Plongeurs-démineurs à la recherche des mines de la Seconde Guerre mondiale

Par AFP/Nautisme.com
Lundi 17 octobre 2016 à 12h00

"La moitié des mines de la Seconde Guerre mondiale sont encore en mer": au total, ce sont donc quelque 300.000 engins que les plongeurs-démineurs comme ceux dirigés par Jérôme Pernot, capitaine d'un chasseur de mines, recherchent pour les neutraliser.

"La moitié des mines de la Seconde Guerre mondiale sont encore en mer": au total, ce sont donc quelque 300.000 engins que les plongeurs-démineurs comme ceux dirigés par Jérôme Pernot, capitaine d'un chasseur de mines, recherchent pour les neutraliser.

Son navire, l'Orion, en a trouvé et désactivé six depuis septembre 2015, explique le capitaine, indiquant le tableau de chasse placardé dans le couloir étroit du bateau, stationné dans le grand port de Toulon: "il est tout à fait ordinaire de neutraliser encore aujourd'hui des mines de l'Allemagne nazie, par exemple". Sur les écrans de la salle de contrôle, un petit objet noir se détache sur un fond gris-bleu. A l'avant du bateau, sur le pont, deux membres de l'équipage reliés par une "sangle de vie" s'apprêtent à plonger pour l'identifier. S'il s'agit d'une mine, ils se chargent de la désamorcer ou de la faire exploser dans un périmètre sécurisé. Fausse alerte : l'écho qui avait été repéré n'est finalement pas une relique de la Seconde Guerre mondiale. Sur le dos, ces plongeurs portent un "Crabe", l'appareil leur permettant de respirer sous l'eau. "Les plongeurs-démineurs peuvent plonger jusqu'à 80 mètres, mais on ne peut y rester qu'une dizaine de minutes. A moindre profondeur on peut rester plusieurs heures. C'est de la profondeur que dépend le mélange de gaz" dans leur bouteille de plongée, explique Nathaniel, 28 ans, responsable de l'atelier dans lequel se font ces mélanges de gaz. En plus du travail sur les mines, les plongeurs-démineurs effectuent également des travaux sous-marins ou participent aux opérations de sauvetage en mer. Lorsqu'on plonge, "c'est l'obscurité, la solitude, le calme", décrit le capitaine de frégate Bertrand de Lorgeril, chef de la Cellule de plongée humaine et intervention sous la mer (CEPHISMER) de Toulon, un centre de recherche sur la plongée à la renommée internationale, fondé par le commandant Cousteau et ses camarades en 1945. "On rêve d'épaves, de trésors..." "Il faut avoir une maîtrise de soi, de ses limites. Ce n'est pas fait pour tout le monde, il y a une grande inégalité par rapport à la plongée, et malgré la sélection rigoureuse, on ne peut totalement exclure les accidents", précise-t-il. Sur 250.000 plongées militaires par an, effectuées par les plongeurs-démineurs ainsi que par tous les autres plongeurs des armées, on ne compte cependant qu'une petite dizaine d'accidents. "Ca reste une activité à risque, l'homme n'est pas fait pour aller sous l'eau", reconnaît Nathaniel, "Mais l'exploration de domaines inconnus fait fantasmer, on rêve d'épaves, de trésors, d'aller où peu de gens vont". Un enthousiasme partagé par Johann, 22 ans, le cadet des plongeurs de l'équipage. "Je n'avais jamais plongé mais ça me fascinait. J'ai appris que ce métier existait sur internet", raconte-t-il, les manches de sa combinaison en néoprène retroussées et laissant apparaître un grand tatouage maori. Les plongeurs plus âgés évoquent l'effet "magique" des documentaires du commandant Cousteau. "Son film 'Le monde du silence' a suscité des vocations, à l'époque il n'y avait que trois chaînes à la télé!", se souvient le capitaine Pernot. A bord, les souvenirs les plus marquants de l'équipage sont éclectiques : tomber nez à nez avec des dauphins, repêcher des corps humains, chercher les boîtes noires du vol Egypt Air qui s'est abîmé en mer au mois de mai, déminer le détroit de Bab-el-Mandeb, entre le Yémen et Djibouti, pendant la Guerre du Golfe. Les plongeurs partagent aussi la fierté d'être basés à Toulon: "c'est la capitale mondiale de la plongée!", affirme Nathaniel, "c'est le temple dans lequel est née la discipline, où des hommes ont fait des expériences au péril de leur vie, où se sont fait les avancées qui ont ensuite irradié dans le civil", renchérit-il. Le Cephismer abrite notamment un caisson Hyperbare CH500, unique dans l'hexagone, qui peut accueillir quatre personnes et permet de simuler des immersions de plusieurs centaines de mètres de profondeur, qui peuvent durer jusqu'à 24 jours.

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.