Les Pen Duick : l’histoire des voiliers légendaires d’Éric Tabarly, de la tradition à la course au large moderne

Culture nautique

Dans l’histoire de la voile moderne, rares sont les bateaux qui peuvent prétendre avoir influencé durablement leur discipline. Les Pen Duick font partie de ceux-là. Bien plus qu’une série de voiliers associés à un marin d’exception, ils racontent une transformation profonde de la course au large, depuis une navigation intuitive héritée du XIXe siècle jusqu’à une approche fondée sur l’ingénierie, l’expérimentation et la prise de risque assumée. À travers chaque Pen Duick, c’est une vision de la mer qui s’exprime, faite de rigueur, d’audace et d’un refus constant des solutions toutes faites.

Dans l’histoire de la voile moderne, rares sont les bateaux qui peuvent prétendre avoir influencé durablement leur discipline. Les Pen Duick font partie de ceux-là. Bien plus qu’une série de voiliers associés à un marin d’exception, ils racontent une transformation profonde de la course au large, depuis une navigation intuitive héritée du XIXe siècle jusqu’à une approche fondée sur l’ingénierie, l’expérimentation et la prise de risque assumée. À travers chaque Pen Duick, c’est une vision de la mer qui s’exprime, faite de rigueur, d’audace et d’un refus constant des solutions toutes faites.
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Aux origines, un yacht classique devenu école de navigation

Le premier Pen Duick est lancé en 1898, à une époque où la plaisance aristocratique domine encore la pratique de la voile. Dessiné par William Fife III, il incarne l’élégance de la grande tradition britannique : une coque fine, un gréement aurique exigeant, des performances qui reposent avant tout sur la qualité de la barre et la finesse des réglages.
Lorsque Éric Tabarly découvre ce bateau dans l’orbite familiale, il comprend très tôt qu’il ne s’agit pas d’un voilier facile. Pen Duick impose une discipline sévère. La moindre approximation dans les manœuvres se paie immédiatement, et la fatigue physique fait partie intégrante de la navigation.
Après la Seconde Guerre mondiale, le bateau est en mauvais état. Beaucoup l’auraient abandonné. Tabarly choisit au contraire de le sauver, au prix d’une restauration complexe et novatrice. Le moulage de la coque en polyester, procédé encore expérimental à l’époque, permet de préserver les formes tout en assurant une nouvelle longévité au voilier.
À son bord, Tabarly forge une relation exigeante à la mer, où la performance n’est jamais dissociée de la compréhension fine des éléments. Ce premier Pen Duick n’est pas un bateau de course, mais il pose les fondations intellectuelles de toute la saga : naviguer vite commence par naviguer juste.

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Pen Duick II, la victoire qui révèle une nouvelle ère

Avec Pen Duick II, Tabarly entre de plain-pied dans la compétition océanique moderne. Conçu pour la Transat anglaise en solitaire de 1964, le bateau tranche avec les standards de l’époque. Plus léger, plus nerveux, pensé pour être manœuvré par un seul homme sur des milliers de milles, il met l’accent sur l’efficacité globale plutôt que sur la robustesse brute.
La victoire est éclatante. Tabarly s’impose avec une avance considérable, révélant au grand public une approche nouvelle de la course au large. Pen Duick II montre qu’un bateau bien conçu peut transformer une traversée en démonstration tactique, où la stratégie, l’ergonomie et la lecture météo prennent autant d’importance que la résistance physique.
Ce succès marque un tournant. La course au large cesse d’être réservée à quelques marins endurants pour devenir un terrain d’innovation permanente. Pen Duick II n’est pas seulement un vainqueur, il devient un modèle étudié, commenté, parfois critiqué, mais toujours observé avec attention.

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Pen Duick III, l’ère de la méthode et de la maîtrise

Pen Duick III marque une nouvelle étape. Construit en aluminium, testé en bassin des carènes, conçu pour exceller sur différents formats de course, il symbolise l’entrée de la voile de compétition dans une phase plus rationnelle.
Ici, rien n’est laissé au hasard. Les formes de coque, la répartition des masses, le plan de voilure sont pensés comme un ensemble cohérent. La navigation devient plus analytique. Chaque sortie en mer sert à comprendre, à affiner, à améliorer.
Les résultats sont immédiats. Pen Duick III domine les grandes courses du Royal Ocean Racing Club à la fin des années 1960. Sa régularité impressionne autant que ses victoires. Il démontre qu’un bateau performant n’est pas seulement celui qui va vite, mais celui qui le fait de manière constante, quelles que soient les conditions.
Avec Pen Duick III, la course au large entre dans une nouvelle dimension : celle d’un sport où la préparation, l’ingénierie et l’analyse prennent une place centrale, sans pour autant effacer l’engagement humain.

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Pen Duick IV, le multicoque comme terrain d’exploration

À la fin des années 1960, Tabarly se tourne vers les multicoques, convaincu de leur potentiel. Pen Duick IV est un trimaran en aluminium radical, rapide, parfois imprévisible. Son lancement est précipité, son comportement exige une adaptation constante.
La Transat de 1968 se solde par un abandon, mais le bateau révèle un potentiel considérable. Revendu à Alain Colas, rebaptisé Manureva, il devient l’arme absolue de la Transat anglaise de 1972, remportée avec autorité.
Pen Duick IV symbolise une phase essentielle de la saga : celle de l’expérimentation sans filet. Le bateau est en avance sur son temps, et son histoire rappelle que l’innovation comporte toujours une part de risque. La disparition de Manureva en 1978, lors de la Route du Rhum, donne à ce Pen Duick une dimension tragique qui marque durablement la mémoire collective de la course au large.

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Pen Duick V, l’ancêtre des monocoques modernes

Plus discret mais fondamental, Pen Duick V incarne une transition clé. Plus court, doté de lignes planantes, équipé de ballasts, il annonce clairement les grandes évolutions à venir.
En remportant la Transpacifique avec une avance spectaculaire, Tabarly démontre que la performance passe désormais par la gestion fine de la puissance et de l’assiette du bateau, bien plus que par la seule surface de voilure.
Pen Duick V préfigure les grandes classes ouvertes contemporaines. Il montre que le monocoque a encore un avenir, à condition d’oser repenser ses équilibres traditionnels.

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Pen Duick VI, la maturité et la transmission

Dernier né de la lignée, Pen Duick VI est conçu pour la première course autour du monde en équipage. Grand ketch en aluminium, robuste, pensé pour encaisser la durée et les mers les plus dures, il incarne une forme d’aboutissement.
La Whitbread est marquée par les avaries, mais le bateau entre définitivement dans la légende en 1976, lorsque Tabarly remporte une nouvelle Transat en solitaire dans des conditions extrêmes, à bord d’un voilier initialement prévu pour un équipage nombreux.
Aujourd’hui encore, Pen Duick VI navigue. Son retour au premier plan, mené par Marie Tabarly, rappelle que cette saga ne relève pas du passé, mais d’un héritage vivant, toujours capable d’affronter l’océan.

 

Une saga qui a redéfini la course au large

Pris ensemble, les Pen Duick racontent une histoire rare, faite de continuité et de ruptures assumées. Chaque bateau répond à une question précise, posée à un moment clé de l’évolution de la voile.
Ils ont contribué à transformer la course au large en un sport d’ingénieurs autant que de marins, sans jamais rompre le lien fondamental entre l’homme et la mer.
Plus qu’une lignée de voiliers, les Pen Duick sont devenus une manière de penser la navigation océanique, dont l’influence se lit encore aujourd’hui dans les bateaux, les courses et les marins qui continuent de repousser les limites du large.

 

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.