Capteurs, algorithmes et décisions : la navigation entre dans l’ère de l’IA

Equipements

Caméras intelligentes, capteurs croisés, analyse des trajectoires, anticipation des pannes. L’intelligence artificielle s’invite progressivement à bord des bateaux de plaisance et de course, non pour remplacer le marin, mais pour l’assister dans ses décisions les plus critiques. Une révolution discrète, déjà bien réelle, qui transforme en profondeur la façon de naviguer.

Caméras intelligentes, capteurs croisés, analyse des trajectoires, anticipation des pannes. L’intelligence artificielle s’invite progressivement à bord des bateaux de plaisance et de course, non pour remplacer le marin, mais pour l’assister dans ses décisions les plus critiques. Une révolution discrète, déjà bien réelle, qui transforme en profondeur la façon de naviguer.

L’IA à bord, ou l’art de voir avant de décider

En mer, l’erreur la plus fréquente n’est pas de mal manœuvrer, mais de ne pas voir, ou de voir trop tard. Un objet flottant à peine émergé, une embarcation sans feu, un casier dont le pavillon a disparu, un cargo dont la route évolue subtilement. Pendant longtemps, l’électronique embarquée s’est contentée de représenter le monde maritime. Désormais, une nouvelle étape est franchie. Les systèmes commencent à interpréter ce qu’ils observent.

L’intelligence artificielle ne se présente pas comme un équipement spectaculaire, mais comme une couche invisible d’analyse. Elle ne remplace pas les instruments, elle les relie entre eux. Caméras, radars, identification automatique des navires, données de navigation, capteurs moteurs ou énergétiques. L’enjeu n’est plus d’accumuler des informations, mais de leur donner du sens.

Du bateau connecté au bateau conscient de son environnement

La plupart des plaisanciers naviguent aujourd’hui sur des bateaux fortement instrumentés. Réseaux de communication internes, écrans multifonctions, capteurs répartis sur l’ensemble du bord. Cette infrastructure est devenue la norme. L’intelligence artificielle intervient lorsque ces données cessent d’être simplement affichées pour être interprétées.

Une caméra n’est plus seulement un œil numérique tourné vers l’horizon. Elle devient capable d’identifier un objet, de le classer, d’en estimer la trajectoire et le niveau de risque. Un ensemble de capteurs moteurs ne se limite plus à remonter des températures ou des heures de fonctionnement. Il alimente des modèles capables de détecter des dérives, d’anticiper une défaillance et de proposer une intervention avant la panne.

Le bateau ne se contente plus de mesurer. Il commence à comprendre.

La veille augmentée, un troisième regard au cockpit

La veille reste l’un des piliers de la sécurité en mer. C’est aussi l’un des exercices les plus éprouvants, surtout de nuit, par visibilité réduite ou lors de longues traversées sous pilote automatique. C’est précisément dans ce domaine que l’intelligence artificielle trouve aujourd’hui ses applications les plus concrètes.

Les systèmes de détection par caméras, souvent associées à l’imagerie thermique, permettent d’identifier des cibles que le radar ou l’identification automatique des navires ne détectent pas toujours. Petites embarcations, objets flottants, bouées mal signalées. L’algorithme analyse la scène, isole les éléments mobiles ou suspects et alerte le navigateur lorsque le risque devient réel.

Sur les bateaux de course au large, ces dispositifs sont déjà largement utilisés. Les skippers parlent souvent d’un "veilleur supplémentaire", capable de surveiller l’horizon sans fatigue et d’attirer l’attention au bon moment. L’intérêt n’est pas de remplacer l’homme, mais de renforcer la vigilance dans les phases les plus critiques.

Quand la position devient incertaine

La navigation moderne repose largement sur le positionnement par satellite. Or cette dépendance révèle aujourd’hui ses limites. Perturbations, brouillages, signaux trompeurs. Dans certaines zones du globe, la fiabilité du positionnement peut être altérée sans avertissement.

Là encore, l’intelligence artificielle joue un rôle de garde-fou. En croisant les informations issues de différentes sources, vitesse fond, cap compas, centrale inertielle, radar ou loch, le système peut détecter des incohérences et alerter le navigateur. Il ne s’agit pas de corriger la position, mais de signaler que la donnée devient douteuse et qu’il convient de revenir à une navigation plus classique, fondée sur le recoupement et l’observation.

Cette capacité à douter intelligemment constitue l’un des apports les plus précieux de l’IA à bord.

Anticiper plutôt que subir, la promesse de la maintenance intelligente

Au-delà de la navigation pure, l’intelligence artificielle transforme aussi la gestion du bateau. Les moteurs, les batteries, les systèmes électriques et les équipements de bord génèrent une quantité considérable de données. Exploitées correctement, elles permettent de passer d’une maintenance réactive à une maintenance anticipée.

Un alternateur qui fatigue, une batterie qui perd progressivement en capacité, une pompe qui consomme anormalement. Ces signaux faibles, souvent invisibles pour l’équipage, peuvent être détectés par des modèles d’analyse qui apprennent le fonctionnement normal du bateau et repèrent les écarts. Pour le plaisancier, cela se traduit par moins de pannes imprévues, une meilleure planification des interventions et une navigation plus sereine.

Les limites et les nouveaux risques

Cette sophistication n’est pas sans contrepartie. Trop d’alertes peuvent fatiguer l’équipage et conduire à ignorer des messages pourtant importants. La qualité d’un système d’assistance ne se mesure pas à sa sensibilité maximale, mais à la pertinence de ses alertes.

Il existe aussi un risque de « sur confiance ». Un écran richement renseigné peut donner l’illusion d’une maîtrise totale, au détriment de l’observation directe et du jugement marin. Enfin, la connectivité accrue pose des questions de sécurité numérique, de mises à jour et de dépendance à des systèmes externes.

L’intelligence artificielle impose donc une discipline nouvelle. Savoir l’utiliser, mais aussi savoir s’en passer.

Une navigation augmentée, pas automatisée

Contrairement aux idées reçues, l’avenir de la plaisance ne se dessine pas autour du bateau entièrement autonome. L’intelligence artificielle s’inscrit plutôt comme un outil d’assistance avancée, destiné à enrichir la perception du navigateur et à améliorer la prise de décision.

Départs de nuit plus sûrs, traversées mieux surveillées, entretien mieux anticipé, gestion plus fine des situations complexes. Les bénéfices sont déjà tangibles. Mais l’essentiel reste inchangé. En mer, aucun algorithme ne remplace l’expérience, l’anticipation et le sens marin.

L’intelligence artificielle n’est pas là pour décider à la place du navigateur. Elle l’aide à voir plus tôt, à comprendre plus vite et, surtout, à rester maître de ses choix.

Avant de partir en mer, pensez à consulter les prévisions météo sur METEO CONSULT Marine.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.