
Une saison marquée par un net ralentissement de l’activité
Le nautisme français a traversé une nouvelle saison de repli. Entre septembre 2024 et août 2025, la production de voiliers et de bateaux à moteur en France a chuté de 16 % pour s’établir à 7.063 unités, a indiqué mardi la Fédération des industries nautiques à l’occasion de son assemblée générale annuelle à Paris. Dans le même temps, le chiffre d’affaires de la filière a reculé de 17 %, à 1,49 milliard d’euros, retrouvant un niveau proche de celui de 2021, après la forte embellie observée au sortir de la crise sanitaire. « 2024-25 a été une année de tassement, de recalage, c’est aussi une année de transition », a indiqué à l’AFP le président de la FIN, Jean-Paul Chapeleau. Le responsable de la fédération veut toutefois retenir quelques signaux un peu plus encourageants.
« Les salons d’automne pour les professionnels ont été meilleurs qu’il y a un an ou deux, et l’année en cours a démarré avec une meilleure visibilité hors effet guerre au Moyen-Orient », s’est-il félicité. « Néanmoins, la saison n’est pas finie, nous sommes dans une période compliquée avec beaucoup d’inconnues pour notre métier qui repose sur le loisir », a-t-il ajouté.
L’export toujours solide, malgré un marché intérieur sous pression
L’an passé, le taux d’exportation a encore progressé pour atteindre 80,8 % de la production française de voiliers et yachts. La filière s’appuie sur plusieurs acteurs de premier plan, parmi lesquels Beneteau, basé à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, Fountaine Pajot, installé à La Rochelle, Catana Group, au Cannet-en-Roussillon, ainsi que Grand Large Yachting, à La Grande-Motte. Toutes les catégories n’ont pas été touchées avec la même intensité. Les voiliers monocoques ont accusé le plus fort recul, avec une baisse de 30 % des ventes, devant les multicoques, en repli de 19 %. Ces derniers restent toutefois les principaux contributeurs au chiffre d’affaires du secteur, avec 759,2 millions d’euros. Les bateaux à moteur ont mieux résisté. Le chiffre d’affaires des unités de moins de 9 mètres a reculé de 18 %, à 79,5 millions d’euros, tandis que celui des bateaux de plus de 9 mètres n’a baissé que de 3 %, à 389,9 millions d’euros.
« Les petits bateaux souffrent plus que les gros, car leurs ventes dépendent d’une clientèle plus sensible à l’inflation des prix », a souligné Jean-Paul Chapeleau. De plus, « les modes de consommation du nautisme ont changé, avec une jeune génération plus intéressée par la location que par l’achat », a-t-il expliqué. Pour autant, la pratique, elle, ne s’effondre pas. Le nombre de sorties en mer dans les ports français, la consommation de carburant et le nombre de permis délivrés, soit environ 100.000 par an, restent stables depuis 10 ans, signe que « l’attrait est là », a-t-il ajouté.
Cette stabilité confirme que le nautisme continue d’attirer, même si la relation à la propriété évolue. L’accès à la navigation passe désormais davantage par la location, le partage ou l’usage occasionnel, notamment chez les plus jeunes.
Attirer les jeunes, un enjeu stratégique pour l’avenir de la filière
C’est précisément sur ce point que la fédération veut agir. « Ceux qui pratiquent la voile lorsqu’ils sont jeunes, continuent plus tard, et deviennent encore plus tard des acheteurs de bateaux. Mais les jeunes générations actuelles sont très sollicitées par beaucoup d’activités différentes, il faut qu’on soit capables de plus les attirer », a-t-il indiqué à l’AFP. Pour la profession, l’enjeu dépasse la conjoncture immédiate. Il s’agit de préparer le renouvellement des pratiquants et de maintenir un socle de passionnés capables, à terme, de soutenir le marché.
En parallèle, la filière poursuit sa mutation environnementale. Depuis 2019, le nautisme français a engagé une stratégie de décarbonation qui passe notamment par le recyclage des bateaux en fin de vie, avec la création d’un éco-organisme et d’une quarantaine de centres de déconstruction. Nous avons déconstruit un peu plus de 3.000 bateaux par an sur le territoire métropolitain », a indiqué Jean-Paul Chapeleau.
Le secteur mise aussi sur le réemploi et sur l’allongement de la durée de vie des unités, aujourd’hui estimée autour de 40 ans. « Tout un écosystème de startups et de grands groupes sont en train de s’organiser pour que les bateaux continuent de naviguer au-delà de cet âge », a ajouté le président de la FIN.
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