
Alors que le skipper Louis-Maurice Tannyères se réveille ce lundi dans un hôpital de La Corogne, son épaule endommagée, nous partons à la rencontre du personnel médical qui entoure les concurrents de La Solitaire du Figaro - Eric Bompard Cachemire.
C’est le 42e concurrent de cette Solitaire 2013. Jean-Yves Chauve est un médecin pas comme les autres, toubib des marins, figure incontournable des grandes courses à la voile, et installé sur son voilier jaune GMF au milieu de la flotte. “Je peux monter à bord des voiliers sans que cela soit considéré comme une aide extérieure mais c’est rare, explique-t-il. La dernière fois c’était pour Thomas Coville qui s’était luxé le pouce et ne pouvait pas faire son pansement seul.” Jean-Yves Chauve peut également décider une évacuation comme ce dimanche soir, lorsque Louis-Maurice Tannyères a signalé une forte douleur à l’épaule après une chute à bord. Le skipper de Joanna a été évacué par semi-rigide et rapatrié par le bâtiment de la Marine nationale PSP Flamant jusqu’à la Corogne. Pour Jean-Yves Chauve, le moment le plus critique de sa carrière sur la Solitaire remonte à quelques années déjà, lorsqu’un skipper remontant son ancre était tombé en arrière, tapant fortement sa nuque et provoquant un infarctus du cervelet. “C’était un accident extrêmement rare et on n'avait pas forcément le diagnostic à ce moment là”, se souvient le médecin. Le skipper souffrait de pertes d’équilibres. “Il ne pouvait plus tenir debout et nous avons dû l’évacuer par hélicoptère.”
“En fait la voile, c’est un mauvais sport”
Aux étapes, Jean-Yves Chauve est accompagné de cinq kinésithérapeutes - ostéopathes pour permettre aux marins de partir sur l'étape suivante avec le minimum de stigmates de la précédente. “En fait, la voile c’est un mauvais sport, lance Jean-Yves Chauve. Les marins sont en position statique pendant plusieurs heures à la barre, souvent dans le froid, et soudainement il faut tout donner pour une manœuvre sans avoir eu le temps de s’échauffer.” Avant chaque départ, l’équipe médicale conseille des mouvements d’échauffement aux concurrents. “On les voit faire quelques mouvements avant une manœuvre, observe Aymeric Rabadeux, kinésithérapeute - ostéopathe. Malheureusement, avec la fatigue, ils privilégient le repos et tout à coup ils vont courir à l’avant affaler un spi. C’est un sport super explosif.” La fatigue et l’alimentation précaire accentuent encore les risques qui pèsent sur le système des muscles et tendons. Lors de la dernière édition Aymeric Rabadeux a vécu un moment compliqué avec Anthony Marchand, skipper de Crédit Mutuel Performance. “Il a été obligé d’abandonner la première étape en raison d’un lumbago mais la radio n’a pas montré de problème, se souvient Aymeric Rabadeux. Il a donc voulu repartir même si les douleurs persistaient. Après un deuxième abandon, un scanner et une échographie ont finalement montré une déchirure. C’était stressant car, avant les résultats de l’imagerie, on se disait qu’on aurait dû le remettre sur pieds mais on n’y arrivait pas.” Le kinésithérapeute - ostéopathe explique que la difficulté de la Solitaire est qu’il s’agit d’un sprint - avec des étapes suffisamment courtes pour que le corps accepte le dépassement de soi - mais également un marathon sur un mois. Pendant l’hiver, il travaille avec les équipes de Roland Jourdain et Michel Desjoyeaux sur le gainage afin de préparer le dos qui est mis à rude épreuve dans des positions pas forcément ergonomiques et sur un support instable. De son côté, Jean-Yves Chauve insiste sur l’importance d’une bonne gestion du sommeil pour minimiser les risques traumatiques. “Au bout de 16 heures de veille, le marin a le même niveau de vigilance qu’avec 0.5 grammes d’alcool par litre de sang, rappelle-t-il. Dans ces moments là, on anticipe moins les mouvements du bateau et les difficultés des manœuvres.”
Ci-dessous: la vidéo du sauvetage de Louis-Maurice Tannyères