Ecoute, la réponse est dans le vent
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Hourra, revoilà bientôt mai. Et, si en avril ne te découvre pas d’un fil, en mai fais ce qui te plaît. Autant dire que le mois de mai est celui du retour de la plaisance. On voit, à l’horizon, se multiplier les voiles blanches. On voit, plus nombreux devant les capitaineries, les skippers analyser les bulletins météo pour savoir à quel vent ils vont offrir leurs premiers bords.
Je trouve formidable ce moment où il n’y a plus que le vent qui compte. Bien sûr, s’il peut y avoir du soleil pour le même prix, on est preneur… mais le plus important c’est le vent. Qu’il soit là, et pas trop fort. Qu’il souffle dans le bon sens. Qu’il soit de bonne humeur.
Si mai est encore un mois de printemps son vent est déjà d’été.
Sur notre littoral méditerranéen, on est déjà menacé par 42% de « calme » (66% sur la Côte d’Azur) et encore par 2% de « coup de vent » (6% sur le golfe de Lion). Il nous reste 45% de bonheur avec du 3 à 5 Beaufort, 11% de « border line » avec du 6 à 7.
Notre ambiance atlantique connaît moins les extrêmes. 27% de « calme », 1% de « coup de vent », mais 63% de médium avec le tant espéré force 3 à 5. Le « border line » force 6 à 7 Beaufort est tout de même encore de 9%.
La plaisance veut évidemment que l’on évite ce « border line », même si cet état limite du vent (limite pour la plupart d’entre nous), cache, comme le trouble de la personnalité, de belles valeurs sous une grande fébrilité. Quoi de plus grisant qu’un couple bateau-équipage à l’aise dans les conditions dîtes musclées du « vent frais » (force 6 à 7) ? Quoi de plus satisfaisant qu’une arrivée à bon port après avoir subi quelques bonnes gifles ?
Le doux plaisir, lui, vient du vent plus caressant. Celui de la « petite brise » (c’est force 3) pour naviguer au près, ou de la « bonne brise » (c’est force 5) au portant. Quand il vient de terre, la mer est plate et les parfums printaniers. Quand il vient du large, la houle se fait dansante et l’air bourré d’iode.
Etre attentif au vent augmente le plaisir de la barre, suivre au plus près chaque petite variation de sa direction, chaque oscillation, chaque risée pour être bon en cap, bon en vitesse.
Etre attentif au vent c’est aussi écouter ce qu’il a à nous raconter, comprendre son histoire pour mieux deviner ses intentions.
Vous avez remarqué que pour le courant la notion de direction est « là où il nous porte » (pourvu qu’il ne nous porte pas sur les cailloux) alors que pour le vent, la convention est de dire « là d’où il vient ». Si on utilise le courant comme un tapis roulant, on reçoit le vent avec tout ce qu’il nous apporte de son lieu d’origine et de son voyage pour arriver jusqu’à nous.
Apprenons à distinguer dans tout ce qu’il nous apporte les signes révélateurs.
Ce vent de force 4 d’ouest qui souffle le long des côtes de Provence est-il enfant de la brise thermique aspirée par le minimum barométrique de Saint Raphaël, ou enfant du mistral qui ne faiblira pas pendant la nuit ? Ce noroît qui arrive sur la mer d’Iroise est-il d’une stabilité digne de la bordure anticyclonique ou rafaleux et d’ambiance dépressionnaire ? Et le nordet qui se précipite sur les caps du Cotentin mais qui devient timide sur la bordure côtière lorsque la nuit tombe, est-il dense et sec, venant de chez les anglais, ou plus doux et humide vent du nord de la France en contournant une dépression orageuse ?
"Ecoute, la réponse est dans le vent."
PS : le correcteur d’orthographe soutient que c’est une faute que d’écrire « le force 5 ». Pourtant si la mer, la houle, la vague mais aussi la brise et la risée ne renient pas le féminin, j’ai toujours entendu parler de la force du vent au masculin : « c’est un bon force 5, ça ». Je ne juge pas.