Vendée Globe 1989 : à jamais le premier

L’ADN de cette course est simple : tous les marins partent en même temps et le premier qui revient après avoir laissé les trois grands caps des mers du Sud – Bonne Espérance, Leeuwin et Horn, à bâbord, l’emporte. La ligne - de départ et d’arrivée – est située au large des Sables d’Olonne, en Vendée, d’où le nom de la course. Aucune escale ni assistance n’est autorisée Le reste – le choix du bateau, son type de construction et sa taille – est à l’appréciation de chaque marin. Et, seule certitude, les treize marins au départ ne savent pas vraiment vers quoi ils s’engagent. Certains d’entre eux ont déjà réalisé un tour du monde en course, mais avec escales, ce qui permet la remise en état des bateaux après chaque grande traversée. Mais là, pas question de s’arrêter…
Alors les marins, naturellement prévoyants, embarquent de quoi réparer. Titouan Lamazou a construit son bateau de 18,28 m (60 pieds) spécifiquement pour cette course. Et il embarque tout simplement… tout en double et même une dizaine de pilotes automatiques. Au cas où ! De son côté Philippe Poupon qui connait bien la course au large et qui figure parmi les favoris, embarque une machine à coudre pour réparer ses voiles. Loïck Peyron a-t-il peur de s’ennuyer ? Il part avec son orgue électronique.
Les treize (Guy Bernardin - Patrice Carpentier – Jean François Coste - Pierre Follenfant - Alain Gautier - Philippe Jeantot - Titouan Lamazou - Loïck Peyron - Mike Plant - Philippe Poupon - Bertie Reed - Jean-Yves Terlain - Jean-Luc Van Den Heede) prennent le départ le 26 novembre 1989 à 15h15 et c’est la légende française de la course au large, Eric Tabarly en personne qui libère les aventuriers.
Interrogé par TV Vendée Titouan Lamazou raconte cette journée si particulière dans sa vie : « Il y avait un côté très dramatique le jour du départ, une tension palpable (…) mais surtout, on était assez peu, il n’y avait pas de village pas de tralalas. Et surtout on n’imaginait pas qu’à 3h du matin le jour de mon arrivée, il y aurait 100 000 personnes sur la jetée ».
Un engouement populaire impressionnant
Fin 1989, on sait où sont les bateaux en quasi direct, mais la communication n’égale pas celle d’aujourd’hui. Si les marins communiquent avec la terre, les photos et vidéos ne sont pas disponibles en instantanée. Pourtant, c’est bien une vidéo incroyable qui va faire le tour du monde bien avant le retour des marins sur la terre ferme avec leurs cassettes…
A peine plus d’un mois après le départ, le 28 décembre, la bataille fait rage entre Titouan Lamazou, en tête depuis le 3e jour de course et Philippe Poupon, en chasse. Mais ce jour-là, la direction de course reçoit une alerte : Poupon vient de déclencher ses balises de détresse. En mer, tout s’arrête quand un marin est en danger. C’est la règle, même en course et surtout dans les déserts des mers du Sud. Dérouté, Loïck Peyron est le premier sur zone et… découvre le bateau de Poupon couché et bloqué à 90° sur le côté. L’incroyable sauvetage va se dérouler sous les yeux des caméras du skipper de Lada Poch qui récupère une amarre lancée par Poupon et remorque puis réussi à redresser le bateau. Nous avons alors le récit du sauvetage quasiment en direct, mais pas les images. A l’époque, aucun moyen technique ne permet leur transmission vers la terre. Il faut attendre le passage du Horn du skipper/sauveteur/vidéaste pour qu’il puisse lancer les précieuses cassettes à son frère Stéphane venu à un point de rendez-vous pour que le public, sidéré, découvre ces images exceptionnelles.
La légende du Vendée Globe commence à s’écrire et le grand public se passionne pour cette aventure hors norme.
Car les péripéties de course s’enchainent et la flotte se réduit au fur et à mesure des abandons. Poupon, suite à son sauvetage, toute assistance étant interdite, tout comme Mike Plant qui a aussi demandé de l’aide, Terlain, lui, démâte, Bernardin doit abandonner suite à une terrible rage de dents, Reed casse son safran et ne peut réparer… Et ceux qui restent en mer souffrent le martyre et prennent des risques inconsidérés au milieu des icebergs des mers du sud. Fonçant à l’aveugle dans un champ de mines, risquant leur vie à chaque instant… Philippe Jeantot, avec sa double casquette de coureur et d’organisateur en tirera les conséquences en imposant, à partir de la seconde édition, des « portes des glaces », ces points virtuels sous lesquels il est interdit de naviguer…
Une arrivée triomphante et une descente des Champs-Élysées pour les skippers
100 jours après le départ, début février 1990, les bateaux encore en course sont en passe de boucler leur pari et le tour du monde par les trois caps, sans escale et sans assistance. Lamazou est en tête au Horn qu’il passe le 9 février, mais poursuivi par Van Den Heede et par Loïck Peyron qui doit, en plus, bénéficier de 14h30 de compensation pour « le temps perdu » dû au sauvetage de Poupon. Et au passage du Horn, il n’y a qu’une vingtaine d’heures entre les trois marins. La remontée de l’Atlantique s’annonce tonique. Le public est en haleine…
A minuit et cinq minutes, le 16 mars 1990, Lamazou passe la ligne d’arrivée sans avoir rien lâché sur ses poursuivants. Des dizaines de bateaux l’accompagnent. Il est le premier à remonter le fameux canal des Sables devant une foule considérable. Titouan Lamazou devient le premier vainqueur du Vendée Globe en 109 jours et 8 heures. Robin Knox-Johnston avait mis 312 jours en 1968 pour réaliser ce même exploit lors du Golden Globe Challenge. Loïck Peyron s’adjuge la deuxième place en 110 jours et 1 heure, et restera surtout le héros de cette édition pour son sauvetage exceptionnel. Le podium est complété par Jean-Luc Van Den Heede en 112 jours.
14 ans après Tabarly pour sa victoire dans la Transat anglaise de 1976, Lamazou et Peyron ont, à leur tour, le droit à leur descente des Champs-Élysées quelques jours après leurs arrivées devant une foule considérable.
Sur les treize au départ, ils ne sont que sept à passer la ligne. La légende de la course la plus dure au monde est en marche !