Catamarans à moteur : les nouveaux rois de la grande croisière ?

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Longtemps cantonnés au charter tropical et aux croisières côtières, les catamarans à moteur gagnent désormais le terrain de la grande croisière. Plus stables au mouillage qu’un monocoque, plus sobres qu’un yacht classique, plus habitables qu’un monocoque à moteur de même longueur, ils séduisent autant les propriétaires que les loueurs. Mais tous ne répondent pas au même programme. Le vrai choix ne se résume pas à la vitesse ou au volume : il se joue sur l’autonomie réelle, la consommation, la maintenance, la certification et la capacité à vivre longtemps à bord.

Croisière hauturière en catamaran à moteur : le grand comparatif 

Pour les marins que nous sommes, le bateau de grande croisière a longtemps eu une silhouette assez évidente : le voilier restait la référence, avec son autonomie, sa sobriété et sa capacité à traverser les océans sans dépendre entièrement du carburant. Pour les amateurs de moteur, le trawler ou la vedette de voyage tenaient le rôle du bateau rassurant, souvent plus lent, mais capable d’emmener son équipage loin et longtemps. Le catamaran à moteur, lui, occupait une place plus ambiguë. On l’imaginait volontiers dans les lagons, en charter, avec un grand cockpit, des bains de soleil et une clientèle plus attirée par le confort que par la navigation. Cette image a bien évolué. Les Powercats ne sont pas seulement des bateaux de vacances. Ils sont devenus une vraie alternative pour les propriétaires qui veulent partir loin sans renoncer à l’espace, à la stabilité et au confort quotidien. Le phénomène est particulièrement visible sur les unités de 45 à 55 pieds, une taille suffisante pour envisager la croisière hauturière, mais encore compatible avec une exploitation par un équipage privé expérimenté. Les raisons de ce succès – comme dans le monde de la voile – sont nombreuses : 2 coques fines, efficientes, un faible tirant d’eau, une grande stabilité au mouillage, des volumes de vie considérables, une vitesse de croisière supérieure à celle d’un voilier et une consommation qui peut rester raisonnable si l’on accepte de naviguer à allure modérée. Mais un bateau de voyage ne se juge pas seulement au ponton, au salon nautique ou sur une fiche technique. Il se juge dans le clapot, après plusieurs heures de moteur, au moment de faire le plein, en entrant dans un port étroit, en cherchant une place suffisamment large, ou après 3 mois de vie à bord.

C’est là que le comparatif devient intéressant. Car les différents catamarans à moteur présents sur le marché (YOT 53, Aquila 46 Yacht, Sunreef Ultima 55, Fountaine Pajot MY6, Leopard ou Prestige…) ne répondent pas exactement au même usage. Certains privilégient le volume et la vie extérieure. D’autres misent sur la polyvalence, la valeur de revente ou le charter. Les plus luxueux ouvrent la voie à l’hybridation, mais au prix d’une complexité technique et financière importante.

Le vrai critère n’est pas la vitesse maximale, mais la vitesse utile

Sur un bateau à moteur, la vitesse attire toujours le regard. Un bateau capable de croiser à 18 nœuds ou d’atteindre 25 nœuds semble forcément plus séduisant qu’une unité qui avance à 8 ou 10 nœuds. Pourtant, en grande croisière, la vitesse maximale est rarement le bon indicateur. La vraie question est plus concrète : à quelle allure le bateau reste-t-il confortable, sobre, silencieux et cohérent avec son programme ?

À 16 ou 18 nœuds, un Powercat permet de raccourcir une étape, de profiter d’une fenêtre météo courte ou d’arriver avant la nuit. C’est un avantage réel, notamment en Méditerranée, aux Antilles ou dans les archipels où les distances entre les îles peuvent vite devenir exigeantes. Mais cette vitesse a un coût. La consommation grimpe, l’autonomie baisse, le bruit augmente et l’entretien mécanique devient plus sensible sur la durée. À 7, 8 ou 9 nœuds, le même bateau change de personnalité. Il devient plus silencieux, plus sobre, plus adapté aux longues étapes. C’est souvent à cette allure que le catamaran à moteur retrouve sa vraie logique de voyage. Il ne cherche plus à jouer au yacht rapide, mais à devenir une maison flottante efficace, stable et raisonnable. Cette double capacité est l’un des grands intérêts des catamarans à moteur modernes. Ils peuvent aller vite quand la météo, le courant ou le programme l’imposent. Ils peuvent aussi ralentir pour préserver le carburant, le matériel et l’équipage. CQFD !

Ce que les propriétaires apprécient vraiment à bord

Les retours d’usage sont assez constants. Le premier grand avantage du catamaran à moteur est la stabilité. Au mouillage, la différence avec un monocoque est considérable. Moins de roulis, plus de confort, moins de fatigue, davantage de plaisir à vivre dehors. Pour une famille, pour des invités peu habitués à la mer ou pour un équipage qui vit plusieurs mois à bord, cette stabilité change tout. Le deuxième avantage est l’espace. À longueur équivalente, aucun monocoque à moteur ne rivalise vraiment. Le carré, le cockpit, les cabines, le flybridge, les jupes arrière et les espaces de rangement donnent une vraie sensation de maison flottante. En grande croisière, c’est un plus indéniable. Quand on passe plus de temps au mouillage qu’en navigation, la qualité de vie à bord devient centrale.

Le troisième avantage est le faible tirant d’eau. Aux Bahamas, aux Antilles, en Corse, en Grèce ou en Croatie, pouvoir se rapprocher davantage, mouiller dans moins d’eau et accéder à certains abris change le programme de croisière. Mais les limites sont tout aussi concrètes. La largeur complique la vie au port. Les places adaptées sont moins nombreuses et plus chères. Le fardage exige de l’attention dans les manœuvres. L’entretien coûte plus cher qu’un bateau plus simple, car il y a 2 moteurs, souvent beaucoup d’électronique, parfois de la climatisation, des plateformes hydrauliques, un groupe, un dessalinisateur et des systèmes énergétiques complexes.

Le carburant reste enfin le grand juge de paix. À basse vitesse, un Powercat reste raisonnable. À vitesse élevée, il rappelle vite qu’il reste un bateau à moteur.

L’hybride, vraie avancée ou argument de salon ?

L’hybridation fait partie des grands sujets de 2026. Les systèmes de propulsion et de gestion énergétique progressent rapidement, avec une idée simple : utiliser l’électricité non seulement pour avancer en silence sur de courtes distances, mais aussi pour mieux alimenter la vie à bord. Sur un catamaran à moteur, l’intérêt est évident. Les besoins électriques sont importants : froid, climatisation, cuisine, électronique, dessalinisateur, recharge des appareils, parfois annexe électrique. Un système hybride bien conçu peut réduire les heures de générateur, améliorer le confort au mouillage et rendre le bateau plus agréable au quotidien. Mais l’hybride n’est pas une baguette magique. Il ajoute du poids, du coût et de la complexité. Il nécessite une installation parfaitement pensée, une maintenance compétente et un équipage capable de comprendre les priorités énergétiques. En grande croisière, la meilleure technologie est celle que l’on peut surveiller, expliquer et réparer. Un système trop sophistiqué, mal documenté ou dépendant d’un seul spécialiste peut devenir une source d’inquiétude. 

L’avenir passera sans doute par des solutions plus simples, plus modulaires et plus robustes. L’objectif ne sera pas forcément de naviguer 200 milles en électrique, mais de vivre mieux au mouillage, de limiter le bruit, de mieux gérer les batteries et de réduire la consommation globale.

Quel catamaran à moteur choisir en 2026 ?

Comme pour tous les bateaux, il n’’existe pas un choix unique. Le meilleur catamaran à moteur est celui qui correspond au programme, au budget, à l’expérience de l’équipage et à la manière de vivre à bord. La montée des catamarans à moteur ne signifie pas la fin des voiliers de voyage, ni celle des trawlers classiques. Elle traduit plutôt une évolution des usages. Les plaisanciers veulent plus de confort, plus de stabilité, plus d’espace et une autonomie mieux maîtrisée. Ils veulent pouvoir partir loin, mais aussi profiter longtemps du mouillage. Ils veulent aller vite parfois, mais sans être condamnés à consommer énormément à chaque sortie.

Le catamaran à moteur répond très bien à cette attente, à condition de le choisir pour les bonnes raisons et pour les avantages qu’il apporte. Il faut regarder la consommation à toutes les allures, la capacité en carburant, la charge utile, l’accès aux moteurs, la certification, le réseau d’entretien, le coût des places de port et la simplicité et la réparabilité des systèmes embarqués. 

Et ensuite, à vous les plus belles des navigations !

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.