Gabart, Caudrelier et la révolution silencieuse du refit dans la plaisance

Economie

Face à la hausse continue des prix du neuf et aux enjeux environnementaux qui traversent désormais toute la filière nautique, le refit s’impose comme une alternative crédible, structurée et durable. Longtemps perçue comme une solution marginale, la remise à neuf complète de voiliers existants attire aujourd’hui des navigateurs de premier plan comme François Gabart et Charles Caudrelier. Leur entrée au capital de Reboat marque un tournant pour une industrie qui commence à imaginer le bateau comme un actif durable à forte valeur d’usage.

Face à la hausse continue des prix du neuf et aux enjeux environnementaux qui traversent désormais toute la filière nautique, le refit s’impose comme une alternative crédible, structurée et durable. Longtemps perçue comme une solution marginale, la remise à neuf complète de voiliers existants attire aujourd’hui des navigateurs de premier plan comme François Gabart et Charles Caudrelier. Leur entrée au capital de Reboat marque un tournant pour une industrie qui commence à imaginer le bateau comme un actif durable à forte valeur d’usage.

Refit et économie circulaire : pourquoi des plaisanciers investissent dans la remise à neuf plutôt que dans le neuf

Dans l’imaginaire collectif de la plaisance, acheter un bateau neuf reste souvent associé à la sécurité, à la tranquillité d’esprit et à la performance. Pourtant, cette représentation évolue rapidement. Depuis quelques années, une autre logique s’impose progressivement : celle de la seconde vie maîtrisée. Le refit, entendu comme une remise à neuf complète et industrialisée de voiliers existants, n’est plus un choix par défaut. Il devient un modèle à part entière, à la fois économique, technique et environnemental.

La majorité de la flotte mondiale de plaisance est constituée de bateaux conçus entre les années 1980 et 2010. Beaucoup d’entre eux reposent sur des carènes solides, bien dessinées, capables d’encaisser encore plusieurs décennies de navigation. Leur principal point faible n’est pas structurel, mais technologique. Électronique dépassée, systèmes électriques hétérogènes, motorisation vieillissante, gréement en fin de cycle, aménagements inadaptés aux usages actuels. Autant d’éléments qui donnent l’illusion d’un bateau “en fin de vie”, alors que la plateforme, elle, reste saine.

C’est précisément sur ce décalage que s’appuie le refit moderne. Il ne s’agit pas de restaurer un bateau dans une logique patrimoniale, ni de masquer l’usure par quelques améliorations esthétiques. Le refit consiste à repartir de la structure pour reconstruire l’ensemble des systèmes, en intégrant les standards actuels de fiabilité, de sécurité, de confort et de sobriété énergétique. Démâtage, déquillage si nécessaire, dépose complète du moteur, reprise des réseaux électriques et électroniques, remplacement des équipements critiques, puis remise à l’eau d’un bateau prêt à naviguer, documenté et garanti.

Pour les plaisanciers, l’intérêt est d’abord économique. À budget équivalent, le refit permet souvent d’accéder à un voilier plus grand, mieux construit ou plus marin que le neuf. La différence ne se joue pas seulement sur le prix d’achat, mais sur la visibilité des coûts. Là où l’occasion classique expose à une succession de dépenses imprévues, le refit transforme l’incertitude en investissement planifié. Le bateau n’est plus un compromis, mais un projet structuré.

Cette approche répond aussi à une attente forte en matière de fiabilité. Dans un contexte où les projets de croisière s’allongent, où les navigateurs cherchent à s’éloigner davantage des bases techniques, la capacité à réduire les pannes et à fiabiliser l’ensemble des systèmes devient centrale. Le refit permet de concevoir un bateau en fonction d’un programme précis, qu’il s’agisse de grande croisière, de navigation familiale ou de voyages au long cours, sans subir les contraintes d’un modèle standardisé.

Au-delà de l’usage individuel, le refit s’inscrit dans une transformation plus large de la filière nautique. La question de la fin de vie des bateaux, longtemps ignorée, est désormais bien identifiée. Des milliers d’unités sortent chaque année de la navigation sans solution claire, tandis que les capacités de recyclage progressent lentement, notamment pour les composites. Dans ce contexte, prolonger la durée de vie d’un bateau existant apparaît comme l’une des réponses les plus efficaces pour réduire l’empreinte globale du nautisme.

L’économie circulaire appliquée à la plaisance ne commence pas par le recyclage, mais par l’allongement de l’usage. Retarder de 20 ou 30 ans la déconstruction d’un voilier, c’est amortir sur une période beaucoup plus longue l’impact de sa fabrication initiale. C’est aussi éviter la production d’un bateau neuf supplémentaire, avec tout ce que cela implique en termes de matières premières, d’énergie et de transport.

Un concept ancien, pour un nouveau business !

C’est dans ce cadre que les entreprises spécialisées dans le refit prennent une importance stratégique. Leur rôle ne se limite plus à répondre à une demande ponctuelle. Elles structurent un marché intermédiaire entre le neuf et l’occasion, avec des processus standardisés, des délais maîtrisés, une garantie, et parfois même des solutions de financement. Le refit devient un produit lisible, comparable, assurable, capable de rassurer des profils de plaisanciers qui n’auraient jamais envisagé l’occasion traditionnelle.

Le développement de ce business-model suppose cependant un haut niveau d’exigence industrielle. Standardiser sans dénaturer, fiabiliser sans sur transformer, optimiser sans sur consommer. C’est un équilibre délicat, qui nécessite des compétences pointues, une sélection rigoureuse des bateaux supports et une vision claire du cycle de vie. À mesure que ces entreprises montent en puissance, elles participent aussi à une réflexion plus large sur la conception des bateaux de demain, en identifiant ce qui peut être facilement remplacé, démonté, réparé ou modernisé.

Des skippers de renom en investisseurs clairvoyants ?

L’entrée de François Gabart et Charles Caudrelier au capital de Reboat prend alors tout son sens. Elle dépasse largement l’effet d’annonce. Ces deux navigateurs incarnent une culture de la performance, de la fiabilité et de l’optimisation, forgée dans des environnements où la moindre défaillance peut avoir des conséquences majeures. Leur engagement crédibilise le refit auprès des publics les plus exigeants, mais aussi auprès de toute une filière qui observe attentivement les signaux envoyés par ses figures de référence.

Cette opération marque également une étape dans la reconnaissance du refit comme un pilier de l’avenir du nautisme. En soutenant une entreprise positionnée sur la remise à neuf industrielle de voiliers, ces skippers valident une vision dans laquelle le bateau n’est plus pensé comme un objet à usage unique, mais comme un actif évolutif, capable de traverser les décennies en s’adaptant aux usages et aux standards.

Le refit ne s’oppose pas au bateau neuf. Il en devient le complément logique. Dans un marché confronté à des contraintes économiques et environnementales de plus en plus fortes, il offre une voie réaliste, crédible et durable. Une voie qui séduit désormais bien au-delà des seuls plaisanciers avertis, jusqu’aux navigateurs qui, par leur parcours, ont appris qu’en mer, la valeur d’un bateau ne se mesure pas à son année de sortie, mais à sa capacité à tenir ses promesses dans la durée.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.