Gangsta fishing : une pêche urbaine entre culture, technique et zones interdites

Pêche en mer

La pêche n’a jamais été aussi éloignée de ses images d’Épinal. Depuis quelques années, une pratique atypique gagne du terrain sur les berges des grandes villes : le gangsta fishing. Canne à la main, baskets aux pieds, capuche relevée, les pêcheurs investissent canaux, fleuves urbains, ports et infrastructures bétonnées, loin des plans d’eau balisés et des parcours officiels. Une tendance spectaculaire, très visible sur les réseaux sociaux, mais aussi largement controversée.

La pêche n’a jamais été aussi éloignée de ses images d’Épinal. Depuis quelques années, une pratique atypique gagne du terrain sur les berges des grandes villes : le gangsta fishing. Canne à la main, baskets aux pieds, capuche relevée, les pêcheurs investissent canaux, fleuves urbains, ports et infrastructures bétonnées, loin des plans d’eau balisés et des parcours officiels. Une tendance spectaculaire, très visible sur les réseaux sociaux, mais aussi largement controversée.
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Une origine urbaine et culturelle

Le gangsta fishing naît dans les métropoles nord-américaines, là où l’eau traverse la ville sans jamais vraiment lui appartenir. À New York, Chicago ou Los Angeles, des pêcheurs commencent à exploiter des spots ignorés, parfois délaissés, souvent contraints par l’environnement urbain. Le terme "gangsta" renvoie moins à une activité illégale qu’à une esthétique issue de la culture hip hop : affirmation de soi, rejet des codes traditionnels, mise en scène brute et directe.
La pêche devient ici un acte visible, assumé, presque revendiqué. Elle se filme, se diffuse, se raconte sans filtre. Le décor fait partie intégrante du message : béton, ponts, lumières artificielles, circulation, bruit de fond permanent. La ville n’est plus un obstacle, elle devient le terrain de jeu.

 

Pêcher là où on ne pêche pas

Le principe est simple : exploiter des zones urbaines rarement associées à la pêche. Canaux techniques, quais portuaires, piles de ponts, écluses, bassins industriels ou sections de fleuves enclavées au cœur des villes. Ces lieux concentrent souvent des structures immergées, des courants complexes et une chaleur résiduelle favorable aux poissons.
Les espèces ciblées sont souvent impressionnantes : silures massifs, brochets, sandres, carpes de grande taille, black-bass. Sortir un poisson trophée sous un viaduc ou au pied d’un immeuble est devenu une signature visuelle du gangsta fishing, symbole de cette pêche qui s’invite là où personne ne l’attend.

 

Une pratique technique, loin de l’improvisation

Derrière l’image brute se cache une pêche exigeante. Les espaces sont contraints, les lancers précis, les erreurs rarement pardonnées. Le street fishing moderne, la pêche aux leurres, la verticale ou les montages puissants sont privilégiés pour faire face aux obstacles et aux courants.
La lecture de l’eau est centrale. Courants déviés par les ouvrages, zones d’ombre créées par les structures, variations de profondeur brutales : la ville impose une approche presque chirurgicale. Chaque capture est le résultat d’une adaptation constante à un milieu artificialisé mais étonnamment vivant.

 

Le cœur du problème : la légalité

C’est ici que le gangsta fishing devient réellement polémique. Une grande partie des zones investies sont interdites à la pêche. Ports commerciaux, zones industrielles, abords d’écluses, secteurs de sécurité, ouvrages hydrauliques ou zones à usage technique sont souvent soumis à des arrêtés stricts. Les raisons sont multiples : sécurité des personnes, protection des infrastructures, trafic fluvial, risques liés à la pollution ou gestion des usages.
Dans de nombreux cas, les pratiquants le savent. La transgression fait parfois partie de l’image véhiculée, renforçant l’aspect "hors cadre" de la pratique. Mais les sanctions existent : amendes, saisie du matériel, voire poursuites en cas d’accident. Même en no kill, la réglementation ne laisse que peu de place à l’interprétation.
Le succès du gangsta fishing repose en grande partie sur les images. Or, ces vidéos montrent rarement le contexte réglementaire. Un spot spectaculaire peut être parfaitement légal dans une ville et strictement interdit dans une autre. Cette ambiguïté entretient une confusion durable, notamment en Europe, où les règles sont souvent plus strictes qu’en Amérique du Nord.
Résultat : une pratique perçue comme systématiquement illégale, alors qu’elle dépend avant tout du lieu précis. Pêcher en ville n’est pas interdit en soi. Pêcher dans certaines zones urbaines l’est clairement.

 

Entre revendication et dérive

Pour certains, le gangsta fishing est un acte revendicatif. Une manière de dénoncer l’accès restreint à l’eau, la privatisation des berges ou l’exclusion progressive des usages populaires. Pour d’autres, il s’agit d’une dérive dangereuse qui nuit à l’image globale de la pêche et complique le dialogue avec les autorités.
En parallèle, une autre approche se développe : celle de pêcheurs urbains qui militent pour l’ouverture de parcours légaux, travaillent avec les collectivités et montrent que la pêche peut cohabiter avec la ville sans transgression ni mise en danger.

 

Une pratique à un tournant

Le gangsta fishing est révélateur d’une évolution profonde de la pêche moderne. Plus urbaine, plus visuelle, plus culturelle. Mais sa pérennité dépendra d’un choix clair : rester une pratique marginale construite sur l’interdit, ou évoluer vers une pêche urbaine reconnue, encadrée et assumée.
La ville regorge de poissons, de structures et de défis techniques. Encore faut-il que cette richesse soit explorée sans transformer la transgression en norme. C’est sans doute là que se joue l’avenir du gangsta fishing.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.