Tribune - TAEMUP 2027 : peut-on accélérer la transition écologique en pénalisant les plaisanciers ?

Mercury Marine
Par Mercury Marine

Après les déclarations de Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la Mer, sur la future réforme de la TAEMUP, Mercury Marine a souhaité faire entendre sa voix. Le Figaro Nautisme publie aujourd'hui cette tribune dans son intégralité. Une réelle prise de parole et de position du constructeur sur la fiscalité environnementale appliquée à la plaisance et qui vient contribuer au débat qui anime actuellement la filière.

Retrouvez l'interview exclusive de Catherine Chabaud sur la TAEMUP.

La décarbonation du nautisme constitue un objectif légitime et nécessaire. Comme l’ensemble des acteurs de la filière, les industriels de la profession investissent depuis plusieurs années dans des technologies destinées à réduire l’empreinte environnementale de la plaisance. Électrification des usages adaptés, amélioration continue du rendement énergétique des motorisations thermiques, recherche sur les énergies alternatives : la transition est déjà engagée.

Chez Mercury Marine, cet engagement se traduit par des actions concrètes. L’entreprise investit dans l’électrification avec le développement de la gamme Avator qui compte aujourd’hui cinq modèles de 750W à 11kW, conçue pour les usages pour lesquels cette technologie apporte aujourd’hui une réponse pertinente et efficace. Mais la réduction de l’empreinte environnementale passe également par l’amélioration des motorisations thermiques, qui resteront encore longtemps indispensables pour de nombreux usages nautiques.

Les dernières générations de moteurs Mercury offrent des gains significatifs en matière de consommation de carburant et d’émissions grâce à des technologies avancées de gestion électronique, d’injection et d’optimisation de la combustion. Parallèlement, Mercury poursuit ses investissements dans le renouvellement de ses gammes historiques. Les nouveaux moteurs hors-bord conçus pour la F1 motonautique, par exemple, permettent de réduire jusqu’à 90 % les émissions polluantes par rapport aux moteurs qu’ils remplacent.

Pour notre industrie, la transition écologique ne se résume pas à une technologie unique. Elle repose sur une approche pragmatique combinant électrification des usages adaptés, amélioration continue des motorisations thermiques, innovations en matière d’efficacité énergétique et développement progressif de solutions alternatives. Ce sont ces avancées concrètes qui permettent, dès aujourd’hui, de réduire l’impact environnemental de la plaisance.

C’est précisément parce que nous partageons pleinement cet objectif environnemental que la réforme de la TAEMUP prévue pour 2027 suscite de nombreuses interrogations. Car si son intention est louable, son efficacité réelle mérite d’être questionnée. Une fiscalité plus lourde peut-elle accélérer une transition lorsque les technologies alternatives abordables capables de remplacer les usages concernés ne sont pas encore disponibles à grande échelle ?

Une ambition écologique confrontée à la réalité technologique

Les embarcations équipées de motorisations comprises entre 175 et 300 chevaux constituent aujourd’hui le cœur de nombreux usages nautiques : pêche sportive, guidage, navigation familiale, loisirs côtiers ou hauturiers.

Or, malgré les progrès constants de l’électrification, aucune solution actuellement disponible ne permet encore de reproduire, dans cette catégorie, le niveau d’autonomie, de polyvalence et de sécurité attendu par les utilisateurs.

La propulsion électrique a pleinement sa place dans le nautisme. Mais contrairement à l’automobile, où les volumes de production favorisent une évolution technologique rapide, le secteur nautique demeure un marché relativement limité. Les contraintes liées au poids des batteries, à l’autonomie et au stockage de l’énergie restent aujourd’hui un frein majeur pour les bateaux les plus utilisés par les plaisanciers français.

Dans ce contexte, l’augmentation de la taxation des motorisations thermiques risque davantage de pénaliser les usagers que d’accélérer l’adoption d’une technologie de remplacement qui n’est pas encore mature pour ces usages.

Une réforme qui touche la plaisance populaire

L’image d’une plaisance réservée à une clientèle privilégiée ne reflète pas la réalité.

Les bateaux de 6 à 8 mètres concernés par la réforme sont utilisés par des familles, des passionnés de pêche, des retraités ou encore des entrepreneurs qui consacrent une part importante de leur budget à leur activité nautique.

Ces plaisanciers représentent un pilier essentiel de l’économie maritime et littorale. Par leur activité, ils font vivre un vaste écosystème d’entreprises et de services : concessionnaires, chantiers navals, équipementiers, mécaniciens, ports de plaisance, écoles nautiques, commerces et établissements de restauration. Chaque sortie en mer génère des retombées économiques directes pour les territoires côtiers.

Pour nombre d’entre eux, cette réforme ne sera pas perçue comme une incitation à la transition écologique, mais comme une augmentation supplémentaire du coût de la navigation, susceptible de freiner leur pratique et d’affecter l’ensemble de la filière. Au-delà des plaisanciers eux-mêmes, c’est toute une économie locale, créatrice d’emplois et de valeur, qui pourrait en subir les conséquences.

Un risque économique pour l’ensemble de la filière

Le nautisme représente un secteur stratégique pour l’économie française.

La France accueille plusieurs leaders mondiaux de la construction nautique et dispose d’un tissu industriel reconnu bien au-delà de ses frontières. Cette filière génère des milliers d’emplois qualifiés et contribue directement au dynamisme économique des régions littorales.

Or, le marché connaît déjà un ralentissement significatif. Dans ce contexte, toute hausse des coûts d’acquisition ou d’utilisation des bateaux peut avoir des conséquences immédiates pour l’ensemble de l’écosystème :

- Report ou annulation de projets d’achat ;

- Diminution du renouvellement des flottes ;

- Baisse d’activité chez les distributeurs et les ateliers ;

- Ralentissement des investissements ;

- Pression accrue sur l’emploi.

Paradoxalement, une telle évolution pourrait également retarder le remplacement des anciens bateaux et moteurs par des équipements plus récents, pourtant plus sobres et moins émetteurs.

Une concurrence déloyale largement ignorée

Un autre sujet mérite d’être intégré au débat.

Pendant que les constructeurs investissent massivement pour répondre à des réglementations environnementales parmi les plus exigeantes au monde, des moteurs importés directement depuis certains pays tiers continuent d’être distribués sur Internet à des prix particulièrement attractifs.

La conformité réelle de certains de ces produits aux normes européennes fait régulièrement débat au sein de la filière.

Si la réduction des émissions constitue la priorité, le contrôle renforcé des équipements non conformes devrait probablement représenter un levier d’action aussi important que la création d’une nouvelle fiscalité.

Une transition qui ne peut se construire à l’échelle d’un seul marché

La transition énergétique du nautisme constitue un défi mondial. Les technologies qui permettront demain de réduire significativement l’empreinte environnementale de la plaisance sont développées grâce à des investissements considérables en recherche et développement menés à l’échelle internationale.

Les grands constructeurs de moteurs marins innovent pour répondre aux besoins d’un marché mondial. Dans ce contexte, la France, bien qu’elle soit l’un des marchés nautiques les plus importants d’Europe, ne représente qu’une part très limitée de la demande mondiale. À elle seule, elle ne peut ni accélérer le rythme de maturation des nouvelles technologies de propulsion ni modifier les contraintes techniques auxquelles l’industrie est confrontée.

L’avenir du nautisme durable dépendra avant tout des progrès réalisés dans plusieurs domaines clés :

- L’optimisation continue du rendement des motorisations ;

- La modernisation du parc moteur grâce au remplacement des anciennes générations par les dernières innovations.

- L’amélioration des capacités de stockage de l’énergie ;

- Le déploiement d’infrastructures adaptées dans les ports et les zones de navigation.

- La transition écologique progresse lorsque l’innovation apporte des solutions concrètes, accessibles et adaptées aux usages réels des plaisanciers.

Une fiscalité peut accompagner cette évolution lorsque les alternatives technologiques sont disponibles et que les infrastructures nécessaires existent. Elle ne peut, en revanche, remplacer l’innovation elle-même ni créer artificiellement des solutions qui ne sont pas encore matures pour les usages concernés.

La transition écologique du nautisme se gagnera par l’innovation, l’investissement et le renouvellement progressif des équipements. Elle ne pourra être durablement efficace que si elle repose sur des solutions techniquement crédibles, économiquement soutenables et partagées à une échelle cohérente avec la réalité mondiale du secteur.

Accompagner plutôt que sanctionner

L’objectif de décarbonation du nautisme mérite une approche pragmatique fondée sur l’adhésion plutôt que sur la contrainte.

Plusieurs pistes pourraient être étudiées en concertation avec les professionnels :

- Aide au renouvellement des motorisations anciennes ;

- Développement des infrastructures de recharge dans les ports ;

- Encouragement des technologies à faibles émissions ;

- Accompagnement des innovations industrielles.

Ces mesures offriraient des résultats concrets tout en préservant l’accessibilité de la plaisance et la compétitivité de la filière.

Construire la transition avec ceux qui la rendent possible

La transition écologique du nautisme ne se résumera ni à une taxe ni à une interdiction implicite de certains usages.

Elle passera par l’innovation, le renouvellement progressif des flottes, le renforcement des infrastructures, le contrôle des équipements ne respectant pas les normes environnementales et une coopération internationale cohérente avec les réalités du secteur.

La fiscalité peut accompagner cette transformation. Elle ne peut cependant remplacer l’innovation technologique ni créer à elle seule les solutions qui n’existent pas encore.

Pour être efficace, la transition doit être construite avec ceux qui la rendent possible : plaisanciers, industriels, ports, fédérations, collectivités et acteurs économiques du littoral.

La transition écologique ne se décrète pas par la taxation. Elle se construit par l’innovation, l’investissement, le renouvellement des équipements et le dialogue.

L’enjeu n’est pas d’opposer ambition environnementale et pratique du nautisme, mais de créer les conditions d’une évolution réaliste, progressive et efficace. Pour réussir, cette transition devra s’appuyer sur des solutions crédibles, accessibles aux plaisanciers et compatibles avec les réalités technologiques, économiques et industrielles de la filière. C’est à cette condition qu’elle pourra être à la fois durable pour l’environnement et soutenable pour ceux qui vivent, travaillent et naviguent au quotidien sur nos côtes et nos voies navigables.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.