Yannick Bestaven mène la danse vers le Cap Horn

Par Figaronautisme / Vendée Globe

Si Yannick Bestaven toujours leader, ne creuse pas plus que cela l’écart vis-à-vis de ses poursuivants, c’est bien parce qu’il a dû enchaîner les empannages. Une manœuvre qui se propage aussi le long de la ZEA, mais l’arrivée d’une nouvelle dépression australe avant le cap Horn, risque fort de chambouler la hiérarchie en tête : certes Charlie Dalin devrait conserver son siège de dauphin, mais Damien Seguin actuellement troisième reste dans le collimateur de Thomas Ruyant ! Le passage du détroit de Drake programmé dès le 2 janvier s’annonce plein de rebondissements…

Non, l’histoire ne se répète pas ! Non, puisqu’en 2016, Armel Le Cléac’h avait passé le cap Horn au bout de 47 jours de mer et que le leader actuel, Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) devrait en finir avec le Pacifique au bout de 55 jours… Non, parce qu’il y a quatre ans, le deuxième était à près de 600 milles du premier et le troisième à près de 1 500 milles ! Alors que ça se bouscule pour cette neuvième édition avec pas moins de onze solitaires en moins de 500 milles…

Non, parce que la brise de Sud-Ouest était plutôt légère en 2016 tandis qu’elle s’annonce musclée de Nord-Ouest en 2020 dans le détroit de Drake. Non, parce que le duel de la précédente édition s’est muté cette année en bataille rangée à deux jours de l’entrée dans l’Atlantique… Bref il ne sert à rien de comparer l’incomparable car chaque tour du monde a ses particularités et même pour celui-ci, le passage au Sud de l’Amérique du Sud n’aura rien à voir entre le premier, le huitième, le douzième, le quinzième ou le vingtième…

Une scission avant le Horn ?

Il semble aussi que la dépression qui va intéresser les leaders dès vendredi va provoquer une rupture au sein de la tête de flotte puisque sous la « langue » de brise qui va dévaler vers le cap Horn, butant sur la cordillère des Andes, le centre dépressionnaire dans son Sud jeudi, va ralentir les chasseurs qui arriveront, eux, avec un flux de Sud-Ouest glacial mais modéré, quand les trois premiers (peut-être quatre ou cinq ?) devront gérer un flux de Nord-Ouest en avant de cette perturbation, qui devrait atteindre plus de 35 nœuds fichier…

Il faut donc s’attendre à quelques chambardements hiérarchiques d’ici la Patagonie, car entre bascules de vent et molles, empannages et recadrages, ralentissements et accélérations, le peloton ne va pas vivre les mêmes instants : il faut donc mettre du charbon ces prochaines heures pour trouver le bon placement entre le 54° et le 55° Sud. D’ailleurs la tête de flotte semble imploser derrière le leader Yannick Bestaven, qui suit son « bonhomme » de chemin sur une route plutôt Sud à une bonne cinquantaine de milles de la Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA).

Ainsi certains pourraient prendre du Nord tels Thomas Ruyant (LinkedOut) ou Maxime Sorel (V and B-Mayenne) afin d’aborder cette dépression qui vient du Nord-Ouest ; d’autres semblent opter pour des « rebonds » le long de la ZEA comme Jean Le Cam (Yes We Cam!) ou Damien Seguin (Groupe APICIL) et plus loin, Giancarlo Pedote (Prysmian Group) ou Louis Burton (Bureau Vallée 2)… Bref il devrait y avoir dans cette journée de mercredi bien des chemins qui mènent au Horn !

Lune de miel ou lune de fiel

Et puis à force de « descendre » vers l’Antarctique, les jours (d’été austral) ne font que croître ! Déjà qu’il n’y a que quelques heures de ténèbres, plutôt crépusculaires d’ailleurs avec cette pleine lune qui adoucit les mœurs mais empêche aussi de dormir sereinement, alors quand la banquise darde ses reflets loin dans le Sud, il ne fait presque jamais noir dans ces latitudes à cette époque. Les jours sont sans fin et les nuits, loin d’être câlines…

Pour autant, l’approche du « bout du tunnel » ne va pas être très simple : quand le cœur de la dépression va flirter avec les Cinquantièmes Hurlants, il va laisser traîner une bulle sans vent dans son Sud, justement là où va batailler le groupe de tête. Normalement, les leaders ne seront pas impactés, mais les poursuivants pourraient bien peiner dans ce magma pétoleux… Rien n’est encore calé définitivement pour le réveillon du Nouvel An, mais il faut s’attendre à une bonne dose de stress pour s’extirper de cette zone de brises erratiques avant le coup de pied final, dans un flux très tonique de Nord-Ouest dès le premier jour de l’année !

Or avec 80 à 95% de couverture nuageuse et des pluies parfois diluviennes avant une giclée de neige fondue et de grêle, l’atterrissage sur les côtes chiliennes ne va pas être de tout repos. Et quand en sus, la longue houle du Pacifique va se mélanger avec des vagues parfois déferlantes de plus de six mètres, les derniers milles dans le plus grand océan de la Terre ne vont pas être très appétissants ! Surtout qu’il ne faut pas croire que les mauvais coups s’arrêtent une fois le cap Horn débordé : il n’y a pas vraiment de repos possible tant que les Malouines ne sont pas loin dans le tableau arrière…

Tous groupés le long de la ZEA

Et 850 milles plus loin, le trio Crémer-Tripon-Attanasio bénéficie de conditions plutôt favorables, mais très fraîches : une langue de vent venue de l’Antarctique va propulser ce triumvirat à vitesse grand « V » vers le cap Horn, ce qui est plutôt rassurant car dans leurs tableaux arrière, une nouvelle dépression australe devrait se glisser dans le détroit de Drake en milieu de semaine prochaine. Le schéma est donc favorable à un retour à quelques centaines de milles du groupe des chasseurs avant la remontée de l’Atlantique.

Et pour presque tous les autres solitaires encore en course, la ZEA est une référence : la plupart glisse le long de cette zone interdite par petites grappes, le trio Roura-Boissières-Hare en bordure de hautes pressions dans le Sud-Est de la Nouvelle-Zélande, le quatuor Beyou-Le Diraison-Costa-Shiraishi sous l’île Campbell avec un flux de Nord-Ouest propulsif, alors que Miranda Merron (Campagne de France) va franchir la longitude de la Tasmanie dans quelques heures et que Ari Huusela (STARK) a enfin pu déborder le plateau AMSA des services de sécurité maritime australiens avec de l’Ouest très modéré. Décidemment, ce Vendée Globe n’a pas fini de nous tarauder.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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