Climat, mer et plaisanciers : pourquoi nos habitudes de navigation vont devoir changer ?

Culture nautique
Par Virginie Lepoutre

Le réchauffement climatique n’est plus une hypothèse mais une réalité scientifique, directement liée aux activités humaines. La navigation de plaisance n’échappe pas à cette responsabilité collective. Face à l’accélération du dérèglement climatique et à la fragilisation des milieux marins, les autorités maritimes passent d’un discours de sensibilisation à des règles concrètes, parfois contraignantes, qui vont transformer durablement la manière de naviguer, de mouiller et même de motoriser nos bateaux.

Le réchauffement climatique n’est plus une hypothèse mais une réalité scientifique, directement liée aux activités humaines. La navigation de plaisance n’échappe pas à cette responsabilité collective. Face à l’accélération du dérèglement climatique et à la fragilisation des milieux marins, les autorités maritimes passent d’un discours de sensibilisation à des règles concrètes, parfois contraignantes, qui vont transformer durablement la manière de naviguer, de mouiller et même de motoriser nos bateaux.

Le débat n’existe plus dans la communauté scientifique : le climat se réchauffe sous l’effet des activités humaines, et l’océan en est l’un des principaux amortisseurs. Il absorbe l’essentiel de l’excès de chaleur, ce qui en fait aussi l’un des premiers milieux à montrer des signes de déséquilibre. Pour les plaisanciers, cette réalité n’est plus abstraite. Elle se lit dans la température de l’eau, dans la multiplication des épisodes météo extrêmes, mais aussi dans l’évolution rapide de la réglementation maritime.

Pendant des décennies, la plaisance a évolué dans un cadre relativement permissif. La mer donnait le sentiment d’un espace vaste, presque sans limites, où les usages se régulaient surtout par la bonne volonté et le bon sens marin. Cette époque touche à sa fin. Non par idéologie, mais parce que les impacts sont désormais mesurables et documentés. Chaque ancrage sur un herbier fragile, chaque heure moteur inutile, chaque zone surexploitée pèse davantage dans un environnement déjà affaibli par le réchauffement.

La Méditerranée est emblématique de cette bascule. Elle se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale et subit une pression nautique intense sur une bande côtière réduite. Les herbiers de posidonie, véritables poumons et nurseries de la mer, sont en première ligne. Leur dégradation n’est plus seulement un sujet écologique, elle devient un problème de gestion maritime. C’est dans ce contexte qu’apparaissent les zones de mouillages organisées, avec des bouées, des périmètres définis et des règles strictes. Le message est clair : le mouillage n’est plus un geste anodin, mais un acte encadré, parfois conditionné, souvent surveillé.

Ce mouvement ne concerne pas uniquement quelques sites très fréquentés. Il dessine une nouvelle logique d’ensemble. Les grandes unités ont été les premières ciblées, car leur impact est plus visible et plus facile à quantifier. Mais la dynamique s’étend progressivement. Limitation de durée de mouillage, interdictions saisonnières, obligation d’utiliser des dispositifs fixes, contrôles renforcés : autant de mesures qui transforment la relation du plaisancier à l’espace côtier. La navigation ne se décide plus seulement en fonction du vent et de la houle, mais aussi en fonction des arrêtés locaux et des cartes environnementales.

Un autre terrain de changement, plus discret mais tout aussi structurant, concerne les émissions. Longtemps, la pollution atmosphérique en mer a été perçue comme un sujet réservé au transport commercial. Pourtant, la Méditerranée est désormais reconnue comme une zone où la qualité de l’air et la réduction des émissions deviennent prioritaires. Cela se traduit déjà par des exigences plus strictes sur les carburants et par une pression croissante sur les ports pour réduire les émissions à quai. À moyen terme, il devient crédible d’imaginer des zones où l’accès sera conditionné au niveau d’émissions des bateaux, notamment dans des secteurs très sensibles ou très fréquentés.

Certaines villes et plans d’eau intérieurs ont d’ailleurs pris une longueur d’avance, en imposant une navigation sans émissions dans leurs centres historiques ou leurs bassins les plus exposés. Si la mer n’est pas un canal urbain, ces expériences servent de laboratoire. Elles montrent qu’une réglementation progressive, ciblée géographiquement, peut être acceptée dès lors qu’elle s’inscrit dans une logique de protection clairement expliquée.

À ces contraintes environnementales s’ajoute un facteur que les navigateurs connaissent bien : la météo. Le réchauffement climatique modifie les régimes de vent, renforce certains épisodes extrêmes et complique la prévisibilité. Pour les autorités, cela pose des enjeux de sécurité croissants. Fermetures temporaires de zones, restrictions de navigation lors de conditions dégradées, limitations d’accès à certains abris exposés : autant de mesures qui existent déjà et qui pourraient devenir plus fréquentes. Là encore, la frontière entre contrainte environnementale et sécurité maritime devient de plus en plus fine.

Dans ce contexte, l’anticipation devient un outil central de la liberté en mer. Anticiper ses mouillages, ses routes, ses fenêtres météo, c’est réduire son impact tout en conservant une marge de manœuvre. Une météo marine fiable et précise n’est plus seulement un confort de navigation, mais un levier concret pour limiter l’usage du moteur, éviter des détours coûteux et naviguer de manière plus sobre et plus efficace. METEO CONSULT Marine s’inscrit pleinement dans cette évolution, en aidant les plaisanciers à prendre de meilleures décisions, à la fois pour leur sécurité et pour l’environnement.

Ce qui se dessine n’est pas une « punition » infligée aux navigateurs, mais une normalisation des usages. La plaisance entre dans une phase de maturité, où la liberté ne disparaît pas, mais s’exerce dans un cadre plus précis. Comme pour la sécurité ou la formation, ces règles finiront par s’intégrer naturellement aux pratiques. Préparer un mouillage fera partie de la navigation au même titre que préparer une route. Vérifier une zone réglementée deviendra aussi normal que consulter un bulletin météo.

La vraie rupture est culturelle. Elle oblige à accepter que la mer n’est pas infinie et que nos pratiques, cumulées sur des décennies, ont un impact réel. Naviguer demain, ce sera toujours partir, découvrir, voyager. Mais ce sera aussi composer avec un cadre plus exigeant, plus technique, parfois plus contraignant. Une évolution inévitable, et sans doute nécessaire, pour que le plaisir de la mer reste possible sur le long terme.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.