à l’AIS aux technologies les plus modernes – ne dispensent pas d’une veille humaine indispensable ET obligatoire. Ces systèmes alertent, mais la décision à prendre doit rester humaine.

Pour qui, et pour quel usage ?

Pour le plaisancier qui navigue en Méditerranée entre avril et octobre, qui rentre rarement de nuit et ne s'éloigne pas des côtes, l'investissement n'est pas prioritaire. En revanche, pour le navigateur qui traverse des océans, qui fait des transats en équipage réduit ou en solitaire, qui explore des zones où les obstacles non signalés sont légion — côtes africaines, Caraïbes, Pacifique —, la vision par IA devient vite une évidence. Tout comme le dessalinisateur ou les panneaux solaires l'étaient hier : d'abord réservés aux grands voyages, ils font aujourd'hui partie de l'équipement standard de la grande croisière. Les erreurs humaines représentent 80,7 % des accidents maritimes documentés entre 2014 et 2022. L'IA ne résoudra pas tout, mais réduire la part de la vigilance défaillante dans ce total reste un objectif légitime et atteignable. Plusieurs chantiers intègrent ces systèmes novateurs à leur catalogue d'options — le signal que cette technologie est en train de devenir un équipement de série plutôt qu'une option de luxe.

Avant de partir en mer, pensez à consulter les prévisions sur METEO CONSULT Marine.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.