6 questions à… Jean-Noël Roux, fondateur et gérant d’Emeraude Sea Tec
Jean-Noël Roux : "Le nautisme représente une seconde carrière pour moi. À l’origine, j’ai suivi une formation scientifique et travaillé pendant une dizaine d’années dans ce domaine, notamment comme dirigeant d’un laboratoire industriel. Pour la petite histoire, j’ai été alors amené à travailler sur les problèmes d’osmose affectant les coques de bateaux pour le compte d’un grand chantier, que je ne nommerai pas [Rires !]. Mais il existait donc déjà un premier lien entre mon activité professionnelle et le nautisme qui était ma passion.
J’ai ensuite eu envie de me lancer dans une activité professionnelle proche de ce que j’aimais faire au quotidien : le bateau. Nous avons commencé, dans les années 1990, par vendre des monocoques. Puis les premiers Nautitech sont apparus et j’ai immédiatement été séduit par le concept. Nous exploitions également une société de location et nos clients se montraient, eux aussi, très demandeurs de ce type de bateaux. C’est ainsi que nous nous sommes lancés dans la vente et la gestion de catamarans de croisière. C’était en 1996 et, à l’époque, nous n’étions pas très nombreux à croire au potentiel du multicoque [Rires !]. Quelques années plus tard, probablement en 2004 ou 2005, nous avons décidé d’abandonner le monocoque pour nous consacrer exclusivement aux catamarans et aux trimarans de croisière. Emeraude Yachting est alors devenue Emeraude Multicoques."
Jean-Noël Roux : "Nous exerçons aujourd’hui plusieurs métiers complémentaires. Emeraude Multicoques se consacre à la vente de bateaux neufs des marques C-Cat, Privilège et Neel, tandis qu’Emeraude Brokerage prend en charge la vente de bateaux d’occasion.
Nous proposons également une activité de conciergerie, avec de nombreuses places de port en Méditerranée exclusivement réservées aux multicoques, ainsi qu’un service de location. Enfin, notre structure technique, Azur Boat Services, assure la préparation, l’équipement, la réparation et le refit des multicoques.
Nous développons par ailleurs des solutions d’hybridation destinées aux trimarans Neel, mais aussi, plus largement, à l’ensemble des multicoques de croisière. Nous avons homologué des bateaux hybrides au nom d’Emeraude, ce qui signifie que nous sommes désormais officiellement considérés comme constructeurs. Nous disposons aujourd’hui des compétences et des équipes nécessaires pour équiper en propulsion hybride tous les bateaux de série. C’est une corde supplémentaire à notre arc et un domaine dans lequel la demande progresse fortement.
La diversité de nos activités nous permet également de préserver notre chiffre d’affaires en fonction des évolutions du marché. Sur la partie technique, nous fonctionnons actuellement à 110 ou 120 % de nos capacités. Cela montre à quel point les attentes des plaisanciers sont importantes dans les domaines de l’équipement, de la rénovation et de l’hybridation."
Jean-Noël Roux : "Je pense que la grande force du multicoque de croisière réside dans sa capacité à permettre à beaucoup plus de personnes d’aller sur l’eau qu’un monocoque traditionnel. Nous touchons donc une clientèle beaucoup plus large, notamment des personnes qui disposent des moyens nécessaires pour acquérir, dès leur premier achat, une unité de plus de 12 mètres. La vie à bord d’un multicoque de croisière est plus simple, plus agréable et davantage comparable à celle que l’on peut connaître à terre. Le niveau de confort est optimal et les multicoques de croisière peuvent répondre à des usages très différents. Ils peuvent servir de résidence secondaire, d’outil de travail ou encore de bateau destiné à un tour du monde. C’est précisément cette polyvalence, ce caractère « multi-usages », qui séduit une clientèle bien plus large que celle du yachting traditionnel. Le multicoque permet d’envisager la vie à bord et la navigation comme un véritable mode de vie, qu’il soit sportif ou axé vers le voyage…"
Jean-Noël Roux : "Ce que demandent aujourd’hui nos clients, et ce qui va selon moi encore s’accentuer, ce sont des bateaux plus propres en matière de propulsion. Un voilier est, par nature, un bateau hybride. Encore faut-il qu’il soit capable de naviguer correctement à la voile, y compris dans le petit temps, et que son système de propulsion soit conçu pour limiter son impact environnemental. Pour que cette évolution fonctionne, les bateaux devront rester confortables — et ils le deviendront probablement encore davantage — sans pour autant se transformer en véritables poids lourds sur l’eau. C’est tout le défi qui attend les constructeurs au cours des prochaines années : proposer plus de confort et d’équipements tout en maîtrisant le déplacement et les performances sous voile.
Cette recherche de confort et d’espace est déjà très visible dans nos ventes. Le cœur du marché des bateaux que nous commercialisons se situe désormais entre 48 et 54 pieds. Il y a dix ans, il se trouvait plutôt entre 40 et 43 pieds. J’imagine donc que les bateaux vont continuer à grandir.
Toutefois, au-delà des évolutions techniques des bateaux, c’est surtout notre manière d’utiliser nos bateaux qui devrait changer. C’est pourquoi nous travaillons actuellement sur un concept de copropriété adapté à ces nouveaux usages. À partir d’un Neel 52, l’idée consiste à permettre à trois ou quatre propriétaires de partager les coûts d’acquisition et de gestion d’un grand bateau, autour d’un programme de navigation défini à l’avance, par exemple en Méditerranée occidentale, en Grèce ou aux Antilles. Nous nous chargerons de l’ensemble de la gestion : l’entretien, les réparations et, bien entendu, l’organisation du planning de chaque copropriétaire, afin d’éviter les difficultés habituellement associées à la copropriété. On peut même imaginer qu’une faible activité de location permette de réduire au minimum les coûts d’entretien supportés par les propriétaires. Je crois beaucoup à cette solution, que nous allons présenter en avant-première dès le Cannes Yachting Festival."
Jean-Noël Roux : "Nous disposons aujourd’hui de cinq bases, sur lesquelles nous proposons 36 places exclusivement dédiées aux multicoques mesurant de 12 à 35 mètres. Notre objectif est de vendre une vingtaine d’unités par an. Environ un tiers de bateaux neufs et les deux tiers sur de l’occasion."
Jean-Noël Roux : "Ma dernière grande navigation s’est déroulée dans le détroit de Magellan. C’est une région que j’aime profondément. Là-bas, la moindre navigation devient une expérience fantastique.
Quant à la prochaine, elle n’est pas encore définie, mais je pense sincèrement retourner dans le Grand Sud…"