Sam Davies nous a envoyé en exclu son carnet de bord des premiers jours de course

"Dimanche : Enfin ! Après des années de préparation, nous y voilà. Le Vendée Globe, c’est l’objectif ultime depuis 4 ans. Et maintenant qu’on est en plein dedans, je suis heureuse ! Heureuse d’avoir pu prendre le départ de course un temps menacée, heureuse de la préparation que j’ai effectuée entourée de ma super équipe, et heureuse d’être en mer, tout simplement.
Lundi à mercredi : les conditions ont été difficiles avec une succession de fronts qui n’a pas été de tout repos mais la tempête, c’est ce qui nous fait avancer et c’est ce que j’aime. N’oubliez pas que je suis Anglaise donc j’aime le mauvais temps ;) Surtout quand il permet d’avancer sans abîmer le bateau et c’est ce qui s’est passé pour le moment puisqu’Initiatives-Cœur a très bien traversé ces phénomènes météos brutaux.
On a dû contourner la pointe espagnole avec des vents moins forts que ce qu’on pensait et de nombreuses manœuvres de changement de voile et de direction.
Ensuite il a fallu opérer un choix tactique en contournant le DST par l’est ou l’ouest et j’ai opté pour l’ouest en affrontant la tempête là où elle était moins forte pour préserver Initiatives-Cœur. La route sera longue et je n’ai pas voulu prendre de risque inutiles. J’en suis sortie non seulement indemne mais aussi plutôt en bonne forme.
Jeudi soir : Je suis assise en train d’attendre que mes "haricots et saucisses" (beans and sausages) se réhydratent pour le dîner. Un dîner bien mérité après juste une autre journée intense de changements de voiles et de manœuvres. L'A3 est en place, et actuellement le vent est parfait, avec une mer assez calme. Je vais droit sur Santa Maria - l'île la plus au sud-ouest des Açores. L'île est à seulement 70 miles, donc je vais empanner avant de l'atteindre.
Pour vous faire un résumé de mes manœuvres du jour : Reaching rapide J2 avec 1 ris dans le principal, passer par un centre de dépression (pas de vent), empanner - cela signifie transférer la pile entière sur le bateau (550 kg pour être exacte) - , passer à J3, Reaching rapide à nouveau - puis le vent a diminué pour reculer jusqu'à J2, secouer le ris, puis hisser et déployer l'A3 (gennaker). Ensuite, nous nous attendons à des vents plus forts ce soir, j'ai donc hissé mon A7 pour être prête... Alors je mérite vraiment le dîner !! Il me faut manger autant que possible car j'ai besoin de récupérer de l'énergie pour l'empannage (et le matossage associé !).
J'ai navigué en compagnie de Nico Troussel sur Corum, juste en face de moi, assez près pour apercevoir ses voiles à l'horizon. C'est drôle de le revoir après qu’on ait tous les deux emprunté des itinéraires assez différents pour arriver ici !
Vendredi : c'est le jour de la tempête tropicale Thêta ! Elle était juste sur notre chemin, avec des vents violents et une mer dangereuse. Nous avons dû naviguer vers l'ouest pour la contourner. Je n’ai pas voulu prendre de risques pour le moment car le Vendée Globe est très long. J’ai donc cherché à éviter la partie la plus forte sans avoir à parcourir trop de kilomètres supplémentaires. Heureusement, nous contournons le problème dans le sens du vent.
Enfin, je veux juste envoyer mes encouragements à Jérémie et à l'équipe Charal. Je suis triste de ce qui est arrivé et j'espère vraiment qu’ils pourront revenir ici. Je ne sais quoi leur dire pour les encourager mais je partage leur douleur."
Merci Sam et bon vent !
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