
Cette nouvelle alerte provient d’une vaste étude internationale publiée dans la revue Advances in Atmospheric Sciences, menée par plus de 50 scientifiques à travers le monde. Elle montre que la chaleur stockée dans les 2.000 premiers mètres des océans a augmenté d’environ 23 zettajoules en une seule année. Une valeur difficile à appréhender, que Lijing Cheng, principal auteur de l’étude, illustre par une comparaison frappante : l’équivalent énergétique de 12 bombes atomiques d’Hiroshima libérées chaque seconde, chaque jour de l’année.
Suivez toute l’actualité du nautisme en vous inscrivant à notre newsletter.
Les océans, piliers silencieux de la régulation climatique
Souvent invisibles dans le débat public, les océans jouent pourtant un rôle fondamental dans la stabilité du climat. Ils absorbent environ 90 % de l’excès de chaleur généré par les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Sans cette capacité d’absorption, l’augmentation des températures atmosphériques serait bien plus rapide et bien plus difficile à supporter pour les sociétés humaines.
Pour quantifier précisément cette chaleur accumulée, les chercheurs s’appuient sur plusieurs séries de données complémentaires. L’une des plus importantes repose sur le programme Argo, un réseau international de près de 4.000 flotteurs autonomes dérivant sur toutes les mers du globe. Ces instruments plongent régulièrement jusqu’à 2.000 mètres de profondeur pour mesurer température et salinité, offrant une vision détaillée et continue de l’état thermique des océans, y compris dans des zones longtemps restées peu observées.
Des conséquences déjà bien établies
L’augmentation du contenu thermique des océans n’est pas une simple statistique scientifique. Elle entraîne des effets concrets, déjà mesurables à l’échelle mondiale. La dilatation thermique de l’eau contribue directement à l’élévation du niveau de la mer, indépendamment de la fonte des glaciers et des calottes polaires. À cela s’ajoutent des vagues de chaleur marines plus fréquentes et plus intenses, qui affaiblissent durablement les récifs coralliens et perturbent les chaînes alimentaires marines.
Cette énergie supplémentaire stockée sous la surface alimente également des phénomènes météorologiques extrêmes. Cyclones plus puissants, pluies intenses ou épisodes de précipitations exceptionnelles trouvent en partie leur origine dans des océans plus chauds, capables de transférer davantage d’énergie vers l’atmosphère.

Un réchauffement très inégal selon les régions
L’étude souligne aussi un point clé : le réchauffement des océans ne se fait pas de manière uniforme. Certaines régions ont absorbé des quantités de chaleur particulièrement élevées en 2025. Les océans tropicaux figurent en première ligne, tout comme l’Atlantique Sud, la Méditerranée, le nord de l’océan Indien et l’océan Austral. Ces zones jouent un rôle stratégique dans les grands équilibres climatiques et océaniques, ce qui renforce les inquiétudes quant aux effets à long terme de cette accumulation de chaleur.
Une surface en léger recul, mais une tendance intacte
Fait notable, la température moyenne à la surface des mers a légèrement diminué en 2025 par rapport à l’année précédente, tout en restant la troisième valeur la plus élevée jamais mesurée. Cette baisse relative s’explique par l’apparition de conditions de type La Niña, connues pour provoquer un refroidissement temporaire des eaux de surface dans certaines régions du globe.
Ce signal ne remet toutefois pas en cause la tendance de fond. En profondeur, la chaleur continue de s’accumuler, et les chercheurs constatent une accélération du rythme de réchauffement des océans sur le long terme, directement liée à l’augmentation continue des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
Le futur climatique dépend désormais des décisions humaines
Pour Karina von Schuckmann, océanographe chez Mercator Ocean International et coautrice de l’étude, le diagnostic est sans ambiguïté : l’incertitude majeure du système climatique ne réside plus dans la compréhension scientifique des mécanismes physiques, mais dans les choix que l’humanité fera dans les années à venir. Une réduction rapide et massive des émissions de gaz à effet de serre pourrait encore limiter l’ampleur des impacts futurs et contribuer à préserver un climat compatible avec les écosystèmes marins et les sociétés humaines.
Les océans continuent d’absorber l’essentiel du choc thermique lié au réchauffement climatique. Mais chaque nouveau record rappelle que cette fonction de bouclier a un coût, et que la chaleur accumulée aujourd’hui façonnera durablement le climat de demain.
Pensez à consulter les prévisions sur METEO CONSULT Marine.
vous recommande