Guindeau en panne : comment remonter son mouillage ?

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Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Un guindeau en panne et voici un mouillage idyllique qui tourne au casse-tête. Car l’aide de cet équipement si pratique, comment remonter plusieurs dizaines de mètres de chaîne et un ancre pesant de 15 à 40 kilos ?

Vous êtes au mouillage depuis deux jours. La météo se dégrade plus rapidement que prévu et il est temps de changer d’abri. Le moteur tourne, l’équipage est prêt, vous appuyez sur le bouton « Up » du guindeau. Rien. Vous recommencez. Toujours rien. À cet instant précis, le guindeau cesse d’être cet équipement banal dont on ne remarque même plus l'existence. Le bateau tient encore par son ancre et 50 mètres de chaîne. Et il va falloir récupérer tout cela… Sur un voilier de 9 mètres mouillé par cinq mètres de fond, l’exercice reste généralement gérable. Sur une unité de 15 ou 18 mètres ancrée dans 15 ou 20 mètres d’eau, la même panne prend une tout autre dimension. Car remonter le mouillage « à la main » ne signifie pas simplement tirer très fort sur une chaîne.

Avant les muscles, le diagnostic

Le premier réflexe ne doit surtout pas être de démonter immédiatement le guindeau. Un guindeau électrique est l’aboutissement d’une chaîne relativement simple : batterie, disjoncteur, câbles électriques, relais ou contacteur, commande, moteur, réducteur et barbotin. Il suffit qu’un seul élément ne fonctionne plus pour immobiliser l’ensemble. Commençons donc par le plus évident. Le disjoncteur est-il toujours enclenché ? Les batteries sont-elles suffisamment chargées ? Le moteur du bateau tourne-t-il ? Les connexions électriques sont-elles propres et correctement serrées ?

Un guindeau est un très gros consommateur électrique. Une batterie peut parfaitement continuer à alimenter l’électronique du bord, l’éclairage ou le réfrigérateur et s’effondrer dès que le moteur électrique du guindeau réclame plusieurs centaines d’ampères au démarrage. Le bruit donne ensuite de précieux renseignements. Vous appuyez sur la commande et il ne se passe absolument rien ? Regardez du côté de la télécommande, du contacteur au pied, du câblage de commande ou de leur alimentation.

Vous entendez un « clac », mais le moteur ne tourne pas ? Le relais fonctionne peut-être, mais cela ne signifie pas forcément que le courant de puissance arrive correctement au moteur. Une connexion oxydée, un câble desserré ou les contacts internes du relais peuvent être en cause. Le moteur tourne, mais la chaîne ne bouge pas ? Nous passons alors du côté mécanique : embrayage desserré, barbotin qui n’entraîne plus correctement la chaîne, maillon coincé, chaîne bloquée dans la baille à mouillage… Enfin, si le guindeau s’arrête alors qu’il forçait énormément, inutile d’insister. Le guindeau n’est pas conçu pour tirer plusieurs tonnes de bateau face au vent, pas plus qu’il ne doit servir à arracher une ancre profondément enfouie ! Son travail consiste essentiellement à récupérer une ligne de mouillage détendue.

50 mètres de chaîne : 70, 110 ou 160 kilos ?

C’est ici que l’on commence à comprendre le travail effectué quotidiennement par notre guindeau. Une chaîne calibrée de 8 mm pèse autour de 1,4 kg par mètre. En 10 mm, comptez environ 2,2 kg. Une chaîne de 12 mm approche 3,2 à 3,3 kg au mètre. Cinquante mètres représentent donc environ 70 kg en 8 mm, 110 kg en 10 mm et plus de 160 kg en 12 mm ! Et il faut ajouter l’ancre.

Prenons un bateau de 9 mètres équipé d’une ancre de 15 kg et de 50 mètres de chaîne de 8 mm : l’ensemble approche 85 kg, 130 kg sur un 12 mètres et près de 200 kg sur un bateau de 15 mètres. Heureusement, vous n’aurez jamais ces 200 kg suspendus au bout des bras.

Lorsque vous commencez à remonter le mouillage, une grande partie de la chaîne repose encore sur le fond. La masse réellement suspendue dépend donc essentiellement de la profondeur. Prenons notre voilier de 12 mètres avec sa chaîne de 10 mm et son ancre de 20 kg. Lorsque l’ancre quitte le fond par cinq mètres d’eau, la masse suspendue représente approximativement 31 kg. Par dix mètres, nous arrivons autour de 42 kg. Par vingt mètres, près de 64 kg. Dans l’eau, la poussée d’Archimède réduit encore légèrement le poids apparent de l’acier. Mais cet avantage disparaît progressivement lorsque l’ancre et la chaîne sortent de l’eau.

Le véritable problème n’est donc pas de soulever la totalité du poids du mouillage d’un seul coup mais de récupérer, mètre après mètre, des dizaines de kilos tout en empêchant chaque centimètre gagné de repartir vers le fond…

Votre meilleure arme ? Le moteur du bateau

Si le moteur fonctionne, utilisez-le. Cela paraît évident et pourtant, dans le stress, on voit parfois un équipage essayer de tirer son bateau vers l’ancre avec la chaîne. Il faut faire exactement l’inverse. Le barreur avance doucement vers le point où se trouve l’ancre pendant qu’un équipier récupère uniquement le mou de la chaîne. La nuance est alors considérable : déplacer plusieurs tonnes de bateau contre 20 nœuds de vent est extrêmement difficile. Récupérer quelques mètres de chaîne devenue molle l’est beaucoup moins ! À l’avant, l’équipier reprend progressivement la chaîne et sécurise régulièrement ce qu’il vient de gagner sur un point suffisamment solide. Un mètre gagné doit être définitivement gagné.

Il ne faut surtout pas conserver plusieurs mètres de chaîne uniquement dans les mains. Le bateau recule, une vague soulève l’étrave, les doigts glissent et toute la chaîne repart brutalement vers le fond. Les mains, et plus encore les pieds, doivent toujours rester éloignés de la trajectoire d’une chaîne sous tension et il n’est pas question de se lancer dans la manœuvre pieds nus et sans gant.

Tirer, bloquer, reprendre

Sur un petit bateau mouillé par faible profondeur, deux équipiers en bonne condition physique pourront remonter directement le mouillage.  À partir d’une certaine taille, il faut oublier l’image du marin remontant héroïquement 50 mètres de chaîne à la force des bras et il faudra utiliser la mécanique disponible à bord. Une méthode particulièrement efficace consiste à fixer un bout solide sur la chaîne, idéalement grâce à un crochet prévu pour cet usage, puis à ramener ce bout vers un winch. On borde de quelques mètres. La chaîne remonte. On la bloque ensuite sur un point fort à l’avant. Le bout est détendu, son crochet replacé quelques mètres plus loin et l’opération recommence.

Tirer, bloquer, reprendre. C’est lent et répétitif, mais parfaitement efficace. Surtout, la chaîne ne doit pas être directement enroulée autour de la poupée du winch. Elle risque de l’endommager et son comportement sous tension peut devenir dangereux. Le bout sert précisément d’intermédiaire.

Sur certains voiliers, on peut même ramener ce système jusqu’au cockpit et profiter d’un gros winch, voire d’un winch électrique. Mais attention aux renvois improvisés : chandelier, petite poulie ou équipement léger ne sont pas conçus pour encaisser les efforts d’un mouillage.

Et si l’ancre refuse de quitter le fond ?

Vous avez récupéré toute la chaîne. Elle descend maintenant presque verticalement sous l’étrave. Mais l’ancre ne bouge pas. C’est souvent le moment où l’on est tenté de faire travailler encore davantage le guindeau ou le winch et c’est une bien mauvaise idée.

Bloquez la chaîne sur un point fort. Le bateau peut alors fournir lui-même l’effort nécessaire. Une petite houle suffit parfois à déchausser progressivement l’ancre. On peut également avancer doucement au-delà de sa position pour modifier l’angle de traction. Si elle est prise dans une roche, changer progressivement de direction peut permettre de la libérer. Et puis il existe un moment où il faut savoir renoncer. Une ancre et 50 mètres de chaîne coûtent cher. Mais ils valent toujours moins qu’un bateau poussé vers une côte sous le vent…

Le mode manuel : l’avez-vous seulement essayé ?

De nombreux guindeaux disposent d’un système permettant une récupération manuelle en cas de panne électrique et c’est une excellente nouvelle… À un détail près : cette procédure peut être extrêmement lente. Selon les systèmes, il faut actionner un levier, faire avancer le barbotin d’une petite fraction de tour, repositionner le levier et recommencer encore et encore… Il est donc essentiel de savoir si votre guindeau possède un mode de secours manuel et si vous l’avez déjà testé pour savoir s’il est réellement utile. Parce que découvrir son fonctionnement avec 25 nœuds de vent et une côte sous le vent n’est certainement pas le meilleur moment.

Faites le test avant la panne

Un jour de beau temps, choisissez un mouillage tranquille dans cinq ou six mètres d’eau. Mouillez normalement. Puis coupez volontairement le disjoncteur du guindeau. Et remontez votre ancre. Vous allez immédiatement découvrir les points faibles de votre plan de secours du crochet de chaîne au bout qui est sensé l’amener au winch, la taille du winch choisi et le moyen de bloquer la chaîne remontée… 

Un guindeau est une machine formidable et son efficacité nous fait simplement oublier le travail qu’il réalise à notre place…

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.