
Il avait survolé en extraterrestre l’édition 2011. Jérémie Beyou (Maître CoQ), attend sagement son heure pour à nouveau briller sur la Solitaire.
La patience est un plat qui se mange froid. Même pour les boulimiques rêvant d’exploits. Depuis l’avènement de la monotypie, la Solitaire du Figaro, en fiancée volage, a souvent repoussé les ardeurs des plus voraces. Leur inculquant avant tout humilité et sagesse. Jean Le Cam a tricoté à l’endroit et à l’envers des manches, pendant plus de dix ans, pour remporter la première de ses trois victoires.
Jérémie Beyou (Maître CoQ), actuel 8e au classement général de cette Solitaire du Figaro Éric Bompard Cachemire 2013, sait aussi à quel point l’effort sur soi-même pour calmer sa propre impétuosité est ardu. Songeant certainement à ses multiples illusions envolées : « Sur la Solitaire, c’est primordial. Énormément de choses mettent du temps à se décanter pendant une étape. Il ne faut jamais s’emballer. Sur la fin du parcours vers Gijón, tout le monde sait que ça passe au large. Sauf que tu as envie de faire le break. Chaque concurrent regarde qui va être le dernier à empanner et qui va être le premier à faire la route directe. En général, quand tu es dans un groupe, celui qui a pris la bonne option selon toi, le gagne-petit est parfois dix fois mieux que de partir tout seul dans son coin. Mais être tout seul est aussi très reposant. De ne pas voir que tu avances un centimètre moins vite que celui qui est à côté de toi, c’est vraiment cool. L’impatience est donc très dangereuse dans ces cas-là. En ce sens, les décisions de Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls) qui aime s’extirper du groupe nous indisposent ».
L’ambassadeur de la baie de Morlaix revient avec plaisir sur ses premiers pas bouillonnants sur l’épreuve reine : « J’ai commencé très tôt à faire du Figaro, à 20 ans. Quand tu débarques dans un milieu qui t’a fait rêver, que tu croises tes idoles, des Le Cam, des Mich Dej, tu te vois plus beau que tu n’es. Tu as tendance à t’enflammer sur le moindre petit signe de talent que tu viens de démontrer. Sur une étape, ici à Gijón, j’avais terminé également quatrième comme hier. J’avais fait en sorte que tout le monde le sache. Dix ans plus tard, je me dis que c’est bien mais pas vraiment exceptionnel. Que les gens reconnaissent que tu es un bon, à un moment, tu n’as plus besoin de ça. Et puis, il y a une vie à côté. Comme le disait mon philosophe préféré, Guy Roux, entraînements et stabilité affective sont plus importants ».
La victoire de la 3e étape sera-t-elle pour Jérémie Beyou qui rejoindra les eaux de ses premiers émois de marin ? Aura-t-il la patience pour progresser vers la Bretagne alors que la tendance météo semble annoncer des conditions très faibles, toutes en langueur ? « A Roscoff, j’ai fait pas mal de régates et d’entraînement en Optimist. Il ne va pas falloir que j’aille taper un caillou juste en arrivant. Cela serait bien de gagner. Voir la victoire d’Armel hier, cela m’a mis les glandes. Je sais que je dois rester calme, patient. L’objectif était de revenir dans les10 au classement général en quittant Porto. C’est fait. Maintenant, je dois songer au podium à Dieppe », conclu le vainqueur des éditions 2005 et 2011 de la Solitaire.
Endurance et persévérance seront sans nul doute les moteurs de ses motivations.
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