Vendée Globe : des marins surhumains à l'épreuve de l'océan

Par Figaronautisme.com

Changements de voiles, prises de ris, virements de bord… où qu’ils soient dans l’Océan Indien ou encore l’Atlantique Sud, les skippers du Vendée Globe enchaînent les manœuvres avec une précision et une endurance extraordinaires. Sous la pression constante des éléments, leur chorégraphie minutieuse reflète un équilibre entre stratégie et prudence, car la moindre erreur peut avoir des conséquences coûteuses. Pourtant, travailler sans relâche, parfois comme des castors dopés à l’adrénaline, peut aussi rapporter gros en permettant de gagner du terrain ou de rester dans la course. Sébastien Simon (Groupe Dubreuil), par exemple, a effectué jusqu’à sept empannages la nuit dernière le long de la Zone d’Exclusion Antarctique, affrontant des vents dépassant les 30 nœuds et des vagues de sept mètres. Ces performances héroïques dissipent tout doute : ces marins sont bel et bien des surfemmes et des surhommes.

« La vie n’est pas facile ici ! On essuie quasiment une dépression par jour. Les systèmes s’enchaînent hyper rapidement. Cela implique des changements de voiles hyper fréquents. C’est du sport ! », a commenté Éric Bellion, qui tente de se frayer le meilleur chemin possible au sud de l’Afrique du Sud. « La mer est courte. Ça bouge dans tous les sens. Le bateau n’arrive pas à accélérer. Je fais des zigs et des zags dans les méandres du courant des Aiguilles. J’essaie de préserver mon bateau mais je ne peux donc pas faire de vitesse. C’est très frustrant », a ajouté le solitaire avec cette drôle d’impression de jouer à Tetris mais de n’avoir que des briques en Z. Pas facile, en effet, de trouver le compromis parfait. D’un côté, la prudence impose des mesures préventives pour éviter la casse. De l'autre, la performance exige rapidité, fluidité, et réactivité au prix de certaines contraintes. Le défi est de placer le curseur au meilleur endroit : là où la sécurité ne freine pas l’efficacité, et où la performance n’expose pas aux risques. C’est un équilibre subtil, tout aussi scabreux que d’essayer de garder un soufflé chaud sans qu’il retombe.

Une histoire de curseur
Pour ce qui le concerne, le skipper de Stand as One – Altavia semble néanmoins avoir tranché. « Aller au Sud, c’est raccourcir la route mais composer avec davantage de mer et de vent. Partir au Nord, c’est profiter de conditions un peu plus calmes mais aussi bénéficier d’une sortie de secours. Le calcul est, selon moi, assez vite fait », a souligné le marin. Même stratégie du côté d’Isabelle Joschke (MACSF). « J’ai fait le choix prudent d’aller me caler dans le nord de la dépression pour rester bien derrière et ne pas rentrer dedans. Je n’ai pas l’impression de faire de la stratégie pour aller vite ou gratter les autres mais plutôt pour trouver un passage qui ne soit pas dangereux », a relaté la navigatrice franco-allemande qui devrait toutefois prochainement profiter d’un bon angle pour cavaler plein Est. Plus, en tous les cas, que ses concurrents directs situés plus au Sud. « En attendant, je prends mon mal en patience », a ajouté la navigatrice qui espère avoir l’occasion de recoller au petit paquet situé juste devant elle.

Même topo, plus en avant de la flotte, du côté de Nicolas Lunven, le skipper de Holcim – PRB qui avait, lui aussi, misé sur une trajectoire nord pour éviter le plus gros de la dépression maousse costaud qui a balayé sa route en milieu de semaine, mais qui n’imaginait pas, cependant, que l’addition serait aussi salée pour lui et son compère, Jérémie Beyou (Charal). « Cette route nord était censée être meilleure que ça. On n’a vraiment pas été très bien servis », a regretté le Vannetais, agacé par la situation autant que par un moustique en pleine nuit. « On a eu des zones de molles pas prévues et fait une nuit complète dans les orages mais le clou du spectacle a été l’anticyclone qui a gonflé et qui nous a mangé », a détaillé Nicolas qui a passé une grande partie de la journée d’hier englué dans les petits airs avec deux conséquences à la clé. D’une part, le retour dans son rétroviseur de la triplette Sam Goodchild (VULNERABLE) – Paul Meilhat (Biotherm) – Yannick Bestaven (Maître CoQ V). D’autre part, un écart qui s’est creusé comme un canyon après une inondation sur ses copains de devant.

Schuss versus slalom
« Je pensais au moins que j’allais me retrouver avec la même distance que j’avais au départ sur Yoann (Richomme) et Thomas (Ruyant), c’est-à-dire entre 100 et 150 milles or, pour finir, c’est plutôt le triple », a spécifié Nicolas qui a retrouvé du vent depuis la nuit dernière et devrait maintenant faire route un peu tout droit pour rejoindre le cap Leeuwin. Un programme à l’opposé des deux leaders, Charlie Dalin et Sébastien Simon. Ces deux-là vont en effet continuer d’enchaîner les empannages le long de la ZEA. Pour l’heure, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’y vont pas à l’économie. Le skipper de Groupe Dubreuil, notamment, multiplie les manœuvres comme des crêpes un jour de fête, dans plus de 30 nœuds de vent sur une mer en pleine crise d’adolescence. Malgré un sommeil en miettes, sa détermination est inébranlable. Il envoie du bois à replanter toute une forêt pour ne pas laisser son rival trop filer, mais aussi pour être sûr de ne pas revoir de sitôt les autres, même s’il sait bien que l’élastique pourrait bien se resserrer un peu au sud de l’Australie.
Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…