6 questions à… Stéven Guedeu, directeur général délégué du groupe Fountaine Pajot
Stéven Guedeu : Je suis Breton d’origine, mais j’ai grandi dans le Nord de la France. Enfant, je passais toutes mes vacances à Lancieux, chez mes grands-parents, puis à La Trinité-sur-Mer. C’est là que j’ai découvert la voile sur dériveur. Je ne viens pas d’une famille de marins, mais j’ai immédiatement attrapé le virus. Lorsque les vacances se terminaient et qu’il fallait quitter la Bretagne pour rentrer dans le Nord, j’en pleurais [Rires !]. Je crois que c’est à ce moment-là que le manque de la mer et de la navigation est devenu une évidence pour moi.
Pour être honnête, je naviguais pour mon plaisir, et pas du tout à un haut niveau, mais j’adorais vraiment ça. Ensuite, je suis passé à la planche à voile, car c’était plus facile de naviguer en planche sur les lacs du nord de la France…
Comme nous ne possédions pas de bateau, je me suis formé aux Glénan, comme beaucoup de passionnés. Je suis rapidement devenu chef de bord, puis chef de bord hauturier. J’ai même passé mon monitorat entre Noël et le Jour de l’An, à Concarneau. Lorsque nous sortions en mer, les pêcheurs nous prenaient gentiment pour des cinglés ! [Rires !] Depuis toujours, toutes mes vacances se sont passées sur l’eau !
J’ai même fait mon service militaire à l’école navale comme « sportif de haut niveau », ce que je n’étais pas, mais j’ai quand même été pris ! Cela m’a permis de passer une année entière à naviguer, notamment en Surprise et même sur le 12MJI France 3...
À l’issue de mes études, j’ai commencé ma carrière dans l’agroalimentaire. Avec mon premier salaire, je me suis offert mon premier bateau, un Gib Sea Plus 80. En 2000, une annonce pour un poste de directeur export adjoint chez Plastimo a complètement changé ma trajectoire. Mon travail me plaisait, mais je rêvais de rejoindre l’univers du nautisme. J’ai postulé, j’ai été recruté et, dans la foulée, je me suis offert le bateau dont je rêvais depuis l’âge de 15 ans : un Mini 6.50 Pogo, le n°345.
Après onze années passées chez Plastimo, j’ai rejoint Fountaine Pajot en tant que directeur commercial.
Stéven Guedeu : Lorsque Jean-François Fountaine a été élu maire de La Rochelle en 2014, il s’est consacré pleinement à cette nouvelle fonction. Il a donc fallu réorganiser la gouvernance du chantier autour de Nicolas Gardies et de Romain Motteau.
Aujourd’hui, Romain se lance dans un nouveau projet, qu’il annoncera prochainement, tandis que Nicolas prépare son départ à la retraite prévu en 2027. La nouvelle organisation s’articulera donc autour de Mathieu Fountaine et de moi-même, en qualité de directeur général délégué.
Concrètement, je serai chargé de la coordination opérationnelle du groupe sur les volets commercial, marketing produit et communication. Nous connaissons également une évolution importante dans ce dernier domaine avec le départ d’Hélène de Fontainieu, qui a assuré un travail remarquable pendant de nombreuses années. Elle transmet aujourd’hui le relais à une jeune équipe particulièrement compétente et investie.
Cette nouvelle gouvernance s'inscrit dans la continuité de la précédente. Notre volonté est de préserver l’ADN du groupe, auquel nous sommes tous profondément attachés.
Stéven Guedeu : Cette année est particulièrement importante, aussi bien pour Fountaine Pajot que pour Dufour.
Côté catamarans, nous présenterons trois nouveautés lors des salons d’automne : les FP 48, FP 55 et FPY 70S. Chez Dufour, le nouveau Dufour 39 sera dévoilé au public dès le mois de septembre. En seulement deux ans, nous aurons ainsi entièrement renouvelé la gamme monocoque.
Dans le domaine du bateau à moteur, le Veya 53, un catamaran développé dans le cadre de la joint-venture entre Fountaine Pajot et Guy Couach, fera ses premiers pas au salon de Cannes.
Nous avons également annoncé, lors de l’International Multihull Show de La Grande-Motte, la création d'une alliance avec le Groupe Bénéteau afin d'accélérer l'électrification de la plaisance à voile. Chez Fountaine Pajot, nous travaillons depuis longtemps à rendre la plaisance plus durable. Avec E-Lektra Marine, notre ambition commune est de convertir entre 10 et 15 % du marché mondial de la voile aux motorisations électriques d’ici 2030.
Cette démarche s’inscrit dans une politique environnementale engagée depuis plusieurs années. Nous avons notamment été les premiers de notre secteur à mesurer nos émissions de gaz à effet de serre, et notre principal actionnaire nous encourage à aller toujours plus loin dans cette démarche.
Stéven Guedeu : J’ai une conviction : la manière de naviguer ne sera pas bouleversée dans les prochaines années. La mer impose l’humilité. Il faudra toujours posséder un véritable sens marin et prendre du plaisir à naviguer. Cela ne changera pas.
Les bateaux continueront naturellement d’évoluer et deviendront encore plus simples à utiliser. Mais la véritable transformation concerne avant tout leur fiabilité et le sentiment de sécurité qu’ils procurent. Les unités actuelles sont déjà très fiables, et celles de demain devront l’être davantage encore, alors même qu’elles embarqueront toujours plus d’équipements, de systèmes électriques et d’électronique. Il faut bien avoir à l’esprit que nombre de nos clients sont des primo-accédants. Pour eux, la sécurité et la fiabilité sont des critères essentiels.
Les motorisations hybrides et électriques vont forcément aussi se développer avec la baisse des coûts et la volonté des clients de s’équiper. Aujourd’hui, 50% des acheteurs potentiels se disent intéressés par ces techniques. Un voilier est par essence hybride : avec ces nouvelles motorisations, on rajoute encore de l’autonomie et c’est ce que recherchent les plaisanciers.
Stéven Guedeu : Le groupe est aujourd’hui implanté sur trois sites à La Rochelle et emploie près de 1 500 collaborateurs. Notre chiffre d’affaires s’établit à 136,3 millions d’euros cette année.
Fountaine Pajot célèbre également son cinquantième anniversaire en 2026 avec plus de 5 000 bateaux construits et cinquante modèles lancés depuis la création du chantier.
Du côté de Dufour, plus de 25 000 bateaux naviguent aujourd’hui à travers le monde depuis la création du chantier il y a 61 ans.
Stéven Guedeu : L’hiver dernier, j’ai eu la chance de passer une dizaine de jours en catamaran aux Seychelles. C’était tout simplement exceptionnel.
Pour ma prochaine navigation, j’espère pouvoir emmener mon dernier fils découvrir les îles et les mouillages de Bretagne Sud cet été, idéalement à bord d’un Dufour 41. Je suis certain que lui faire découvrir cette destination, lui pur charentais, va l’émerveiller !