Vendée Globe : des marins surhumains à l'épreuve de l'océan
« La vie n’est pas facile ici ! On essuie quasiment une dépression par jour. Les systèmes s’enchaînent hyper rapidement. Cela implique des changements de voiles hyper fréquents. C’est du sport ! », a commenté Éric Bellion, qui tente de se frayer le meilleur chemin possible au sud de l’Afrique du Sud. « La mer est courte. Ça bouge dans tous les sens. Le bateau n’arrive pas à accélérer. Je fais des zigs et des zags dans les méandres du courant des Aiguilles. J’essaie de préserver mon bateau mais je ne peux donc pas faire de vitesse. C’est très frustrant », a ajouté le solitaire avec cette drôle d’impression de jouer à Tetris mais de n’avoir que des briques en Z. Pas facile, en effet, de trouver le compromis parfait. D’un côté, la prudence impose des mesures préventives pour éviter la casse. De l'autre, la performance exige rapidité, fluidité, et réactivité au prix de certaines contraintes. Le défi est de placer le curseur au meilleur endroit : là où la sécurité ne freine pas l’efficacité, et où la performance n’expose pas aux risques. C’est un équilibre subtil, tout aussi scabreux que d’essayer de garder un soufflé chaud sans qu’il retombe.
Même topo, plus en avant de la flotte, du côté de Nicolas Lunven, le skipper de Holcim – PRB qui avait, lui aussi, misé sur une trajectoire nord pour éviter le plus gros de la dépression maousse costaud qui a balayé sa route en milieu de semaine, mais qui n’imaginait pas, cependant, que l’addition serait aussi salée pour lui et son compère, Jérémie Beyou (Charal). « Cette route nord était censée être meilleure que ça. On n’a vraiment pas été très bien servis », a regretté le Vannetais, agacé par la situation autant que par un moustique en pleine nuit. « On a eu des zones de molles pas prévues et fait une nuit complète dans les orages mais le clou du spectacle a été l’anticyclone qui a gonflé et qui nous a mangé », a détaillé Nicolas qui a passé une grande partie de la journée d’hier englué dans les petits airs avec deux conséquences à la clé. D’une part, le retour dans son rétroviseur de la triplette Sam Goodchild (VULNERABLE) – Paul Meilhat (Biotherm) – Yannick Bestaven (Maître CoQ V). D’autre part, un écart qui s’est creusé comme un canyon après une inondation sur ses copains de devant.