Après un long convoyage vers le port de Vigo depuis le Cap Finisterre, les marins ont pu souffler, prendre le temps d’analyser leur course ; leurs points forts, leurs faiblesses et déjà pointer le regard sur la deuxième étape dont la morphologie sera quelque peu différente. Un retour d’expérience précieux qui met en lumière des axes de travail pour la suite.

Participer à une édition de La Solitaire du Figaro Paprec n’est pas anodin et les marins en sont bien conscients. Arriver à boucler une étape et en tirer les bons enseignements est un plus qui permet d’avancer, de déceler quelques axes de travail et parfois comprendre pourquoi telle ou telle chose n’a pas fonctionné. A l’arrivée aux pontons de Vigo, les skippers se sont livrés au jeu des questions. Une façon de comprendre un peu mieux leurs envies et ce qui pousse ces femmes et ces hommes à se donner sans compter pour leur sport de haut niveau.
Tiphaine Ragueneau (ORCOM)
« J’ai osé dire qu’un top 15 c’était bien mais je le loupe à quelques secondes, je suis quand même très contente. Il y a pas mal de choses à travailler, notamment les phases de transition. Dans la molle ils ont réussi à garder de l’air et pas moi. J’ai du mal dans ces phases et ça s’est une nouvelle fois avéré. Sinon, globalement, je suis satisfaite de ma course. Ma préparation a été un peu différente en début de saison. Je ne vais pas crier victoire trop vite, ce n’est que la première étape. J’appréhendais plus la molle que la porte de réduction de parcours. Ça reste un point de classement, on a eu de l’intensité jusqu’au bout. Le bateau était bien préparé, je n’ai pas eu de doute dans la baston et ça c’est très positif. Le passage de front dans les 40 nœuds n’a pas été facile. J’ai tout de même réussi à bien me reposer dans le front ». Tiphaine qui avouait aussi avoir du mal à manger pendant l’étape. « Il va vraiment falloir que je trouve une solution pour réussir à manger. Je n’avalais qu’un plat par jour, c’est un peu limite mais ça a du mal à passer. C’est un des axes sur lequel je vais devoir travailler ».
Nicolas Lunven (PRB)
« J’ai vraiment voulu faire de la vitesse dans le front. Je pensais que c’était la stratégie payante. Au début, c’était une bonne stratégie mais moins sur la fin. Le vent n’a pas tourné autant que ce que je pensais. Finalement, je n’ai pas pu me recaler sur la route. J’ai perdu un peu dans ce retour. J’aurais dû y réfléchir à deux fois. On a eu un peu trop de près sur cette étape et du vent. J’ai beaucoup aimé la partie en sortant du vent fort, il y a eu pas mal de tactique, j’ai énormément pris de plaisir. Nous étions plus censés aller au large sur ce parcours alors que c’est passé par la côte. Ceux du large ont plus perdu que nous. Tom Dolan (Kingspan) a réussi à se recaler au bon moment mais c’est le seul à avoir réussi ».
Hugo Dhallenne (Skipper Macif 2025)
« C'était tonique cette première étape. On a quand même traversé la Manche deux fois, on s'est fait le golfe de Gascogne dans sa partie la plus au large, front froid, de la pluie, le vent qui tourne à 270 degrés, et après, encore du rebondissement entre les deux portes. Jusqu'à l'Espagne, tout s'est bien passé, un peu comme prévu. Après, c'était comme à chaque fois un peu la loterie. Ça ne s’est pas ouvert dans la baie de la Corogne, mais c'était chouette. Il va falloir faire la route dans l'autre sens maintenant. Nous ne sommes pas si fatigués, parce qu'on a quand même bien dormi. Le long bord de près est assez propice aux siestes. À part la dernière nuit blanche, entre les deux portes, on a quand même bien dormi. On n'est pas trop cramé. Maintenant, il va falloir y retourner. Il y a quelques heures à récupérer sur les autres, donc il va falloir bosser ».
Léo Bothorel (Decathlon)
« Je suis content, ça s’est bien passé pour moi. C'était hyper varié comme étape, il y a eu une première partie correcte avec un peu de près, de la tactique, du placement, etc. Le scénario établi a été un peu bousculé par les nuages et du coup il y a eu un peu des divergences de stratégie. J'en ressors un peu moyen et après il y a eu un gros passage de front avec vraiment de l'air, il y avait des rafales à 35 nœuds, des grosses vagues, c'était la tempête. Du coup j'ai pris l’option d'aller à l'ouest le plus possible. Ça a marché un peu moins bien que ce que je pensais mais finalement, petit à petit, on avait quand même un peu plus de vent, on allait un petit peu plus vite et en arrivant en Espagne j'étais plutôt bien positionné. Dans le bateau en revanche c'était horrible. Il fallait éponger tout le temps. J'avais beau essayer de maintenir le bateau sec, c'était impossible. J'ai eu 2-3 petites casses de voiles, des petits trous dans les voiles notamment. J'étais content que ça s'arrête en arrivant en Espagne et après, la situation météo n'était plus dans les fichiers, ça a complètement dérapé. C'était dur à prévoir. Je m’en suis sorti comme j'ai pu, finalement ça va je ne m’en sors pas trop mal. Je fais 13ème et pas très loin du top 10 donc je suis très content de cette première étape. Il y a 2-3 trucs à réparer mais pas grand-chose et je serai bien prêt pour la deuxième étape ».
Eliaz Morineau (Demain sans HPV)
« Je suis content de cette première étape. Je sens que j'ai appris beaucoup de choses par rapport à l'année dernière. Tout le début, le près, jusqu'à l'arrivée à la dorsale, à la pointe espagnole, j'étais dans le bon groupe. Toujours dans le top 18, top 15, toujours bien. Comme à mon habitude, sur la fin de course, j'ai toujours un peu de mal et j'ai repris un risque. Après la dorsale, j'ai repris une option qu'il ne fallait pas prendre. J'aurais plutôt dû sécuriser ma place en restant dans le groupe de tête. Du coup, je re-perds 10 places lors de la dernière nuit. Je suis vraiment dégoûté par rapport à ça. J'ai encore fait une erreur et j'aurais pu ne pas la faire. Il faut que je fasse plus gaffe les prochaines courses. On a encore deux étapes pour se refaire. Mais sinon, trop cool. Il faut que j’apprenne à me faire confiance pour ne pas réitérer ces erreurs ».
Martin Le Pape (Paprec)
« Après des débuts compliqués suite à ma collision au départ, j’ai réussi à me remettre rapidement dans le match et retrouver de la vitesse. Je n’aurai pas pu rêver mieux que cette quatrième place car les marins devant ont vraiment bien navigué. C’était une belle étape avec des rythmes bien séquencés. L’un des points clés pour bien performer au près c’était la vitesse je pense. Il fallait également bien avoir le schéma de la transition en tête. Il y avait un petit passage à trouver. J’ai serré les fesses à un moment donné car je ne pensais pas pouvoir combler le décalage latéral que nous avions. Le vent a comme prévu pris de la gauche avec un renforcement du thermique, c’est ce qui nous a permis de passer le groupe de l’ouest ».
Laure Galley (Hauterive)
« C'était une étape avec des conditions vraiment variées et j'ai fait une bonne première moitié de course. Tant que nous étions au était au près ça allait car j’étais un peu derrière au départ et j’ai réussi à revenir dans le match à Wolf Rock. Je pense que je suis dans les dix premiers et puis après je passe quatre ou cinq. J'ai ensuite un peu manqué de vitesse sur le grand bord vers le sud et après j'ai eu du mal à revenir mais en tout cas je suis vraiment contente parce que les fois où j'ai pu jouer devant dans le passé c'était plutôt dans du petit temps et là, de le faire pour la première fois, dans du gros temps c'est vraiment génial.Ça montre que je progresse dans le gros temps et maintenant il faut réussir à aligner les morceaux pour finir la course Mais voilà, il y a eu un petit passage à vide en milieu de course. J’ai ensuite pu re-grappiller quand même des places sur la fin dans la molle. Il y a de bons points positifs tout de même. L'arrivée était un petit peu longue mais ça aurait été encore pire si on avait dû finir à la voile. On va profiter de Vigo un petit peu plus que l'année dernière et repartir en pleine forme dimanche pour Pornichet ».
Victor Mathieu (Elitys)
« Très bonne première étape, avec des conditions très variées, du vent fort au début et de la grosse molle à la fin. J'avais vraiment pour objectif de me mettre dedans au fur et à mesure de l'étape parce que j'étais très fatigué en partant sur La Solitaire qui est cette année au mois de mai. Et l'objectif est atteint, j'ai vraiment fait un mauvais départ, comme d'habitude, et je suis monté en puissance tout du long donc très content de ma course. Et puis c'était chouette d'avoir des conditions un peu variées, pas de portant, ça c'est un peu dommage, mais je pense qu'on en aura sur d'autres étapes. Le bateau a un peu souffert mais comme tous les bateaux je pense. Mais j'ai réussi à régler tous les problèmes que j'ai eu en mer. Donc je suis très content d'être arrivé en Espagne, à bon port, fatigué mais content ».
Edouard Golbery (SOS Village d'Enfants)
« J'ai un mélange de satisfaction et de frustration parce que l'étape a très bien commencé. J'ai fait un bon parcours en baie. Je suis troisième du parcours en baie et puis j'ai bien navigué pendant la majorité de la course. J'ai fait mes choix, je suis descendu, c'était un peu risqué la descente du Golfe de Gascogne, un peu sous la flotte pour essayer de toucher la côte rapidement et choper l'accélération à la côte. Puis ça a payé juste à la fin. Donc je me recale avec la tête de flotte. Et je m'arrête dans la molle, je ne sais pas, à 15 milles de la première porte. Et là, c'était un peu fini. Je me suis arrêté et j’ai continué sur la route. Malheureusement, ça n’est pas passé. Mais ce n'est pas grave. Je pense qu’en reprenant l’ensemble de mes choix je n'aurais pas fait différemment. Parfois, ça ne se passe pas sur la fin. Mais sinon, je suis super content ».
Paul Loiseau (Région Bretagne - CMB Espoir), premier bizuth
« C'est la première fois que je passais quelques jours en mer.
On a eu des conditions toniques tout l'hiver lors de nos entraînements à Port la Forêt, j’ai un peu l'impression d'avoir été en entraînement. Et ça a été finalement assez court ce passage dans le front, je n'ai pas eu l'impression que c'était si long que ça. Après deux jours dans 30 nœuds, partir sous spi, faire tout sécher, parce qu'être trempé, c'était horrible à la fin, ça fait un bien fou. Je savais qu'il fallait être frais pour l'arrivée à Vigo, parce que c'était là que ça allait se jouer, ou en tout cas une grande partie.
J'ai réussi à enchaîner les siestes, même pendant le front et du coup j'étais vraiment frais encore le matin de l’arrivée. Je n’avais pas dormi les 24 dernières heures et j'avais encore du jus donc ça c'est top c'est un gros morceau de validé. C'était un peu une difficulté que j'avais le sommeil. Là ce n’est que du positif. Il y a pas mal de trucs validés sur cette étape ».
Thomas Dinas et Eliott Coville (Auray Quiberon by Orlabay) Premiers du Défi Paprec
« Le Défi Paprec était l’objectif de la saison. Nous nous sommes préparés pour ça et nous étions vraiment contents d’y être. Arriver en vainqueurs à Vigo, c’est génial. Dès le début, la mise en température à Perros en sortant avec tout le monde, pouvoir prendre le départ et se mettre en action c’était incroyable. Ce qui est très intéressant c’est de prendre le départ 15 minutes après les solitaires mais finalement nous ne sommes pas si loin que ça d’eux. Ça nous permet de revenir sur la queue de flotte et de pouvoir jouer et de les regarder dans leurs choix et continuer d’apprendre. C’était vraiment intéressant de pouvoir voir ça de l’extérieur. Nous n’avons jamais eu une phase où le bateau n’était pas à 100%. Nous étions en mode faux solo. C’est un avantage. Nous avons pu prendre du temps pour analyser la météo. Ça ne se joue pas à grand-chose mais au final, à l’arrivée, mais ça s’est joué vers la côte espagnole comme pour les autres. On arrive à passer à La Corogne alors que d’autres se sont bien plantés. Il ne fallait rien lâcher. L’objectif est vraiment de revenir sur La Solitaire selon nos possibilités. C’est une aventure unique. Nous avons encore envie de pouvoir faire deux ou trois étapes ».
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