Vendée Globe : duels au sommet
Parfois, il y a des choses qui nous échappent. S’ils avaient envie de passer un bon moment ensemble, pourquoi vont-ils se cailler les drisses au milieu du Pacifique alors qu’ils n’avaient qu’à s’organiser un petit « Secret Santa » entre collègues au coin d’une flamme qui ne serait pas celle du réchaud ? Mais non, visiblement, ils préfèrent se lorgner du coin de hublot, se balancer quelques bons mots à la VHF, le talkie-walkie des marins, et s’espionner à l’AIS, système d’identification automatique décidément un peu trop informé, qui balance vitesse et cap des bateaux avoisinants, pour ne rien rater de leurs derniers rebondissements.
L’ambiance est bien collée-serrée en ce moment sur le Vendée Globe, à commencer par notre tiercé gagnant Dalin-Richomme-Simon - dans cet ordre actuellement, mais comme on l’a vu ces dernières 48 heures, tout peut vite évoluer dans ce trouple explosif ! Mais tout de même, après ses « 36 heures de réparation » dans la soute à voiles, le skipper de MACIF Santé Prévoyance semble décidé à rappeler qu’il souhaitait rester meneur de cette danse endiablée. Un petit 25 nœuds de moyenne sur 24 heures, 594 milles engloutis… Charlie serait-il un peu agacé de cette promiscuité ? Collés à ses bas(ta)ques, Yoann Richomme (PAPREC-ARKÉA, 2e) et Sébastien Simon (Groupe Dubreuil, 3e), n’ont pourtant pas l’intention de le laisser à nouveau filer.
Un peu plus loin dans la flotte, Benjamin Ferré (Monnoyeur – Duo For a Job, 21e) nous raconte lui aussi combien naviguer bord à bord la nuit dernière avec Tanguy Le Turquais (Lazare, 22e), lui a permis d’avoiner comme jamais – c’est un peu long, mais on ne résiste pas à vous partager cette fougueuse déclaration d’amour concurrentiel : "On sort d’une nuit épique avec mon copain Tanguy ! Les nuits avec lui sont quand même intenses… C’était n’importe quoi ! Toute notre vie on s’en souviendra ! Ca ressemblait à un speed test de débiles en baie de Lorient, sauf que nous on a décidé de le faire dans 45 nœuds, 6 mètres de creux, le long de la zone des glaces au Sud de l’Australie ! Après coup on en rigole, mais sur le moment on ne faisait pas les malins, on s’envoyait des messages toutes les heures en se disant qu’on allait tous mourir ! C’était un bon truc de poney, on était quasi bord à bord, et il n’y en avait pas un pour tirer l’autre vers le haut, ce qui nous a fini à 22 nœuds chacun, pendant toute la nuit on a été les plus rapides ! Une des nuits les plus mémorables de ma jeune vie de marin, et j’en rigole parce que je suis bien content qu’on s’en soit sortis presque indemnes on va dire. Ca marque un point final à cet Indien qui aura été quand même… (rires) relativement intense. Le répit s’est enfermé à double tour dans un placard et n’est pas venu nous rendre visite depuis 15 jours ! Je voyais que Jean Le Cam disait que c’était l’Indien le plus dur qu’il ait eu à traverser, et ça me rassure un peu, parce que je te cache pas que depuis 15 jours, je me disais que les mecs étaient un peu tarés d’y retourner parce que c’est quand même hyper dur ! "
Du coup, voilà le skipper de Monnoyeur-Duo for a Job en « descente », comme un lendemain de rendez-vous galant sans nouvelle de son amant. « Pour la première fois hier je me suis senti un peu seul, j’avais jamais ressenti ça depuis le départ ! Je sais pas, j’ai eu une après-midi un peu de petit temps, j’ai rangé tout le bateau, tout nettoyé, j’ai mis du chauffage. Et je me sentais un peu mélancolique ! », nous raconte le toujours bavard Benjamin Ferré, d’autant plus motivé pour « rester accroché » à son petit groupe. En proie voilà trois jours à une sérieuse avarie du vérin de quille qui lui a valu 12 heures de bricolage au ralenti, il s’estime déjà « comme un survivant » : "Je prends chaque mille supplémentaire aujourd’hui comme un cadeau parce que j’ai pleuré de désespoir en pensant que ce Vendée Globe était terminé ! "
On imagine le même soupir de soulagement à bord de Fives Group-Lantana Environnement, où Louis Duc, 24e, nous racontait ce matin avoir réussi ses réparations sur sa barre de liaison de safran !
Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

