Mircea, le trois-mâts roumain qui perpétue l’art de la navigation à voile

Culture nautique

Avec ses mâts élancés et sa voilure ample, le Mircea traverse les décennies sans jamais donner l’impression d’appartenir au passé. Construit avant la Seconde Guerre mondiale, ce trois-mâts roumain continue aujourd’hui de former des officiers de marine, perpétuant une tradition exigeante où la navigation à voile reste une véritable école du commandement et de l’humilité face à la mer.

Avec ses mâts élancés et sa voilure ample, le Mircea traverse les décennies sans jamais donner l’impression d’appartenir au passé. Construit avant la Seconde Guerre mondiale, ce trois-mâts roumain continue aujourd’hui de former des officiers de marine, perpétuant une tradition exigeante où la navigation à voile reste une véritable école du commandement et de l’humilité face à la mer.
© Wikipedia

Un projet naval ambitieux dans une Europe incertaine

À la fin des années 1930, la Roumanie regarde vers le large avec une ambition claire, structurer une marine moderne capable de former ses propres cadres. À cette époque, la voile n’est pas un romantisme mais un outil pédagogique reconnu, un passage obligé pour forger des marins capables de comprendre la mer avant de la dominer.
Le choix d’un trois-mâts inspiré du modèle du Gorch Fock s’inscrit dans cette logique. Ce type de navire impose rigueur, discipline et endurance, des qualités jugées indispensables pour de futurs officiers. Commandé aux chantiers navals de Hambourg, le Mircea est lancé en 1938, à un moment où l’Europe bascule lentement vers le conflit. Sa mise à l’eau symbolise autant un espoir maritime qu’une affirmation de souveraineté.

Une jeunesse rattrapée par la guerre

À peine entré en service, le Mircea se retrouve pris dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. Comme de nombreux navires de sa génération, sa carrière est freinée, détournée, parfois mise entre parenthèses. Pourtant, il traverse cette période sans subir les destructions qui frappent tant d’unités navales européennes.
La fin du conflit marque un épisode décisif. Saisi par l’Union soviétique, le trois-mâts quitte temporairement le pavillon roumain. Cet exil forcé aurait pu signer la fin de sa vocation, mais le Mircea échappe au sort de nombreux navires désarmés ou transformés. En 1946, il est restitué à la Roumanie, retrouvant son rôle initial dans un contexte géopolitique profondément bouleversé.

 

© Wikipedia

 

Continuer à former quand le monde change

L’après guerre marque une accélération technologique majeure dans le monde maritime. La propulsion mécanique devient la norme, les instruments se modernisent, la voile recule. Pourtant, le Mircea conserve sa place.
À bord, l’enseignement reste fondé sur l’observation, la coordination et l’effort collectif. Les élèves officiers apprennent à lire le vent, anticiper les réactions du navire, travailler en équipe dans des conditions parfois exigeantes. La voile carrée impose une discipline stricte, où chaque manœuvre engage tout l’équipage. Cette formation forge des marins capables d’affronter la complexité du commandement, bien au-delà de la simple navigation.
Le Mircea n’est pas un navire sédentaire. Année après année, il multiplie les campagnes de formation et les navigations internationales. De la mer Noire à la Méditerranée, de l’Atlantique à la mer du Nord, il sillonne les routes maritimes européennes et au-delà.
Sa participation régulière aux grands rassemblements de voiliers écoles le place au même rang que les unités les plus prestigieuses. À chaque escale, il attire l’attention par son élégance mais aussi par ce qu’il représente, la persistance d’un savoir-faire maritime que beaucoup pensaient révolu.

Un ambassadeur naval au-delà de la formation

Au fil du temps, le Mircea est devenu bien plus qu’un simple outil pédagogique. Il incarne une vitrine flottante de la Roumanie maritime, un symbole de continuité et de stabilité dans un siècle marqué par les ruptures.
Lors de ses escales officielles, il joue un rôle diplomatique discret mais puissant. Son image renvoie à une marine attachée à la transmission, à la discipline et à l’ouverture internationale. Dans les ports qu’il visite, il rappelle que la tradition navale européenne repose autant sur l’apprentissage que sur la technologie.

 

© Wikipedia

 

Préserver l’âme sans ignorer le présent

Si son allure reste fidèle à ses origines, le Mircea a su évoluer. Des modernisations ciblées ont permis d’adapter le navire aux normes de sécurité contemporaines et aux exigences actuelles de la formation navale. Ces évolutions n’ont jamais altéré son identité.
Le gréement, la manœuvre et la vie à bord conservent leur caractère exigeant. Cette cohabitation entre tradition et modernité fait du trois-mâts un cas rare, capable de transmettre un héritage sans se figer dans la nostalgie.

Un navire toujours tourné vers l’horizon

Aujourd’hui encore, le Mircea continue de prendre la mer, formant de nouvelles générations d’officiers. Dans un univers maritime dominé par l’automatisation et la vitesse, il offre une autre lecture de la navigation, plus lente, plus physique, mais profondément formatrice.
Plus qu’un témoin du passé, le Mircea reste un acteur du présent, un navire qui prouve que la voile n’est pas seulement une mémoire, mais un langage toujours vivant entre l’homme et la mer.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.