Cap Horn en vue pour les deux leaders

Par Figaronautisme.com

Alors que le cap Horn pointe sa lugubre silhouette à l’horizon des deux leaders, le vent ne fait que se renforcer dans le détroit de Drake et la mer grossit au point de déferler. Si les routages laissent entendre un passage de Yannick Bestaven en milieu d’après-midi de ce samedi, puis une demi-journée plus tard de Charlie Dalin, la réalité ne va-t-elle pas ralentir les ardeurs des leaders ?

Car une fois ce promontoire (aussi sinistre qu’un prédicateur ivre, le soir au fond des bois), débordé par le Sud, non seulement la mer va se calmer grandement, mais en sus après quelques rafales parfois aussi surprenantes que brutales, le vent va lentement s’apaiser pour ne plus atteindre qu’une bonne vingtaine de nœuds. Un changement radical qui incite au relâchement, ce qu’il ne faut surtout pas faire ! La Patagonie ne devient plus clémente que lorsqu’elle est réellement dans le tableau arrière… Et il faut aligner encore au moins 140 milles pour parer l’île des États, par le détroit de Le Maire ou par le large.

 

Ne pas se relâcher trop vite…

 

Car toute la difficulté est là : ne pas croire que le « tunnel » s’arrête brusquement derrière la Terre de Feu ! Il y a encore bien des pièges à éviter avant de voir les immeubles sablais émerger de l’horizon et il vaut mieux se dire que la « zénitude » ne peut commencer vraiment qu’à la latitude du golfe de San Jorge, par 46° Sud… Car la météo argentine peut réserver bien des surprises !

 

Certes ce week-end s’annonce plutôt paisible au large des Malouines et avec toujours un flux de secteur Ouest, le leader risque fort d’allonger encore la foulée jusqu’à l’archipel britannique. Mais si Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) semble en passe de faire le break, il aura forcément une meute derrière lui prête à profiter de la moindre ouverture stratégique. Et de la tactique, il y en a dans cette remontée de plus de 2 000 lieues marines (une lieu marine vaut trois milles nautiques)…

 

Déjà les deux leaders ont annoncé qu’ils ne verraient probablement pas le cap Horn en ce début de nouvelle année : leurs routes, plus prudentes au milieu du détroit de Drake, les positionnent plutôt à une bonne cinquantaine de milles du caillou. Là, la mer est normalement moins formée et le vent moins rafaleux car les côtes chiliennes qui dévient ce flux puissant (plus de 35-40 nœuds de Nord-Ouest), sont suffisamment éloignées.

 

Un leader, un suiveur, des chasseurs

 

Et ce samedi matin à la vacation de 4h00 TU (il faisait « nuit » dans le Pacifique par 58° Sud), les deux compères étaient en forme, Yannick Bestaven en train de prendre son troisième ris avec son J3 (petit foc) à poste, Charlie Dalin (Apivia) dans son siège de veille constatant qu’il n’était jamais descendu aussi Sud de sa vie ! Bref, le premier a commencé à réduire la voilure et limiter sa vitesse car il plantait plusieurs fois son étrave malgré ses foils (version 2015) totalement sortis. Le ‘dauphin’ constatait que la mer devenait de plus en plus animée avec ses foils (version 2019) à moitié rentrés pour aborder le détroit de Drake par son milieu.

 

À la sortie du Pacifique, Yannick Bestaven devrait donc conserver son avantage d’environ 170 milles sur son suiveur Charlie Dalin qui, lui-même, devrait perdre un peu de terrain sur les chasseurs emmenés par Thomas Ruyant (LinkedOut) avec une marge, oscillant entre 250 et 300 milles. Or derrière le troisième, Damien Seguin (Groupe APICIL) réalise une superbe opération grâce à sa ténacité dans les petits airs d’il y a deux jours : il mène un train d’enfer pour passer juste derrière la dépression australe qui sévit actuellement sur la Patagonie.

 

Bref, le schéma n’est pas tout à fait celui qui s’anticipait lors de la Saint Sylvestre et à ce stade, ce sont des individualités séparées d’au moins cinquante milles qui vont se succéder au large de la Terre de Feu. Les conditions météorologiques et océanographiques attendues ce samedi après-midi (heure locale) au large de l’Amérique du Sud devraient en effet permettre aux foilers de s’exprimer pleinement ! Il ne serait ainsi pas étonnant que Boris Herrmann (SeaExplorer-YC de Monaco) et Isabelle Joschke (MACSF) soient les grands gagnants de ce rush final en Pacifique… Mais le trio (Crémer-Tripon-Attanasio) suivant n’a plus que 500 milles de retard sur ce groupe encore compact en ce début d’année !

 

De l’air attendu pour la prochaine semaine

 

Quant aux autres solitaires qui naviguent (presque) tous dans le Pacifique, c’est une succession de dépressions australes qui va les propulser vers le cap Horn, une situation plus habituelle pour les mers du Sud. En bordure de ZEA, les faces Nord des perturbations vont lécher les monocoques IMOCA qui devront être en parfait état pour supporter une bonne semaine de brise avec au minimum 25 à 30 nœuds de vent. Avec sa quille bloquée dans l’axe suite à ces problèmes d’hydraulique, le Suisse Alan Roura (La Fabrique) aura ainsi du mal à contenir les attaques de Pip Hare (Medallia) et d’Arnaud Boissières (La Mie Câline-Artisans Artipôle), mais aussi celles de Jérémie Beyou (Charal) qui revient très fort ces derniers jours.

 

Quant à Alexia Barrier (TSE-4myplanet), elle devrait entrer dans le Pacifique avant la nuit prochaine, tandis que le Finlandais Ari Huusela (STARK) qui naviguait de conserve avec Sam Davies (hors course) ce samedi matin heure française, il sortira de l’océan Indien avant la fin de week-end dans un flux de secteur Ouest modéré. Ne restera alors plus que Sébastien Destremau (merci) dans l’océan Indien, avec une route aléatoire et à petite vitesse, ce qui laisse entendre que les problèmes techniques sont loin d’être résolus !

 

Il y aura ce samedi soir un peu moins de 7 000 milles à parcourir pour le leader Yannick Bestaven et près du double pour la ‘lanterne rouge’, soit plus d’un océan d’écart ! Un abîme si ce n’est un abysse…

 

 

La rédaction du Vendée Globe / DBo.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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