Phare de la Coubre : la sentinelle maritime que l’océan est en train de reprendre

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

À l’entrée nord de l’estuaire de la Gironde, le phare de la Coubre n’est pas seulement un monument menacé par l’érosion. C’est un repère nautique majeur, un témoin de l’histoire des phares et un symbole très concret d’un littoral que l’on ne maîtrise jamais vraiment.

À l’entrée nord de l’estuaire de la Gironde, le phare de la Coubre n’est pas seulement un monument menacé par l’érosion. C’est un repère nautique majeur, un témoin de l’histoire des phares et un symbole très concret d’un littoral que l’on ne maîtrise jamais vraiment.

© AdobeStock - Romain LONGIERAS

 

Il y a des phares que l’on regarde comme de beaux objets de patrimoine. Et puis il y a ceux que l’on comprend vraiment quand on regarde la mer autour d’eux. Le phare de la Coubre appartient à cette seconde catégorie. Dressé à La Tremblade, en Charente-Maritime, il veille sur un secteur sensible : l’entrée de l’estuaire de la Gironde, la Côte Sauvage, les bancs de sable, les courants, les passes mouvantes. Pour les marins, cette zone n’a jamais été anodine. Ici, le rivage avance, recule, se déforme. Les fonds changent, les bancs se déplacent, la houle atlantique vient frapper une côte basse et sableuse. Dans ce paysage instable, le phare n’a pas été construit pour faire joli. Il a été construit pour signaler, prévenir, guider. Dès le XVIIe siècle, le besoin de signaler les dangers de la pointe de la Coubre est mentionné. Un premier phare en bois est allumé en 1860, avant qu’un phare en pierre ne soit mis en service en 1895. Mais l’océan impose vite sa loi : ce dernier s’effondre en 1907, rongé par l’érosion. Le phare actuel, construit en béton en 1904 et allumé en 1905, avait justement été implanté beaucoup plus en retrait, à environ 1,8 km du rivage.

 

Le plus haut phare charentais, mais pas invincible

Avec ses 64 mètres de hauteur, ses 300 marches et sa portée lumineuse d’environ 28 milles nautiques, soit près de 52 km, le phare de la Coubre reste l’un des grands repères de la côte charentaise. Il appartient à l’État, qui assure la conservation du monument et sa fonction de signalisation maritime, tandis que la mairie de La Tremblade gère l’accueil du public et le musée. Mais toute la force symbolique de ce phare tient aujourd’hui dans ce paradoxe : il est puissant, haut, visible de loin, mais totalement vulnérable face au recul du trait de côte. Construit à près de deux kilomètres de l’océan, il se trouve désormais à environ 150 mètres de la mer à marée haute. L’écart donne le vertige. En un peu plus d’un siècle, la côte a avancé vers lui comme une menace lente, mais continue. Le phare de la Coubre raconte donc une histoire très maritime : celle des hommes qui installent des repères pour sécuriser la navigation, et celle de la mer qui finit toujours par rappeler que le littoral n’est pas une ligne fixe.

 

Une zone nautique sous surveillance permanente

Pour comprendre l’importance du phare, il faut regarder la carte marine plutôt que la carte postale. La Coubre se situe dans un secteur où se croisent plusieurs réalités : l’océan ouvert, l’estuaire de la Gironde, la proximité de l’île d’Oléron, les passes, les bancs, les courants et une côte très mobile. La Gironde est l’un des grands estuaires d’Europe, une porte d’entrée maritime historique vers Bordeaux et l’arrière-pays aquitain. Mais cette porte n’est pas simple à franchir. Les phares, les feux, les balises et les alignements y ont longtemps joué un rôle essentiel pour sécuriser la navigation commerciale, la pêche, les mouvements militaires, puis la plaisance. Dans cet univers, le phare de la Coubre n’est pas isolé. Il fait partie d’un réseau de signalisation plus vaste, aux côtés du phare de Cordouan, des balises de chenal, des amers côtiers et des cartes régulièrement mises à jour. Sa lumière n’est qu’un élément d’un langage maritime plus large : celui qui permet au marin de lire la côte, d’identifier un danger, de confirmer une position, de reconnaître une approche.

© AdobeStock - Gervaisal91

La fin annoncée d’un repère

La menace n’est désormais plus seulement théorique. En janvier 2025, la perspective d’une déconstruction du phare a été confirmée par la Direction interrégionale de la mer Sud-Atlantique : l’édifice devra être démoli, sans relocalisation, lorsque sa situation deviendra trop dangereuse. Aucune date précise n’est encore fixée, mais l’hypothèse n’est plus taboue. La décision est douloureuse, car elle touche un monument très aimé. Mais elle pose aussi une question plus vaste : que fait-on lorsqu’un ouvrage maritime, pensé pour durer, se retrouve rattrapé par un littoral en mouvement ? Peut-on tout sauver ? Faut-il déplacer, protéger, reconstruire, ou accepter parfois de laisser disparaître ?

Le cas de la Coubre est particulièrement fort parce qu’il réunit deux temporalités. Celle du phare, d’abord, avec son histoire technique, son architecture, sa lumière, son rôle dans la sécurité maritime. Celle du trait de côte, ensuite, beaucoup plus mouvante, faite de tempêtes, de marées, de houle, de sable arraché puis redéposé ailleurs.

 

Un patrimoine nautique face au recul du trait de côte

Le phare de la Coubre est ainsi devenu bien plus qu’un édifice menacé. Il est un cas d’école. Il montre comment l’érosion littorale vient percuter le patrimoine maritime, mais aussi notre manière d’habiter les côtes. Pendant longtemps, les phares ont incarné la maîtrise humaine de la mer. On les construisait pour rendre les approches plus sûres, pour limiter les naufrages, pour inscrire un point fixe dans un monde mouvant. Aujourd’hui, la Coubre inverse presque cette lecture : c’est le point fixe qui devient fragile, tandis que le sable, la dune et l’océan reprennent le premier rôle.

Cette situation résonne avec un enjeu national. En Charente-Maritime, près de 1 000 hectares seraient exposés au recul du trait de côte à l’horizon 2050, selon des éléments relayés à l’Assemblée nationale. Le phare de la Coubre donne un visage très concret à cette réalité : l’érosion n’est pas une abstraction scientifique, elle peut atteindre un monument, un amer, un symbole, un morceau de mémoire maritime.

 

Une lumière qui laisse une trace

La disparition annoncée du phare de la Coubre ne signifiera pas la fin de son histoire. Les phares ne sont pas seulement des tours : ce sont des repères dans les récits maritimes. Ils appartiennent aux cartes, aux souvenirs de navigation, aux carnets de bord, aux pêcheurs, aux plaisanciers, aux gardiens, aux ingénieurs, aux familles qui les ont vus depuis la plage ou depuis le large. La Coubre aura guidé les navires pendant plus d’un siècle dans une zone difficile. Elle aura succédé à d’autres feux déjà emportés par l’océan. Elle aura rappelé, génération après génération, que la mer se respecte autant qu’elle se surveille.

Aujourd’hui, son avenir semble écrit, mais sa portée symbolique grandit encore. Le phare de la Coubre n’est plus seulement une lumière sur la côte charentaise. C’est une sentinelle en sursis, un témoin de la navigation d’hier et un signal très contemporain : sur le littoral, rien n’est jamais définitivement acquis.

 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.