Usage plutôt que propriété : pourquoi les nouveaux plaisanciers changent-ils les règles du jeu ?

Economie
Par Le Figaro Nautisme

Pendant des décennies, devenir propriétaire d’un bateau a représenté un cap majeur dans une vie de marin, un acte à la fois technique, financier et symbolique. Aujourd’hui, une part croissante des nouveaux plaisanciers choisit pourtant de naviguer sans posséder, en s’appuyant sur des boat clubs, des abonnements ou des formules d’accès à l’usage. Derrière ce basculement, il n’y a pas seulement une question de budget, mais une transformation profonde de la manière de pratiquer la plaisance, de gérer son temps, d’apprendre la mer et de se projeter dans un rapport plus souple au nautisme.

Pendant des décennies, devenir propriétaire d’un bateau a représenté un cap majeur dans une vie de marin, un acte à la fois technique, financier et symbolique. Aujourd’hui, une part croissante des nouveaux plaisanciers choisit pourtant de naviguer sans posséder, en s’appuyant sur des boat clubs, des abonnements ou des formules d’accès à l’usage. Derrière ce basculement, il n’y a pas seulement une question de budget, mais une transformation profonde de la manière de pratiquer la plaisance, de gérer son temps, d’apprendre la mer et de se projeter dans un rapport plus souple au nautisme.

Le ponton, un samedi matin : la scène qui résume le changement

Sur de nombreux ports, la scène est devenue familière. Une famille arrive avec un simple sac, quelques effets personnels, parfois un pique-nique. Pas de caisse à outils, pas de bidons à transporter, pas de liste de travaux en attente. À l’accueil, on récupère les clés, un rapide point est fait sur la météo et la sécurité, puis le bateau quitte le ponton. L’unité est prête, entretenue, assurée, l’avitaillement et tous les pleins sont faits...

Ce n’est pas une location ponctuelle au sens traditionnel, mais un accès régulier et organisé à une flotte de bateaux. C’est le principe même du boat club moderne : un système d’abonnement qui donne droit à l’usage d’unités réparties sur une ou plusieurs bases, avec réservation, accompagnement et maintenance intégrée. Le bateau devient un service, non plus un bien à gérer au quotidien.

Ce modèle, longtemps marginal en Europe, s’impose progressivement comme une alternative crédible à la propriété. Les chiffres du secteur montrent qu’environ 30 % des nouveaux entrants dans la plaisance déclarent ne pas envisager l’achat d’un bateau à court ou moyen terme, préférant un accès flexible et sans engagement lourd.

Boat club, abonnement, partage : des modèles différents pour une même logique

Sous le terme générique de boat club se cachent en réalité plusieurs approches. Le principe commun reste l’abonnement, mais les modalités varient. Certains clubs proposent un accès illimité à une flotte contre une cotisation mensuelle ou annuelle, d’autres fonctionnent avec des crédits d’usage ou des catégories de bateaux selon l’ancienneté de l’adhérent.

À côté de ces clubs structurés, la location par abonnement s’est développée, offrant un nombre de sorties défini sur l’année, avec une grande lisibilité budgétaire. Le boat sharing, quant à lui, repose sur l’optimisation de bateaux existants, partagés entre plusieurs utilisateurs dans un cadre contractuel précis. Enfin, la copropriété ou la propriété fractionnée reste une option intermédiaire, plus proche de l’achat, mais allégée en contraintes.

Pour les ports, ces modèles changent profondément la relation au bateau. Une seule unité peut servir plusieurs dizaines de plaisanciers sur l’année, sans multiplier les emplacements à flot. Le client n’est plus forcément lié à "son" bateau, mais à une expérience et à une qualité de service.

Pourquoi la propriété ne fait plus rêver comme avant

La désaffection partielle pour la propriété ne traduit pas un désintérêt pour la mer, bien au contraire. Elle révèle une autre manière de composer avec les contraintes contemporaines.

Le premier facteur est le temps. Les nouveaux plaisanciers organisent leur pratique autour de créneaux disponibles, souvent irréguliers, plutôt que l’inverse. Le bateau doit s’adapter à leur rythme professionnel et familial, et non structurer l’année entière.

Le second est la charge mentale. Entretien, logistique, imprévus techniques, gestion administrative : autant d’éléments qui freinent l’entrée dans la pratique. Les boat clubs répondent précisément à ce point en transférant ces contraintes à l’opérateur.

Le troisième concerne l’apprentissage. Là où la propriété impliquait un apprentissage progressif sur une seule unité, l’accès à une flotte permet de naviguer sur différents bateaux, souvent récents, et d’acquérir rapidement de l’expérience dans des contextes variés.

Enfin, la dimension sociale a changé. Posséder un bateau n’est plus nécessairement perçu comme un marqueur de réussite ou de légitimité. La compétence, la régularité de navigation et la capacité à évoluer priment désormais sur le statut de propriétaire.

Une équation économique plus lisible

Sur le plan financier, la comparaison entre propriété et abonnement doit être nuancée, car les usages diffèrent. Les études du secteur montrent toutefois que la majorité des bateaux de plaisance sont utilisés moins de 25 jours par an. À l’inverse, les clubs affichent des taux d’utilisation très élevés, avec des flottes conçues pour naviguer presque quotidiennement.

L’abonnement offre un coût d’entrée clair, incluant l’entretien, l’assurance et la gestion. Le plaisancier sait ce qu’il paie et ce qu’il délègue. Le risque financier lié à une panne majeure ou à une immobilisation prolongée disparaît, ce qui rassure des profils peu enclins à transformer leurs week-ends en gestion des problèmes techniques.

Une nouvelle génération de marins

Les opérateurs constatent que les adhérents de boat clubs sont en moyenne plus jeunes que les propriétaires traditionnels. Ils cumulent souvent plusieurs loisirs, voyagent davantage et acceptent moins les engagements rigides. Ils attendent une expérience fluide, bien organisée et cohérente avec leurs autres pratiques.

Ce public est également plus exigeant. Il compare, questionne, évalue la qualité de service. L’abonnement n’est acceptable que s’il tient ses promesses en termes de disponibilité, de sécurité et de pédagogie.

Un impact profond sur toute la filière nautique

Pour les ports, les boat clubs ouvrent la voie à une nouvelle organisation, plus proche de la gestion de services que du simple stationnement. Pour les chantiers, ces flottes représentent des clients professionnels récurrents, attentifs au coût global d’exploitation et à la robustesse des unités. Pour la formation, enfin, les clubs deviennent des lieux privilégiés d’apprentissage continu, permettant de combler l’écart entre permis et pratique réelle.

L’usage ne remplace pas le rêve, il le transforme

La propriété ne disparaîtra pas. Elle reste indissociable des grands projets, des navigations au long cours, de la personnalisation et de l’attachement intime à son bateau. Mais les boat clubs redessinent l’entrée dans la plaisance. Ils élargissent le public, professionnalisent l’accès à la mer et obligent le secteur à penser en termes d’usage réel plutôt que de statut.

La question n’est plus seulement de savoir qui possède un bateau, mais qui navigue, combien de temps, dans quelles conditions et avec quelle culture maritime. Pour une part croissante des nouveaux plaisanciers, l’accès devient le nouveau point fixe. La mer, elle, reste inchangée. Ce sont les chemins pour y parvenir qui évoluent.

Avant de prendre la mer, pensez à consulter les prévisions sur METEO CONSULT Marine.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.