Louis Burton : « il faut arriver à mentaliser le globe et à le ramener à l'échelle d'une régate à la journée »
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En quoi consiste votre préparation physique pour le prochain Vendée Globe ?
"Après ma précédente participation au Vendée Globe, j’ai enchaîné sans m’arrêter trois saisons de courses. Ma préparation est assez linéaire. Je suis en pleine forme ! Au retour de la Transat Jacques Vabre, je n’ai pas fait de break. D’habitude, je prévois deux mois de pause pour la période des fêtes de fin d'année notamment. Pour moi, c’est donc deux jours par semaine de préparation à l’aide d’une coach. On travaille beaucoup la souplesse, le dos et les jambes. Lors du dernier Vendée Globe, quand je suis revenu, j'étais vraiment massacré physiquement. Cela se voit beaucoup sur les photos (rires). On essaie donc d’emmagasiner le maximum de réserves et de muscles avant le départ. J'ai un partenariat avec la station de ski de L’Alpe d'Huez et l'hiver dernier j’ai passé beaucoup de temps avec des guides de montagne. On a skié comme des malades ! C’est bien car cela entretient mon physique et cela m’a permis de faire des globules en plus… Tout ce que tu fais en altitude, cela correspond à trois fois la même activité au niveau de la mer. Sur la partie physique, on va monter progressivement en intensité jusqu'à la fin septembre-début octobre car après, quand on approche du village, on se calme un peu et on ne prend surtout plus le risque de se blesser !"
Et le mental ?
"Au dernier tour, je suis parti sans avoir fait de préparation mentale. J’ai pas mal souffert de plusieurs sujets personnels, aussi de la notion de distance. Sur un Vendée Globe, tu peux rapidement te retrouver avec 1 000 milles de retard sur ton concurrent direct devant et 1 000 milles d'avance sur ton poursuivant. Il faut arriver à mentaliser le globe et à le ramener à l'échelle d’une régate à la journée pour te dire que sur une course aussi longue il ne faut pas lâcher. Il peut se passer plein de trucs, il y a du temps… La préparation mentale consiste aussi à gérer l'éloignement avec tes proches. Quand tu pars trois mois en mer, tu passes à des tiers les clés de ta maison, ton compte en banque, tes affaires, ta femme (rires) et tous les sujets de la vie… Pour les loups solitaires, ce n’est pas une épreuve mais de mon côté j’adore être avec du monde. Je fais de la voile en solitaire uniquement parce que c’est de la course.
On travaille sur la mentalisation d'images positives que tu es capable d’aller chercher facilement, notamment avec la mise en action des sens. Par exemple, mon coach me fait mentaliser une scène où je suis bien et il me fait sentir une huile essentielle que je pourrai emporter à bord et l’utiliser en cas de mauvais moral. Je sais pas si cela marche parce que je ne l'ai jamais fait auparavant mais a priori cela fonctionne bien… On va beaucoup travailler dessus car je suis visiblement très sensible à l’odorat !"
Un conseil pour lutter contre la solitude ?
"Il y a un truc génial je conseille à tous mes concurrents, c'est d'avoir une enveloppe à ouvrir par jour dans le bateau ! Je ne l’ai jamais réclamé mais mes proches me l’ont déjà fait sur une transat. Mais cette fois, je vais leur demander de le refaire parce que c'est super, ce sont de très bons moments ! J’apporte aussi beaucoup de photos dans l’ordinateur. Ensuite pour Noël, ce sera sympa d’ouvrir un cadeau avec un vin rouge et du foie gras.
A ce propos, la partie alimentaire est un des grands instants de plaisir et de repos en mer. On va faire beaucoup plus attention que la dernière fois, lors du Vendée Globe. Par exemple, je ne mange plus trop de lyophilisés, je suis arrivé au bout de cette nourriture. Je vais emporter des plats mijotés sous vide préparés par un petit producteur français "Le Bon Bag". Et également d’autres mets pour lesquels nous allons travailler avec la nutritionniste…"
On parle souvent de changements de goûts en mer, est-ce exact ?
"Oui, complètement. Je suis dingue de café, j'adore le café et pourtant en mer les deux premiers mois de courses, je ne bois pas une seule goutte de café. La dernière fois, je ne sais pas pourquoi, j'ai retrouvé le goût du café au bout de deux mois en mer. C’est lié aux mouvements du bateau. Autre exemple : je suis dingue de salade de maïs-riz-tomates alors que je n’en mange jamais à terre ! Ce qui est compliqué sur le Vendée Globe, c’est que tu fais les quatre saisons et que tu n’as pas les mêmes dépenses caloriques en fonction de la météo et du climat. Et tu n’as pas les mêmes goûts non plus… Tu n’as pas vraiment envie de manger un pot-au-feu à la bière d'abbaye sous l’Equateur !"