Des alizés faiblards

Vendée Globe
Jeudi 14 janvier 2021 à 7h48

Le nez pointé vers le Nord, la tête de la flotte, emmenée par Charlie Dalin (Apivia) et Louis Burton avance à petit train vers Recife. Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) a, comme les autres, le sommeil entrecoupé d'alertes dues aux grains. Revenant du diable Vauvert, Jérémie Beyou (Charal) a pris la 14e place de la flotte cette nuit.

©Charlie Dalin / Apivia
Le nez pointé vers le Nord, la tête de la flotte, emmenée par Charlie Dalin (Apivia) et Louis Burton avance à petit train vers Recife. Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) a, comme les autres, le sommeil entrecoupé d'alertes dues aux grains. Revenant du diable Vauvert, Jérémie Beyou (Charal) a pris la 14e place de la flotte cette nuit.

Calé sur une route plein Nord, avec un cap au 0° précisément pour Charlie Dalin, le nonette de tête remonte vers Recife, située 470 milles dans son nord en ce jeudi matin. La 5e ville du Brésil est le prochain point de passage de la flotte lancée dans un long bord obligatoire, portée par des alizés dont le souffle geignard peine encore à faire vibrer les cuivres, et contrariée par les grains qui postillonnent sur la parabole des skippers et perturbent par période les performances des prétendants au podium.

Du Brésil, qui étire désormais sa géographie sur leur route, les skippers du Vendée Globe ne verront pas grand-chose. Et au fond, ce n’est pas ce qu’on leur souhaite : le bonheur ne sera pas forcément près de la côte. Il ne sera pas non plus dans ces lignes de grains qui, dès demain, vont morceler leur vitesse et leur sommeil. Éparpillés pour l’instant, ces grains viennent déjà s’immiscer dans la trajectoire des navigateurs.

Des alizés faiblards

Même s’ils y sont habitués et qu’ils ont eux-mêmes installé mille alarmes à bord de leur IMOCA pour être alertés de la moindre variation de force ou de direction du vent, c’est toujours un crève-cœur de devoir faire sonner le téléphone iridium d’un bateau après avoir fait chou blanc sur une messagerie classique : cela signifie qu’on va l’arracher du sommeil du juste. Ça n’a pas loupé ce matin : Yannick Bestaven dormait vraiment bien quand on est venu lui demander de nous parler. Après le marchand de sable, le skipper de Maître CoQ IV a évoqué les grains. « Les alizés sont faiblards, et ils sont parsemés de grains qui accélèrent ou cassent notre vitesse. Cela donne pas mal de réglages à faire pour avancer et tenir une moyenne. Il faut être dessus, choquer l’écoute de grand-voile quand ça monte à 18 nœuds, gérer les variations de 10 à 18 nœuds en force, et de 50 degrés en direction. Tu as intérêt à ne pas être loin du pont pour gérer tout ça. Du coup, je dors par petites tranches, j’essaie de récupérer pour être au taquet pour quand il faudra mettre la poignée dans le coin ».

Avant ces grains, il y a eu le grain de sable, ce front froid permanent qui, en le bloquant, a privé Yannick Bestaven du bénéfice de tous ces efforts pour s’envoler, et qui lui reste un peu en travers du gosier : « Moralement, c’est dur, j’ai l’impression de ne pas avoir été verni : j’ai été arrêté en premier, et forcément le plus longtemps. Puis je n’ai pas pu gagner suffisamment dans l’Est pour les contrôler, et ça a été bien plus facile pour eux de se décaler. Je me suis retrouvé sous leur vent, ça fait chier. J’ai les Sables-d’Olonne au bout de l’étrave, on verra ce qu’il y aura au bout ! ».

Dans la nuit, entre les classements de 21 heures et celui de 5 heures, Charlie Dalin (Apivia) a parcouru 97,3 milles à la vitesse de 13,9 nœuds, cap au 4° - plein nord. 2e, Louis Burton (Bureau Vallée 2) maintient un écart à moins de 20 milles, Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) pointant à 37,6 milles. Thomas Ruyant (LinkedOut) complète ce petit peloton et émarge en 4e position, à 44,5 milles. Si trois des quatre bateaux avancent dans la même veine, seul Yannick Bestaven est décalé en longitude, 50 milles dans l’ouest. Pour en terminer avec le chiffres, le nonette est clos par Jean le Cam (Yes We Cam !) qui pointe 183,5 milles derrière. Pas plus.

Du calme pour Clarisse

Plus loin, mais pas tant que ça (761,6 milles), Clarisse Crémer évolue dans un mer redevenue ordonnée, et dans des vagues de moins de 1,50 mètre et, après une longue remontée au près dans des agitations casse-bateaux, la navigatrice de Banque Populaire X n’est pas fâchée de retrouver un poil de confort. « Ça fait du bien d’avoir l’impression de naviguer sur un lac après le grand sud. Ça a tapé jusqu’à hier, ça fait du bien de filer tout droit. Mais la journée va se gâter, et pour un bout de temps : avec Armel (Tripon), on va se taper de la molle « de chez molle » au moins deux jours – les fichiers ne savent jamais trop précisément. Il faut changer d’état d’esprit, et il faut aussi que je me prépare à monter au mât pour poser un patch de 3DI sur la chute de mon J2. Je me sentirai mieux quand je l’aurai fait ».

A 2129 milles, Jérémie Beyou embrasse la zone d’exclusion antarctique pour profiter de l’arrière d’une dépression australe. Profiter est un bien grand mot : les vents de trois-quarts arrière de 21 nœuds n’ont pas de rapport avec sa vitesse moyenne. On peut en conclure que l’état de la mer doit être bien moche. Cela ne l’a pas empêché de prendre le meilleur sur Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle) et sur Alan Roura (La Fabrique), et de prendre donc la 14e place du classement. Une nouvelle dont le skipper de Charal doit se réjouir, compte tenu du scénario de son Vendée Globe…

Hier soir, Kojiro Shiraishi a été le 20e à franchir le cap Horn, une performance qu’il a saluée en bon polyglotte, une goutte de saké à la main. Il est entré ce matin dans la petite dépression que cherchent à exploiter Stéphane le Diraison (Time for Oceans) et Didac Costa (One Planet One Ocean) au large de l’île des États.

Le prochain au cap Horn sera très vraisemblablement Manu Cousin (Groupe Sétin), très heureux de cette perspective : « Je cumule du sommeil pour être en forme pour la petite fiesta de ce soir ! Mon seul regret est que j’ai cherché le routage qui me permettrait d’aller voir le caillou au plus près, mais cela me faisait perdre une vingtaine d’heures. Je ne vais donc pas voir le cap, et c’est bien dommage. Mais ça fait une bonne raison d’y revenir ! ».

On finit le point du matin avec une petite pensée pour Alexia Barrier (TSE – 4myPlanet), toujours aux prises avec la dépression très étendue qui circule dans son Sud avec des vents d’Ouest de plus de trente nœuds. Encore 24 heures à tenir avant un petit répit et du vent de sud, pour avancer sur des allures enfin plus portantes !

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.