
Un dauphin unique, façonné par l’Amazonie
Le dauphin rose, scientifiquement nommé Inia geoffrensis, se distingue par une morphologie singulière, parfaitement adaptée aux contraintes du bassin de l’Amazonie. Son corps est plus souple que celui des dauphins marins, avec des vertèbres cervicales non soudées qui lui permettent de tourner la tête presque à angle droit. Cette particularité est essentielle pour évoluer dans les forêts inondées, entre racines, troncs et branches submergées.
Sa coloration, qui va du gris pâle au rose soutenu, n’est pas un simple trait esthétique. Elle évolue avec l’âge, le sexe et l’activité physique. Les individus les plus roses sont souvent des adultes actifs, chez lesquels la vascularisation de la peau est plus marquée. Dans une eau où la visibilité est souvent quasi nulle, le dauphin s’appuie avant tout sur une écholocation extrêmement fine pour repérer poissons, crabes et petits vertébrés.
Une aire de répartition vaste mais fragmentée
On retrouve le dauphin rose dans plusieurs pays d’Amérique du Sud, principalement au Brésil, mais aussi en Colombie, au Pérou, en Bolivie et en Équateur. Il fréquente les grands fleuves, leurs affluents et les lacs saisonniers. Lors des crues, il pénètre profondément dans les zones forestières inondées, exploitant des espaces temporaires riches en nourriture.
Cette mobilité saisonnière, longtemps considérée comme un avantage, devient aujourd’hui une faiblesse. La fragmentation des cours d’eau par les infrastructures humaines limite ses déplacements et isole certaines populations, réduisant les échanges génétiques.

Une espèce réellement en danger
Contrairement à l’image presque mythique qu’il véhicule, le dauphin rose est désormais classé comme espèce menacée dans plusieurs régions. Les causes sont multiples et souvent cumulatives. La pollution des fleuves, notamment par le mercure issu de l’orpaillage, contamine directement sa chaîne alimentaire. Les barrages hydroélectriques modifient les régimes hydrologiques, bouleversent les zones de reproduction et fragmentent les habitats.
À cela s’ajoutent les captures accidentelles dans les filets de pêche et, dans certaines zones, une chasse ciblée, le dauphin étant parfois utilisé comme appât pour la pêche à certaines espèces de poissons-chats. La pression humaine croissante sur le bassin amazonien réduit progressivement les refuges naturels dont dépend le boto.

Entre protection scientifique et héritage culturel
Les légendes amazoniennes ont longtemps joué un rôle paradoxalement protecteur. Le dauphin rose y est souvent perçu comme un être capable de se transformer en humain, inspirant à la fois respect et crainte. Si ces récits ne suffisent plus à assurer sa survie, ils restent un levier culturel important pour les programmes de sensibilisation locaux.
Aujourd’hui, chercheurs et organisations environnementales multiplient les études pour mieux comprendre ses déplacements, ses comportements et l’état réel des populations. Le dauphin rose est devenu un indicateur clé de la santé des écosystèmes d’eau douce amazoniens. Sa disparition annoncerait un déséquilibre bien plus large, touchant l’ensemble du réseau fluvial.
Silencieux et discret, le dauphin rose d’Amazonie incarne à lui seul la richesse et la fragilité des fleuves sud-américains. Le croiser reste un privilège rare, mais surtout un rappel que même les créatures les plus mythiques ne sont pas à l’abri des transformations rapides imposées à leur environnement.
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