Trois semaines après le départ de la Golden Globe Race, les images retransmises directement depuis les bateaux commencent à montrer une autre facette de la course. Après le passage de la tempête tropicale Gonzalo, Gunnar Christensen a raconté sans détour deux journées particulièrement éprouvantes. De son côté, Helga Marie « Mara » Løvenskiold Kveseth s’interroge sur la poursuite de son tour du monde, pour des raisons bien différentes.

Sur le tracker, une trajectoire qui repart vers le nord ou l’ouest peut sembler n’être qu’une option météo, une erreur ou une manœuvre destinée à contourner un système. À bord, la réalité est parfois beaucoup moins abstraite. C’est précisément ce que commence à montrer le dispositif Window Live de la Golden Globe Race, trois semaines après le départ des Sables-d’Olonne.
La tempête tropicale Gonzalo, qui a balayé une partie de la flotte à proximité du Cap-Vert ces derniers jours, en fournit une première démonstration. Comme nous l’évoquions il y a quelques jours, plusieurs solitaires s’étaient retrouvés exposés à des vents forts et à une mer pouvant atteindre cinq mètres.
Parmi eux, l’Américain Gunnar Christensen a été particulièrement éprouvé à bord de son Hans Christian 34 Pompoen.
Deux jours à naviguer dans la mauvaise direction
Interrogé depuis son bateau après le passage du phénomène, Gunnar Christensen a raconté avoir affronté jusqu’à 50 nœuds de vent et des vagues de cinq mètres. Le skipper a également perdu du matériel stocké à l’arrière de son voilier. Mais c’est surtout sa trajectoire qui traduit l’intensité de l’épisode : pendant deux jours, les conditions l’ont contraint à naviguer pratiquement à 180 degrés de la route qu’il aurait souhaité suivre.
Une situation forcément difficile à accepter dans une course autour du monde. Dimanche 28 septembre à 8 h UTC, une fois le plus gros de la tempête passé, l’Américain avait enfin repris une route vers l’est, mais progressait à seulement 2,6 nœuds.
Son témoignage donne surtout une autre lecture des traces parfois déroutantes visibles sur la cartographie. Derrière quelques dizaines de milles parcourus dans la « mauvaise » direction se cachent des heures passées à préserver le bateau, encaisser la mer et attendre que les conditions permettent enfin de reprendre la route.
C’est exactement le terrain sur lequel Window Live apporte quelque chose de nouveau à cette Golden Globe Race.
Le système développé avec la société suédoise TriPeak permet en effet de retransmettre des images depuis certains bateaux tout en conservant le principe d’isolement voulu par l’épreuve. La transmission est à sens unique : les images peuvent quitter le bateau, mais le skipper ne dispose pas pour autant d’un accès à Internet ou d'un canal permettant de recevoir des informations extérieures.
Mara s’interroge sur la suite de sa course
Mais les difficultés révélées par ces images ne sont pas seulement météorologiques.
À bord de Showgirl, la Norvégienne Helga Marie « Mara » Løvenskiold Kveseth a tenu un discours beaucoup plus inattendu. La navigatrice a expliqué que son tour du monde avait aussi pour objectif de promouvoir sa fondation et la cause des femmes. Or elle s’inquiète aujourd’hui de la visibilité donnée à cette campagne à terre.
Selon le compte rendu publié par l’organisation, elle est allée jusqu’à évoquer la possibilité de ne pas poursuivre la Golden Globe Race si son équipe n’intensifiait pas la couverture de son projet sur les réseaux sociaux. À ce stade, il ne s’agit toutefois pas d’une annonce d’abandon.
L’épisode pose également une question particulière dans une course qui revendique des règles de communication extrêmement strictes. L’organisation indique avoir rappelé que Window Live n’avait pas vocation à permettre aux concurrents de transmettre des instructions logistiques à leurs équipes à terre. Elle rapporte par ailleurs avoir contacté l’équipe de Mara au sujet d’un site tiers qui diffusait des enregistrements de ses communications radio.
Guillou et Lawless ont déjà pris le large
Pendant ce temps, la course continue et deux hommes ont nettement pris les devants. Au pointage du 28 septembre à 8 h UTC, Damien Guillou sur Solarem avançait à environ 6 nœuds, devant l’Irlandais Pat Lawless sur Silvermines Hydro, crédité d’environ 5 nœuds. Tous deux se trouvaient environ 550 milles devant le gros de la flotte et approchaient des alizés de sud-est.
Derrière, les écarts restent beaucoup plus serrés et plusieurs concurrents doivent encore composer avec des vents contraires ou les petits airs du Pot-au-Noir.
Mais après trois semaines de mer, cette Golden Globe Race commence surtout à entrer dans une nouvelle phase. Les seize concurrents ont quitté Les Sables-d’Olonne le 6 septembre pour un tour du monde qui doit durer de longs mois. Window Live commence désormais à montrer ce que les points sur une cartographie ne peuvent pas restituer : la fatigue après une tempête, la frustration de naviguer pendant deux jours dans la mauvaise direction, mais aussi les doutes qui peuvent apparaître alors que l’océan Austral est encore très loin.
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