Herbier de posidonie et patrimoine culturel maritime : même combat ?
En juillet 2026, il n'a fallu que quelques minutes pour que le mouillage d'un grand yacht détruise l'épave de l'un d'eux, celui piloté par le sous-lieutenant Harry H. Greenup. (https://www.aero-relic.org/index.php/p38-43-2545/). Cette destruction provoque de nombreuses réactions d’émotions et d’indignation dans le monde de la plongée sous-marin. Comment est-ce possible que ce vestige de plus de 80 ans ait pu être détruit ainsi en quelques instants.
Il est difficile de ne pas dresser un parallèle amer entre la destruction de notre patrimoine naturel et celle de notre patrimoine culturel, toutes deux victimes d’une même origine. Au-delà des pertes économiques locales qu'il est sans doute possible de quantifier, la perte historique et culturelle, elle, est tout simplement inestimable.
On a beau nous assurer que les capitaines de ces navires sont des professionnels, qu'ils respectent la réglementation et qu'une "erreur" reste toujours possible. La colère est présente.
Quand un grand yacht mouille sur un tel bien culturel et le détruit, les conséquences dépassent la simple indignation. Cet acte peut déclencher une série de sanctions pénales et financières extrêmement lourdes, particulièrement dans les eaux très réglementées de la Méditerranée française.
Voici ce que risquent concrètement les responsables :
Une épave d'avion historique n'est pas un simple amas de tôle. C'est un bien archéologique protégé par le Code du patrimoine, dont la gestion est assurée par le DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines) ;
Les aéronefs militaires, qu'ils soient alliés ou ennemis, demeurent la propriété inaliénable de leur État d'origine. S'il y a eu des pertes humaines lors du crash, l'épave acquiert le statut sacré de sépulture de guerre ;
Le Code pénal (art. 322-3-1) est strict. La destruction ou la dégradation d'un patrimoine archéologique est un délit passible de 7 ans d'emprisonnement et de 100 000 € d'amende (ou d'une amende pouvant s'élever à la moitié de la valeur estimée du bien détruit) ;
Les grands navires de plaisance sont tenus d'émettre leur position en permanence via le système AIS. En croisant la date du sinistre avec les trajectoires GPS des yachts sur la position exacte de l'épave, complétées par les témoignages des usagers de la mer, les enquêteurs pourront rapidement confirmer l’identification du navire fautif.
En résumé, le capitaine et l'armateur s'exposent à des poursuites judiciaires croisées émanant du ministère de la Culture et du ministère des Armées. Celles-ci peuvent mener à la saisie du navire, à des peines de prison et à des condamnations se chiffrant en centaines de milliers d'euros.
Bien sûr, ces sanctions semblent bien dérisoires face à la perte définitive de ce patrimoine. Mais tout comme pour la protection des habitats marins, ce désastre exige une réponse juridique à la hauteur de la destruction commise. Pour ce dossier, contrairement aux herbiers de Posidonie, il sera difficile d’argumenter sur « l’absence de démonstration rigoureuse ».
Mais ce n’est pas aussi simple que cela.
Le mouillage du bateau était dans une zone autorisée en zone périphérique du parc national des calanques. Comment une telle zone inclut en son sein un bien culturel et historique ? Même avec une autorisation, comment le capitaine ne s’est pas posé de question sur le devenir de son mouillage et de la proximité de l’épave clairement identifiée sur les cartes marines ? Mouiller à 40 mètres de profondeur pour un bateau dépassant les 200 mètres de longueur c’est immerger environ 250 mètres de chaine. Si l’ancre n’est pas remontée à la verticale, on image bien l’effet de cisaille sous l’eau.
L'enquête apportera des réponses. Mais au fond, cela ne changera rien : les dégâts sont irréversibles et nous avons perdu un élément de notre patrimoine culturel et maritime.
A l’image de la protection de nos habitats marins et de la biodiversité, la protection de notre patrimoine historique, culturel et maritime demande de nos jours une attention plus que renforcée, d’autant que contrairement au vivant, dans ce cas, on ne peut ni réparer, ni restaurer.
Crédit des vidéos : Phillipe Duphiton - PLONGEZ.fr
