Faire le tour du monde en flottille : comparatif des grands rallyes hauturiers

Course au large
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Partir autour du monde en voilier ne rime plus forcément avec solitude. De plus en plus de plaisanciers choisissent de naviguer en rallye hauturier, entre liberté et encadrement. Mais derrière une promesse commune se cachent des réalités très différentes. Coûts, rythme, esprit, niveau d’accompagnement : tous les tours du monde organisés ne se valent pas. Décryptage pour choisir le programme réellement adapté à son projet.

Partir autour du monde en voilier ne rime plus forcément avec solitude. De plus en plus de plaisanciers choisissent de naviguer en rallye hauturier, entre liberté et encadrement. Mais derrière une promesse commune se cachent des réalités très différentes. Coûts, rythme, esprit, niveau d’accompagnement : tous les tours du monde organisés ne se valent pas. Décryptage pour choisir le programme réellement adapté à son projet.

© World Odyssey 2025

Naviguer seul… mais jamais vraiment isolé

Le tour du monde en voilier a longtemps été associé à une aventure profondément individuelle. Un bateau, un équipage, et des milliers de milles à parcourir en autonomie. Cette vision existe toujours, bien sûr mais, pour certains navigateurs, elle évolue. Depuis une quinzaine d’années, les rallyes hauturiers séduisent un nombre croissant de plaisanciers, notamment français. Le principe est simple en apparence : chaque bateau reste indépendant, mais navigue dans une flotte organisée, avec un calendrier, des escales planifiées et un encadrement logistique. Dans les faits, cela change profondément la manière de voyager. Les équipages gardent la responsabilité de leur navigation, mais bénéficient d’un cadre rassurant, d’informations précieuses et d’un soutien en cas de difficulté. Ce modèle attire des profils variés, souvent loin de l’image du marin solitaire. Couples en année sabbatique, familles avec enfants, jeunes retraités… Tous partagent une même envie : partir loin, sans forcément partir seuls.

ARC : la première traversée qui change tout

Pour beaucoup, tout commence avec une transatlantique. L’ARC s’est imposé comme la référence dans ce domaine. Chaque année, une flotte importante quitte les Canaries pour rejoindre les Caraïbes, dans des conditions généralement favorables grâce aux alizés. L’intérêt de ce format est évident. Il permet de franchir un cap psychologique majeur, celui de la traversée océanique, dans un environnement structuré. Les semaines précédant le départ sont rythmées par des briefings, des contrôles de sécurité, des rencontres entre équipages. Une dynamique collective se met en place, tout en laissant à chacun sa liberté en mer. Financièrement, l’inscription reste accessible à l’échelle d’un projet hauturier. Mais comme pour toute grande croisière, le vrai coût se situe ailleurs. Préparation du bateau, équipement de sécurité, énergie, communication, assurance… L’inscription n’est qu’une petite partie du budget global. Le profil des participants reflète cette accessibilité. On y croise des équipages peu expérimentés en océanique, mais bien préparés, des familles qui testent un projet de grand voyage, ou encore des propriétaires qui souhaitent simplement traverser dans de bonnes conditions.

World ARC : un tour du monde rapide et structuré

Changer d’échelle, c’est entrer dans une autre logique. Avec World ARC, on ne parle plus d’une traversée, mais d’un tour du monde complet, réalisé en environ 15 mois. Le programme est dense. Les étapes s’enchaînent selon un calendrier précis, conçu pour éviter les saisons cycloniques et optimiser les conditions de navigation. Canal de Panama, Pacifique, océan Indien, Afrique du Sud… Le parcours suit une logique éprouvée. Ce format présente un avantage majeur : il sécurise le projet. Les formalités administratives sont anticipées, les escales sont organisées, les passages délicats sont encadrés. Pour un équipage qui souhaite faire le tour du monde sans se lancer dans une aventure totalement ouverte, c’est une solution efficace. Mais cette efficacité a un revers. Le rythme est soutenu. Il laisse peu de place à l’improvisation ou aux détours. Il faut accepter de suivre un calendrier, parfois contraignant, et de privilégier l’objectif global au plaisir de s’attarder. Le coût est logiquement plus élevé que celui d’une simple transat, avec une participation importante à laquelle s’ajoute le budget de vie à bord. Le niveau d’exigence est également supérieur : bateau parfaitement préparé, équipage solide, capacité à enchaîner les navigations longues.

World Odyssey : le temps long comme philosophie

À l’opposé de ce rythme soutenu, certains programmes font un choix différent. C’est le cas de la World Odyssey, qui propose un tour du monde sur environ 3 ans. Ici, le voyage retrouve une dimension plus proche de la grande croisière traditionnelle. Les escales sont plus longues, les étapes moins contraintes, et le temps devient un allié. On ne cherche pas seulement à boucler une circumnavigation, mais à vivre une expérience prolongée. Ce format séduit des équipages qui souhaitent s’immerger dans les régions traversées, profiter des escales, attendre les bonnes fenêtres météo, ou tout simplement ralentir. L’esprit est souvent plus communautaire, avec des liens forts entre les participants. Le coût d’entrée est élevé, mais doit être mis en perspective avec la durée du programme. Sur plusieurs années, il s’intègre dans un budget global de vie à bord. Le niveau de confort et de préparation des bateaux est généralement important, avec des unités pensées pour le voyage au long cours.

Blue Water Rally : une leçon venue du passé

Certains rallyes ont disparu, et leur histoire est instructive. Le Blue Water Rally, arrêté au début des années 2010, en est un exemple. Son abandon a notamment été lié à des contraintes géopolitiques et à l’évolution du contexte international. Cette disparition rappelle une réalité souvent sous-estimée. Un rallye hauturier ne supprime pas les risques extérieurs. Il ne fait qu’apporter un cadre pour les gérer. Les routes évoluent, les zones sensibles changent, et aucune organisation ne peut totalement s’affranchir du monde réel.

Comparaison n’est pas raison

Comparer ces rallyes ne se limite pas à aligner des prix ou des milles parcourus. La différence essentielle tient au rythme et à la philosophie du voyage. Certains privilégient la performance et l’efficacité, d’autres le temps long. Certains offrent un encadrement très structuré, d’autres laissent davantage de liberté. Certains attirent des équipages en quête de sécurité, d’autres des navigateurs déjà aguerris. Dans tous les cas, une constante demeure. Le rallye ne remplace pas la préparation. Comme le montre très concrètement l’expérience des navigateurs au long cours, le budget réel d’un projet se construit avant tout autour du bateau, de son équipement et de la vie à bord  L’encadrement est un plus, jamais une solution miracle.

Quel choix pour quel projet ?

Le bon rallye n’est pas le plus connu, ni le plus ambitieux. C’est celui qui correspond au projet de vie de l’équipage. Une première transat pour se tester, un tour du monde rapide à intégrer dans une parenthèse professionnelle, ou une aventure de plusieurs années pour changer de rythme de vie… Chaque option répond à une logique différente.

Le véritable enjeu est là. Savoir si l’on veut faire un tour du monde, ou vivre un voyage autour du monde. Dans cette nuance se joue souvent la réussite du projet.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.