Vendée Globe : Dans le grand Sud, c'est l'océan qui dicte sa loi

Par Figaronautisme.com

Un mois après avoir quitté Les Sables d’Olonne, la flotte de la 10e édition du Vendée Globe s’étale désormais sur l’océan, telle une poignée de pions éparpillés par la tempête. La planète devient un échiquier géant où chaque marin évolue dans son propre système météo, soumis à des règles qui changent à chaque case : vents glacials pour les uns, vitesses étourdissantes à rivaliser avec les albatros pour d’autres, tandis que certains affrontent dépressions capricieuses, vents contraires ou l’angoisse immobile de la molle. Pourtant, qu’ils soient leaders ou lanternes rouges, tous partagent une même certitude : cette course ne se joue pas contre les autres, mais contre l’océan lui-même.

Les cartes météorologiques racontent l’histoire mieux que quiconque : des patchworks de couleurs vives, des flèches désordonnées, comme si la mer s’était amusée à brouiller les pistes. Chaque skipper est seul face à son destin, coincé dans une toile mouvante de vents qui ne répondent qu’à l’appel du chaos. Et pourtant, malgré cette dispersion, une sorte de fil invisible relie tous ces hommes et femmes. Une fraternité née dans la solitude, une communion forgée dans l’affrontement des éléments. « Dans les mers du Sud, on se sent vraiment seul. Il n’y a pas grand-chose autour de nous. Le fait d’avoir des gens proches de soi est important. Bien sûr que le Vendée Globe est une course et qu’on est concurrents, mais on a aussi tous envie que les choses se passent bien pour chacun d’entre nous. Parfois on a l’impression de former une équipe contre la nature », a commenté Sam Davies (Initiatives-Cœur), bien revenue à la bagarre avec Justine Mettraux (TeamWork – Groupe Snef), Boris Herrmann (Malizia – Seaexplorer) et Clarisse Crémer (L’Occitane en Provence) après avoir tenté un petit décalage dans le Nord. « Depuis 24 heures, on profite d’un vent assez stable et d’une mer assez plate. On est sur un bord rapide et c’est vraiment sympa même si c’est assez intense », a détaillé la navigatrice qui a enquillé près de 485 milles entre les pointages de 3 heures hier et celui d’aujourd’hui à la même heure, se montrant ainsi la plus rapide de la flotte sur cette période.

Ne pas se laisser surprendre

« Le but est de réussir à rester le plus longtemps possible devant la dépression qui nous rattrape petit à petit pour ne pas tomber dans une zone sans vent mais aussi et surtout profiter de la bascule qui va nous permettre de faire une trajectoire assez naturelle le long de la Zone d’Exclusion Antarctique au portant », a ajouté Sam, alors en approche des îles Kerguelen, ultime signe de terre avant un long tête-à-tête avec l'immensité de l’océan Austral. « C’est un repère important. J’aime découper le tour du monde en petits morceaux pour ne pas trouver le temps trop long. Le passage de ce petit archipel marque ainsi la fin du premier tronçon de l’Indien. C’est un pas vers le prochain : le cap Leeuwin », a ajouté la Britannique qui se prépare à plonger encore plus profondément dans la solitude du Grand Sud et qui sait, pour avoir déjà participé quatre fois à la course, que naviguer dans ce coin dans la planète est aussi compliqué qu’un puzzle de 1 000 pièces. Une voile mal réglée ? Une dépression mal négociée ? Et paf ! C’est le Grand Sud lui-même qui vous met une grosse claque en pleine figure. « Ici, les rafales sont plus fortes, le vent plus dense. Il ne faut surtout pas se laisser surprendre mais, au contraire, tout bien anticiper pour ne pas abimer le matériel et ne pas se faire peur », a souligné Sam.

L’importance d’anticiper

De fait, dans le Grand Sud, anticiper n’est pas seulement un atout stratégique, c’est une nécessité pour naviguer vite et en sécurité dans l’une des régions les plus hostiles de la planète. Rester trop conservateur peut faire perdre des milles précieux, tandis qu’une prise de risque mal calculée peut coûter cher. Cela, Tanguy Le Turquais l’a appris à coups de coup de pieds dans le derrière pas plus tard qu’avant-hier, en cassant trois lattes de grand-voile lors d’un empannage après que la bôme, passée précipitamment, s’encastre dans la bastaque au vent. « Il a fallu réagir assez vite. Ça aurait pu être très problématique mais je suis content parce que j’ai réussi à réparer, et dans un temps assez rapide. Cela m’a permis de ne pas perdre trop de terrain sur mes concurrents », a relaté le skipper de Lazare qui prend progressivement toute la mesure de la navigation dans les Quarantièmes Rugissants.

Une petite claque, un grand enseignement

« En entrant dans l’Indien, j’ai fait une trajectoire de débutant des mers du Sud. Je suis arrivé en me disant « 35 nœuds fichiers, ça le fait ! », mais en fait, ça ne le fait pas du tout ! Ça ne sert à rien d’aller dans autant de vent et autant de mer, ce n’est pas du tout efficace ! », a raconté Tanguy qui s’est donc fait « coacher » par la réalité (pour le coup, assez stricte), tant et si bien qu’il a mangé la morale avec une cuillère bien pleine. « J’ai vu ce que c’était huit mètres de houle et 55-60 nœuds vent. Ce n’est pas raisonnable », a avoué Tanguy qui a, par conséquent, fait le choix de se recaler plus au nord la nuit dernière afin d’anticiper le passage d’une nouvelle « patate » prévue jeudi. « Celle-ci va fermer un peu la porte entre l’Australie et la ZEA », a souligné le marin qui n’a assurément pas fini de lutter encore contre des dépressions furieuses ou des accalmies trompeuses, Et pour cause, là où il se trouve, le vrai adversaire, ce n’est pas celui devant ou derrière, mais bien cet océan immense, maître du jeu et de ses règles mouvantes.

Retrouvez chaque jour l'analyse METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…