
Premier bizuth en 2011, deuxième au classement général en 2012, et dauphin de la deuxième étape de la Solitaire 2013 à 59 secondes du vainqueur, double tenant du titre, Armel Le Cleac’h. Le skipper de Vendée avance à pas de géants sur le circuit Figaro.
Morgan Lagravière avait souhaité garder sa fraîcheur avant le départ en naviguant très peu en avant-saison. « Pour être performant sur cette course très sollicitante, on le sait tous, il faut avoir envie, nous avait-il confié à Bordeaux. Et pour créer cet état d’esprit, je crois qu’il faut se placer en manque de navigation. » Pour ses débuts sur l’édition 2013, la course s’est chargée de mettre à mal cette envie avec des soucis techniques dès les premiers milles sur le fleuve. « Je suis content que ce soit fini », a-t-il ainsi lâché en arrivant à Porto en 14e position. Le jeune marin n’a pas caché son mal-être sur cette première étape avec un décrochage précoce. « J'ai essayé de cravacher tout le long pour essayer de revenir au contact mais ce n'était pas évident de raccrocher les wagons, a-t-il précisé. J'ai profité du nouveau départ au cap Finisterre pour jouer ma carte avec Armel et Jérémie mais on a finalement pris beaucoup de retard. » Le matin de cette arrivée à Porto, le skipper Vendée avait 16 milles de retard sur le leader Yann Eliès. « Malgré cela, je me suis accroché et j'ai bien fait. Je termine la course honorablement avec un retard très important sur Yann mais pas tant que ça sur les autres. » Son vœu était alors de prendre les étapes une par une pour essayer de prendre du plaisir. Cette deuxième manche le long des côtes ibériques lui aura offert un duel haletant contre le double vainqueur de la Solitaire et dauphin du dernier Vendée Globe, Armel Le Cleac’h. « Je ressens quand même un peu de frustration », a admis Morgan Lagravière lors de son arrivée à Gijón. Armel Le Cleac’h a su le maîtriser à chaque empannage. « Mais je vais trouver le moyen de me venger ! » a-t-il aussitôt répondu. Une belle réplique au vainqueur d’étape qui assurait quelques minutes auparavant : « Je ne l’avais pas encore rencontré sur le circuit Figaro alors c’est bien qu’il reste derrière encore ! »
Des pas de géants
Morgan Lagravière surprend sur le circuit. D’abord, parce qu’il n’est pas pensionnaire du centre d’entraînement de Port-La-Forêt, celui qui entraîne la moitié de la flotte de la Solitaire et les plus grands noms de la voile française. Il sait bien que ses concurrents bretons feront tout pour lui barrer le chemin du podium jusqu’à Dieppe mais il s’en amuse. « Ils voulaient aussi garder le titre de champion de France de course au large en solitaire à Port-La-Forêt !" a remarqué le champion 2012 sur les pontons de Bordeaux. Le marin de 26 ans s’entraîne en Vendée selon le souhait de son skipper. « Comme je suis un peu tout seul dans mon coin, les gars de Port-La-Forêt ont dû mal à me cerner, à connaître mes qualités et mes défauts, observe-t-il. J’essaye d’utiliser cette situation comme un centre de motivation et comme une bonne façon de laisser encore planer le doute. »
Autre facette qui étonne : sa capacité à régler son bateau pour filer très vite. Pour expliquer ses capacités, le marin réunionnais, vendéen d’adoption, parle d’instinct et sait très bien qu’elles lui permettent de pallier son manque d’expérience en météo. « Je sais peu ou pas adapter ma stratégie sur l’eau en fonction d’indices observables, comme le fait très bien Michel Desjoyeaux, explique-t-il franchement. Alors quand la situation devient, disons, un peu foireuse, je m’appuie sur ce que je sais faire – bien régler mon bateau pour aller vite – et j’essayer d’aller droit au but. » Dans ce duel, Morgan Lagravière a également pu s’appuyer sur son caractère bien trempé. « Cela ne se voit pas forcément à terre, nous a expliqué le skipper sous son éternelle casquette. Mais je suis quelqu’un de très différent sur l’eau. Cette gniac, qui peut ne pas être très positive en équipage, se transforme en quelque chose d’hyper intéressant en solitaire. » L’ancien concurrent olympique en dériveur léger 43er s’épanouit en solitaire et avance très vite sur ce circuit pourtant réputé à lente maturation. Pour la troisième étape, il devra redoubler de méfiance face à deux double vainqueurs bien décidés à briller sur leurs terres natales pour l’arrivée à Roscoff, Armel Le Cleac’h et Jérémie Beyou.