Le chant des baleines : comment les scientifiques apprennent à le décoder

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Leurs chants peuvent parcourir des centaines de kilomètres sous l'eau, évoluer au fil des années et être partagés entre populations éloignées. Depuis quelques années, les chercheurs utilisent l'intelligence artificielle pour tenter de percer les secrets de cette étonnante communication. Mais sommes-nous réellement proches de comprendre ce que disent les baleines ?

Leurs chants peuvent parcourir des centaines de kilomètres sous l'eau, évoluer au fil des années et être partagés entre populations éloignées. Depuis quelques années, les chercheurs utilisent l'intelligence artificielle pour tenter de percer les secrets de cette étonnante communication. Mais sommes-nous réellement proches de comprendre ce que disent les baleines ?

 

Une mélodie qui n'a rien d'improvisé

Lorsque l'on écoute une baleine à bosse, on a l'impression d'entendre une suite de gémissements, de sifflements ou de grondements. Pourtant, ces vocalisations suivent une véritable organisation. Les scientifiques ont montré que les chants sont composés de petites unités sonores assemblées en phrases, puis en thèmes qui se répètent toujours dans le même ordre. Chaque chant peut durer une dizaine de minutes avant de recommencer, parfois pendant plusieurs heures. Cette structure complexe intrigue les biologistes depuis des décennies, car elle rappelle, à certains égards, l'organisation de la musique ou même celle du langage. Attention toutefois : cela ne signifie pas que les baleines parlent comme les humains. Pour l'instant, rien ne permet d'affirmer que chaque son possède une signification précise.

Des chansons qui évoluent comme une culture

L'une des découvertes les plus fascinantes concerne l'évolution de ces chants. Les mâles d'une même population chantent généralement la même "version" d'une année à l'autre... mais cette version change progressivement. Une nouvelle séquence apparaît, une autre disparaît, un rythme est modifié. Peu à peu, tous les individus adoptent ces nouveautés. Les chercheurs parlent alors de transmission culturelle, un phénomène extrêmement rare dans le monde animal.
Plus étonnant encore, ces évolutions peuvent voyager d'une population à l'autre. Dans le Pacifique Sud, des chants entièrement nouveaux se sont propagés sur plusieurs milliers de kilomètres, comme une chanson à succès qui ferait le tour du monde. Les baleines apprennent donc les unes des autres, preuve que leur communication est loin d'être figée.

Pourquoi chantent-elles ?

Le chant est principalement émis par les mâles pendant la période de reproduction. Longtemps considéré comme un simple moyen de séduire les femelles, il semble aujourd'hui remplir plusieurs fonctions. Il pourrait permettre de signaler la présence d'un individu, d'interagir avec d'autres mâles ou encore de maintenir certaines relations sociales. Les scientifiques restent prudents, car observer un chant ne suffit pas à comprendre son objectif. Sous l'eau, il est souvent difficile de savoir précisément à quel animal il s'adresse et quelle réaction il provoque.
Une chose est sûre : dans l'océan, le son est le meilleur moyen de communiquer. Là où la lumière disparaît rapidement, les ondes sonores peuvent parcourir des centaines de kilomètres dans de bonnes conditions.

L'intelligence artificielle entre en scène

Pendant longtemps, les chercheurs analysaient les chants un par un en examinant leurs représentations graphiques, un travail qui demandait des milliers d'heures. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle change complètement la donne. Les algorithmes sont capables de parcourir d'immenses bases de données sonores, de repérer automatiquement des motifs récurrents et de comparer des chants enregistrés à plusieurs années d'intervalle ou dans différentes régions du monde.
L'IA permet ainsi de détecter des similitudes que l'œil humain aurait difficilement remarquées. Elle aide aussi à suivre l'évolution des chants et à mieux comprendre la manière dont ils se transmettent entre populations.

Peut-on vraiment traduire les baleines ?

C'est l'idée qui fait rêver... mais nous en sommes encore loin. Reconnaître une structure ou un motif n'est pas la même chose que comprendre sa signification. Pour traduire un langage, il faudrait savoir dans quel contexte chaque son est produit, observer la réaction des autres baleines et vérifier que cette réaction se répète systématiquement. Des projets comme CETI (Cetacean Translation Initiative) utilisent déjà l'intelligence artificielle pour tenter de décrypter la communication des cétacés. Leur ambition n'est pas de créer un traducteur automatique du jour au lendemain, mais d'identifier les règles qui organisent leurs échanges.
Les premiers résultats sont prometteurs, mais les chercheurs préfèrent rester prudents : aujourd'hui, l'IA sait reconnaître des motifs, pas tenir une conversation avec une baleine.

Une fenêtre sur l'intelligence animale

Au-delà de la simple curiosité scientifique, ces recherches changent notre regard sur les baleines. Elles montrent que leurs chants ne sont pas de simples vocalises instinctives, mais des comportements appris, transmis et modifiés au fil des générations.
Chaque nouvelle découverte rapproche un peu plus les scientifiques de la compréhension de cet univers sonore encore largement mystérieux. Et même si la traduction complète des chants reste hors de portée, une certitude s'impose déjà : sous la surface des océans, les baleines partagent une culture bien plus riche et sophistiquée qu'on ne l'imaginait il y a seulement quelques décennies.

 

Crédit photo de couverture : Illustration AdobeStock -   kitti
 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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