
France, Atlantique : tempêtes, houle et remise en mouvement des pollutions
Au fil de la saison hivernale 2025-2026, de puissantes dépressions ont franchi la façade atlantique.
La tempête Goretti, qui a touché l’ouest de la France début janvier, a généré des rafales particulièrement violentes — jusqu’à plus de 160 km/h sur certaines côtes et des vagues de plus de 8 m — ainsi que des conditions de mer très agitées le long du littoral atlantique et de la Manche. De fortes vagues et des vents soutenus ont été observés, particulièrement en Bretagne et Normandie.
Quelques semaines plus tard, la dépression Ingrid s’est creusée en Atlantique nord. Qualifiée de « bombe météo » par les prévisionnistes de Meteo Consult, elle a généré un gradient de pression très fort et des vents soutenus en mer (de l’ordre de 110 km/h en rafales près des côtes exposées), avec une houle pouvant atteindre 8 à 10 m au large.
Dans ces conditions, l’énergie marine est telle qu’elle peut remobiliser des hydrocarbures stockés depuis longtemps : des résidus de mazout enfouis dans les sédiments, piégés dans des fissures d’épaves ou présents dans des réservoirs d'épaves fragilisés par le temps. La turbulence des vagues et les forts courant marins peuvent contribuer à "réveiller" ces hydrocarbures qui dérivent en boulettes vers la côte après chaque tempête.
Cet hiver très actif révèle aussi combien des événements historiques comme l’Erika (1999) restent dans nos esprits — même si ce sont souvent des processus de remise en mouvement météo-océaniques qui rendent visibles ces pollutions, plutôt qu’un nouveau déversement massif. L’épave du Tanio, pétrolier brisé au large de la Bretagne en 1980, est un exemple emblématique d’épave qui, sous l’effet de houles répétées, peut encore être source de rejet d’hydrocarbures visible à la surface plus de 45 ans après avoir sombré.
Des impacts lourds sur les écosystèmes
Les conséquences écologiques de ces pollutions réactivées dépassent largement l’aspect visuel sur l’eau ou sur le sable. Les oiseaux marins, exposés au mazout, perdent l’imperméabilité de leur plumage, souffrent d’hypothermie et s’intoxiquent souvent en se toilettant, quand ils ne sont pas tout simplement plus capables de voler.
La faune marine (poissons, crustacés et mollusques) absorbent des hydrocarbures ou des composés persistants qui se retrouvent ensuite dans la chaîne alimentaire — jusqu’aux prédateurs supérieurs et, potentiellement, aux humains.
Enfin, certaines épaves militaires peuvent aussi libérer des composés issus des munitions, des métaux lourds ou autres substances toxiques, ajoutant une dimension chimique à la pollution hydrocarbonée.
Les leçons américaines : des épaves qui fuient encore
Aux États-Unis, les autorités maritimes ont documenté de nombreuses épaves datant de la Seconde Guerre mondiale qui, malgré des décennies au fond de l’océan, contiennent encore des fiouls lourds. Sous l’effet de tempêtes ou de courants forts, ces fiouls peuvent être relâchés en surface ou être progressivement pompés pour éviter des pollutions futures. Des programmes de suivi ciblent ces épaves pour évaluer les risques et réaliser des opérations préventives. Ce travail montre que le phénomène n’est pas spécifique à l’Atlantique français, mais qu’il s’agit d’un enjeu global de gestion des sources polluantes anciennes.
D’où l’importance d’une surveillance météo-marine fine (trajectoire des dépressions, durée du vent, hauteur et période de houle, marées) pour détecter et anticiper l’arrivée de nouvelles pollutions, qu’elles soient liées à des épaves anciennes ou à des événements plus récents.
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