« On a l’impression que le bateau a été tronçonné » : l’IMOCA Charal 2 coupé en deux pour révolutionner sa carène avant la Route du Rhum - Destination Guadeloupe

Course au large
Par Le Figaro Nautisme

Après sa victoire sur la Transat Café L’Or, l’IMOCA Charal 2 de Jérémie Beyou a subi une transformation inédite dans la classe : le bateau a été littéralement coupé en deux pour remplacer son fond de coque. Un chantier spectaculaire mené avec VPLP, Gurit et Gepeto Composite, avec un objectif clair : améliorer les performances au vol et arriver au départ de la Route du Rhum avec un monocoque optimisé à 100 %.

Après sa victoire sur la Transat Café L’Or, l’IMOCA Charal 2 de Jérémie Beyou a subi une transformation inédite dans la classe : le bateau a été littéralement coupé en deux pour remplacer son fond de coque. Un chantier spectaculaire mené avec VPLP, Gurit et Gepeto Composite, avec un objectif clair : améliorer les performances au vol et arriver au départ de la Route du Rhum avec un monocoque optimisé à 100 %.
© Marin Leroux - Polaryse / Charal

Pourquoi avoir décidé de changer de carène ?

Au sein de l’équipe, la recherche d’optimisation est une préoccupation de chaque instant. Depuis sa mise à l’eau en 2022, Charal 2 s’est dès le début distingué par ses safrans en V qui permettaient de maximiser son temps de vol. « En faisant voler le bateau à plat, on s’est rendu compte que la forme de la carène, en scow (en arrondi) n’était pas la plus adaptée », raconte Jérémie Beyou. « C’est ce qui nous a poussé à vouloir adapter la carène afin de voler longtemps en étant à plat ». « Avec nos foils, la gite était plus faible que ce qu’on s’imaginait », ajoute Nicolas Andrieu, qui est à la tête du bureau d’étude. « C’est ce qui nous a poussé à réfléchir à une nouvelle carène ». Celle-ci permettra d’améliorer la glisse du bateau. S’il y aura mécaniquement une légère perte en puissance – qui est induite par la gite – le gain sera compensé en améliorant notamment la traînée hydrodynamique.


Pourquoi ce chantier est hors-norme ?  

« Il faut imaginer une maison où tu as tout : les murs, la cloison, la structure et la charpente mais pas le toit », sourit Jérémie. « Visuellement, c’est assez dingue. On a l’impression que le bateau a été tronçonné, il a deux trous béants dans le fond de coque ». Si des équipes en IMOCA, dont Charal, avaient déjà refait une partie de l’étrave, jamais l’une d’entre elles n’a décidé de le réaliser de façon aussi conséquente.

 

Comment se déroule le chantier ?

Dès l’hiver 2024, le cabinet VPLP et l’équipe Charal ont travaillé de concert pour le design de la carène. Ils se sont associés au cabinet de structure Gurit pour les modifications structurelles, cabinet qui avait déjà réalisé la structure initiale de Charal 2. Ensuite, les deux nouvelles demi-coques ont été façonnées toute l’année dernière chez Gepeto Composite, à quelques centaines de mètres du hangar de Charal. Le chantier sur Charal 2 a ensuite débuté une fois le convoyage retour depuis la Martinique où Jérémie a remporté avec Morgan Lagravière la Transat Café L’Or. « Nous voulions commencer à assembler le puzzle dès le mois de décembre », confie Nicolas Andrieu. Ainsi, depuis mi-décembre, les équipes de Gepeto Composite se sont donc évertuées… À couper le bateau en deux ! « Pendant trois semaines, ils ont découpé le carbone et on voyait des morceaux tomber », raconte Nicolas Ferellec, chef de projet au sein du Charal Sailing Team. Un travail fastidieux, dans la poussière et le bruit où le monocoque a été métamorphosé. « C’est comme s’il ne restait plus que le squelette ».

Depuis janvier, les techniciens modifient la structure afin de l’adapter à la nouvelle forme de coque. Il sera alors temps de poser chaque coque, une phase particulièrement délicate. « Tout doit être fixé au millimètre près », assure le responsable de projet. En mai, dès que l’aspect composite sera achevé, les systèmes mécaniques et électroniques seront réinstallés et le bateau pourra être remis à l’eau en juin. « C’est un chantier conséquent mais on est tous très motivés : on se bat pour faire progresser le bateau », s’enthousiasme Nicolas Ferellec.

© Marin Leroux - Polaryse / Charal


Qu’est-ce que cela va changer en mer ?

Jérémie Beyou se veut confiant sur la prise en main de son monocoque après ce chantier hors-norme. « Il faudra forcément du temps pour comprendre précisément sa nouvelle attitude et trouver les bons réglages mais ça n’a rien à voir avec la prise en main d’un bateau neuf ». Cette nouvelle carène devrait permettre de progresser dans les vitesses supérieures à une quinzaine de nœuds ainsi que dans les conditions légères, deux des points actuellement perfectibles du bateau. Il pourrait également être légèrement plus facile à manier en solitaire. « Au fil de la saison dernière en équipage et en double, on a pu constater qu’on tirait plus facilement le meilleur du bateau qu’en solitaire », précise Nicolas Andrieu. « Le but, c’est de rendre le bateau plus tolérant pour qu’il soit à 100% en vue de la Route du Rhum et du Vendée Globe ».


Quel est le programme de Jérémie cette saison ?

Charal 2 sera mis à l’eau en juin prochain. Cela laisse environ six mois pour être au meilleur niveau au départ de la Route du Rhum, le dimanche 1er novembre prochain. « On est convaincu qu’on a pris la bonne option pour avoir le meilleur bateau possible dès le Rhum », assure Jérémie. Afin de garder le rythme, Jérémie disputera des courses en Figaro. En revanche, il ne participera pas à la Solitaire du Figaro afin de ne pas accumuler de la fatigue et « être à fond » dès la mise à l’eau de l’IMOCA. « Ensuite, on va tout faire pour enchaîner les navigations et monter en puissance ». Un programme d’entraînements qui sera dense pour peaufiner ses automatismes et se préparer comme il se doit pour la Route du Rhum. 2e en 2014, 3e en 2022, Jérémie espère pouvoir concrétiser une victoire sur la plus connue des transatlantiques. 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.