Cilento, la côte italienne où la mer a façonné bien plus que des paysages

Par Virginie Lepoutre

C’est entre Paestum et Palinuro sur la côte amalfitaine que vous pourrez avoir la chance de découvrir le Cilento, l’un des littoraux les plus méconnus d’Italie. C’est pourtant ici que s’est construit le socle scientifique du régime méditerranéen... Pour les plaisanciers, cette côte classée et protégée offre une lecture rare de la Méditerranée : une navigation où le paysage, la météo, les règles de mouillage et l’histoire locale forment un tout cohérent, exigeant et profondément authentique.

Le Cilento se situe au sud de la côte amalfitaine, dans la région de Campanie, entre le golfe de Salerne et le golfe de Policastro. Longtemps resté à l’écart des grands flux touristiques, ce territoire s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres de côte tyrrhénienne, adossée à un arrière-pays montagneux et rural. Ici, la Méditerranée n’est jamais plate ni uniforme. Les reliefs plongent rapidement dans la mer, les villages restent accrochés aux collines, et la côte alterne plages ouvertes, falaises calcaires et criques profondes.
Le Cilento fait partie du parc national du Cilento, du Vallo di Diano et des Alburni, l’un des plus vastes parcs naturels d’Italie. Cette dimension explique l’impression d’espace et de continuité sauvage que ressent immédiatement le navigateur. Contrairement à d’autres secteurs plus urbanisés de la péninsule, la côte conserve une lecture naturelle, presque austère par endroits, où la mer impose encore son rythme.

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Pourquoi le Cilento est devenu célèbre sans jamais être à la mode

La célébrité du Cilento ne repose pas sur une image balnéaire ou mondaine. Elle s’est construite lentement, à partir de l’histoire, de l’archéologie et de la recherche scientifique. Le territoire abrite des sites majeurs de la Grande Grèce, notamment Paestum et Velia, qui rappellent que cette côte était déjà, dans l’Antiquité, un espace d’échanges entre la mer et l’intérieur des terres.
Mais la notoriété moderne du Cilento s’est forgée au XXe siècle, lorsque des chercheurs se sont intéressés aux modes de vie locaux. Loin des stations touristiques, ils ont observé une population rurale et maritime, peu mobile, dont l’alimentation, l’activité physique quotidienne et les habitudes sociales semblaient produire des effets mesurables sur la santé ; le fameux régime méditerranéen. Cette approche scientifique a placé le Cilento au cœur d’un récit mondial, sans jamais transformer la région en vitrine.
Aujourd’hui encore, le territoire revendique une forme de discrétion. La fréquentation existe, mais elle reste très différente de celle de la côte amalfitaine voisine. Pour les plaisanciers, cette différence se ressent immédiatement, tant dans l’ambiance des ports que dans la manière dont les criques sont protégées et gérées.

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Le Cilento et la naissance du régime méditerranéen

Le régime méditerranéen est souvent présenté comme un modèle alimentaire abstrait, résumé à quelques ingrédients emblématiques. Dans le Cilento, il reprend son sens originel. C’est ici, notamment dans le village de Pioppi, que le physiologiste Ancel Keys a mené une partie décisive de ses travaux sur les maladies cardiovasculaires au milieu du XXe siècle. En observant les habitudes alimentaires et le mode de vie des habitants, il a contribué à démontrer l’impact de l’alimentation, de l’activité physique et du cadre social sur la santé à long terme.
Dans le Cilento, le régime méditerranéen n’est pas une tendance, mais une conséquence logique de l’environnement. Huile d’olive produite localement, céréales, légumineuses, légumes de saison, poisson côtier et consommation modérée de produits animaux composent une alimentation dictée par la géographie et l’économie locale. À cela s’ajoutent des repas pris lentement, souvent collectifs, et une relation directe entre producteurs, pêcheurs et consommateurs.
Cette vision globale explique pourquoi le régime méditerranéen a été reconnu comme patrimoine culturel immatériel. Dans le Cilento, cette reconnaissance n’a rien de théorique. Elle structure encore aujourd’hui l’identité des villages côtiers et de l’arrière-pays, et elle influence la manière dont le territoire se protège et se développe.

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Naviguer sur le Cilento : mouillages, ports et escales à terre

Pour le navigateur, le Cilento se découvre par la mer avec une approche méthodique. La côte n’est pas difficile au sens technique, mais elle exige de l’anticipation. Les brises thermiques sont bien installées en saison, les effets de relief sont marqués, et certaines houles résiduelles peuvent rendre des baies inconfortables malgré un ciel dégagé. La lecture météo reste donc centrale, en particulier pour le choix des mouillages.
Les plus belles criques se situent entre Palinuro et Marina di Camerota, un secteur réputé pour ses grottes marines, ses fonds clairs et ses falaises abruptes. Certaines baies emblématiques sont aujourd’hui intégrées à des aires marines protégées. Le mouillage y est réglementé, parfois remplacé par des systèmes de bouées, afin de préserver les herbiers et les fonds sensibles. Cette organisation change profondément l’expérience : le navigateur ne vient pas consommer un paysage, il s’inscrit dans un cadre précis.
Les ports restent de taille modeste et conservent une vocation locale. Acciaroli, Santa Maria di Castellabate ou Marina di Camerota offrent des escales accueillantes, sans sophistication excessive, mais avec une vraie vie à terre. On y trouve une relation directe avec la pêche, des marchés actifs et une atmosphère plus résidentielle que touristique.
À terre, le Cilento mérite du temps. Paestum reste un passage marquant pour comprendre la profondeur historique du territoire. Plus au sud, les villages perchés comme Castellabate ou Pollica racontent une Méditerranée rurale, loin des clichés. L’arrière-pays, accessible depuis la côte, permet de relier navigation et découverte pédestre, dans un paysage resté très peu transformé.

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Cilento : une destination pour les navigateurs ?

Le Cilento ne s’adresse pas à ceux qui cherchent une succession rapide d’escales spectaculaires ou une animation permanente à quai. C’est une destination pour les navigateurs qui aiment comprendre un territoire, anticiper leurs choix et accepter certaines contraintes en échange d’une expérience cohérente.
Ici, la navigation rejoint une culture du temps long, héritée à la fois de la mer et de la terre. Les règles de protection environnementale, loin d’être une contrainte artificielle, prolongent une histoire locale fondée sur l’équilibre et la sobriété. Pour qui accepte cette logique, le Cilento offre une Méditerranée dense, lisible et profondément sincère.
Ce n’est pas une côte qui se livre immédiatement. Mais pour les plaisanciers attentifs, elle devient l’une des plus justes expressions de ce que peut encore être la navigation en Méditerranée aujourd’hui.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.