Phare d’Ar-Men : l’incroyable histoire de « l’enfer des enfers » au large de la Bretagne

Culture nautique

Isolé au large de la pointe du Raz, battu par les vents et submergé par les vagues de l’Atlantique, le phare d’Ar-Men demeure l’un des ouvrages maritimes les plus impressionnants jamais construits en France. Surnommé « l’enfer des enfers » par ceux qui y ont vécu, il incarne à la fois l’audace technique du XIXe siècle et la rudesse absolue de la vie en mer.

Isolé au large de la pointe du Raz, battu par les vents et submergé par les vagues de l’Atlantique, le phare d’Ar-Men demeure l’un des ouvrages maritimes les plus impressionnants jamais construits en France. Surnommé « l’enfer des enfers » par ceux qui y ont vécu, il incarne à la fois l’audace technique du XIXe siècle et la rudesse absolue de la vie en mer.
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Phare d'Ar-Men, une tour dressée contre l’impossible

À l’extrémité occidentale de la chaussée de Sein, à près de 30 km au large de la pointe du Raz, le Phare d’Ar-Men semble surgir d’un chaos d’écume. Le rocher sur lequel il repose est à peine visible à marée haute. Lorsque la houle grossit, il disparaît presque entièrement sous les vagues. Nous sommes ici en mer d’Iroise, l’un des secteurs les plus agités du littoral français. Les courants y sont puissants, les fonds hérissés de récifs, les brisants omniprésents. Avant la construction du phare, les naufrages étaient fréquents dans ce passage stratégique reliant la Manche à l’Atlantique. Les marins redoutaient particulièrement ce chapelet de roches perfides, invisibles par gros temps. C’est dans ce décor hostile que l’État décide, au XIXe siècle, d’implanter un feu permanent. Une décision dictée par la nécessité, mais qui relève presque de la démesure.

14 années de chantier au rythme des tempêtes

Le projet est lancé en 1867. Très vite, les ingénieurs comprennent l’ampleur du défi. Le rocher d’Ar-Men n’offre qu’une surface exiguë et irrégulière. À marée haute, il est balayé par les lames. À marée basse, il demeure exposé à la houle croisée et aux embruns. Les premières années sont consacrées à la préparation des fondations. Les ouvriers ne peuvent débarquer que lors de rares accalmies, parfois quelques heures seulement dans l’année. En 1869, on ne comptera qu’une dizaine d’heures de travail effectif sur le site. Chaque tentative d’accostage est périlleuse. Les hommes sont déposés à la hâte, arrimés au rocher, puis récupérés avant que la mer ne referme son piège. Les blocs de granit, taillés à terre, sont acheminés par bateau. Leur pose exige une précision extrême. Il faut sceller chaque pierre solidement dans la masse rocheuse, sous peine de voir l’ouvrage emporté à la première grande tempête. La progression est lente, incertaine, parfois décourageante. Il faudra 14 ans pour que la tour atteigne sa hauteur définitive. En 1881, le feu d’Ar-Men est enfin allumé. Ce n’est pas seulement l’achèvement d’un chantier : c’est l’aboutissement d’une lutte opiniâtre contre l’océan.

Une vie de gardien au bout du monde

Une fois la tour en service, commence une autre épreuve : celle de la vie quotidienne dans un isolement extrême. Jusqu’à son automatisation en 1990, Ar-Men sera occupé en permanence par des gardiens. La tour, haute de 33 m, abrite plusieurs niveaux superposés : locaux techniques, réserves, cuisines, chambres, puis la lanterne au sommet. L’espace est restreint, la lumière naturelle limitée, et le bruit constant de la mer finit par s’imposer comme un compagnon permanent. Les relèves dépendent entièrement de la météo. Par mer trop formée, impossible d’approcher. Il arrivait que les gardiens restent bloqués des semaines supplémentaires, au-delà de la durée prévue de leur mission. L’attente du bateau de relève devenait alors un mélange d’espoir et d’inquiétude. Lors des grandes tempêtes, la tour vibrait sous les coups répétés des vagues. Les embruns montaient jusqu’à la lanterne, couvrant parfois les vitres d’une croûte de sel épaisse. Les gardiens devaient pourtant maintenir le feu en état, nettoyer l’optique, surveiller les mécanismes, vérifier l’alimentation. La sécurité des navires dépendait de leur vigilance. Cette existence, rythmée par la mer et le vent, a forgé une véritable culture des phares en mer, faite de discipline, d’endurance et d’une profonde connaissance des éléments.

 

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Une prouesse technique dans la lignée des grands phares océaniques

Sur le plan architectural, Ar-Men s’inscrit dans la tradition des grands phares isolés en mer, comme La Jument au large d’Ouessant ou Eddystone Lighthouse en Angleterre. Sa structure cylindrique en granit n’est pas un choix esthétique mais fonctionnel. Cette forme permet de mieux répartir la pression des vagues et d’éviter les angles saillants qui concentreraient les chocs. Les pierres sont assemblées selon un système d’emboîtement précis, renforcé par des scellements métalliques, afin de garantir la cohésion de l’ensemble. Le feu, modernisé au fil du temps, continue aujourd’hui de signaler la chaussée de Sein. Dans cette zone où les courants peuvent dépasser 8 nœuds et où les lames se croisent dangereusement, la navigation exige toujours prudence et anticipation.

Ar-Men, mémoire vivante de la mer d’Iroise

Désormais automatisé et inhabité, le Phare d’Ar-Men reste l’un des symboles les plus forts du patrimoine maritime français. Sa silhouette fine et verticale, dressée au milieu d’un désert d’eau, frappe l’imaginaire. Il rappelle que la sécurisation des routes maritimes ne s’est pas faite sans sacrifices. Derrière chaque éclat lumineux qui perçait la nuit, il y avait des hommes, confinés dans une tour de pierre, affrontant les tempêtes pour que d’autres puissent naviguer plus sûrement. Face aux technologies modernes, aux systèmes de positionnement satellitaire et aux cartes numériques, Ar-Men conserve une valeur presque philosophique. Il incarne une époque où l’ingénierie se mesurait directement aux éléments, où la mer imposait son rythme et ses lois.
Au large de la Bretagne, dans le fracas des tempêtes atlantiques, la tour de granit continue de veiller. Elle ne parle pas, mais son histoire raconte l’obstination humaine face à l’immensité. Une obstination qui, plus d’un siècle après son allumage, force toujours le respect.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.